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Stasiland

Couverture du livre Stasiland

Auteur : Anna Funder

Traducteur : Mireille Vignol

Date de saisie : 19/03/2008

Genre : Policiers

Editeur : Ed. Héloïse d'Ormesson, Paris, France

Prix : 22.00 € / 144.31 F

ISBN : 978-2-35087-063-2

GENCOD : 9782350870632

Sorti le : 17/01/2008


  • La présentation de l'éditeur

Stasiland est le roman de la Stasi, la redoutable police secrète de l'Allemagne de l'Est. Malgré la chute du mur de Berlin, cette terrible époque hante encore victimes et anciens agents. Ainsi, Miriam Weber, seize ans, détenue plusieurs jours pour un interrogatoire après avoir tenté de franchir le Mur. Herr Winz, nostalgique du communisme, cette période «bénie» où tous avaient du travail. Ou encore cet indic qui se faisait passer pour aveugle afin de mieux espionner les suspects. Enfin, Frau Paul, séparée pendant des années de son fils, hospitalisé à l'Ouest au moment de la construction du Mur.

Au fil de ces histoires, Anna Funder nous entraîne au coeur d'un régime camisole et nous plonge dans la folie de ces années Stasi où triomphe la délation. Comme La Fie des autres, Stasiland expose un pays figé dans la peur. Un monde où la vie n'est jamais privée.

L'AUTEUR Née à Melbourne (Australie) en 1966, Anna Funder a commencé à s'intéresser à la Stasi au milieu des années 90 alors qu'elle travaillait pour la télévision allemande à Berlin. Stasiland, qui a reçu le prestigieux Samuel Johnson Prize - BBC Four, est son premier livre. Il a été publié dans 15 pays dont l'Allemagne où le livre a été particulièrement remarqué. Elle vit désormais à Sydney après avoir travaillé comme avocate internationale et productrice radio et télé.



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  • La revue de presse Jérôme Dupuis - L'Express du 19 mars 2008

Vous avez aimé La Vie des autres ? Vous allez adorer Stasiland. Anna Funder, une Australienne inconnue, a réussi le tour de force d'écrire le roman de la Stasi - cette ahurissante police secrète de l'ex-Allemagne de l'Est...
Que reste-t-il aujourd'hui de cette folie inquisitrice ? Une montagne de 15 000 sacs de documents précipitamment passés à la broyeuse par des agents de la Stasi rendus fous par les premières brèches dans le Mur. L'Allemagne s'est juré de reconstituer ces preuves écrites. Depuis des années, des «femmes-puzzles» assemblent donc ces lamelles de papier dans un hangar près de Nuremberg. Leur directeur, Herr Raillard, a calculé qu'elles en avaient pour 375 ans.


  • La revue de presse Astrid Eliard - Le Figaro du 21 février 2008

Cette enquête assourdissante sur la Stasi, best-seller dans les pays anglo-saxons, eut peine à trouver un éditeur allemand. Beaucoup se sont défaussés, invoquant le «climat politique» peu favorable, deux autres ont pris le pari de la publier, au prix d'un passage censuré et d'un procès contre l'Insiderkomittee, «Société pour la protection des droits civils et de la dignité de l'homme», l'association des anciens de la Stasi... Non, vous ne rêvez pas...
On a reproché à l'Australienne Anna Funder son altérité, et c'est pourtant grâce à cette distance qu'elle a pu démonter sans sombrer les rouages d'un système totalitaire, écouter de terribles confessions, véritables actes de bravoure, qu'elle a recueillis avec beaucoup de finesse. Dans la médiocratie de la RDA, régime basé sur le mensonge, la délation, la haine de l'Ouest, Anna Funder s'est mise en quête de héros, de résistants comme Miriam, qui tenta à seize ans d'escalader le Mur, de Frau Paul, qui refusa un pacte faustien avec la Stasi contre sa propre famille.



  • Les premières lignes

Berlin, hiver 1996

J'ai la gueule de bois. Dans la gare bondée d'Alexanderplatz, je dirige mon corps comme un véhicule. Plusieurs fois, je n'évalue pas bien ma largeur et heurte une poubelle ou une borne publicitaire. Demain, les bleus se développeront sur ma peau, comme une photo à partir d'un négatif.
Un homme s'éloigne du mur et remonte sa braguette en sou­riant. Il lui manque des lacets et quelques dents; sa figure et ses chaussures semblent pareillement défaites. Un autre homme, en salopette, tient un balai assez grand pour nettoyer un court de tennis et pousse des granulés désinfectants le long du quai. Il forme des arcs de poudre verte, de mégots et d'urine. Un ivrogne matinal marche comme si le sol avait du mal à supporter son poids.
Je dois aller en métro à Ostbahnhof, puis prendre la ligne régio­nale pour Leipzig, un trajet d'une ou deux heures. Assise sur un banc vert, je regarde le carrelage vert et respire l'air vert. Je me sens soudain faiblir et me dirige rapidement vers l'escalier pour remonter à la surface. Au rez-de-chaussée, Alexanderplatz est une étendue monstrueuse de béton gris, conçue et bâtie pour écraser les gens. C'est réussi.
Dehors il neige. Je patauge dans la gadoue en direction des toi­lettes; je sais où elles sont. Elles ont été taillées en profondeur, comme des rails de métro, mais personne n'a pensé à les rattacher à la gare qu'elles desservent. Je descends les marches dans une effroyable odeur d'antiseptique.
Au fond de l'escalier, une femme corpulente en tablier violet, au maquillage criard, est appuyée contre le comptoir en verre ; elle surveille sa réserve de préservatifs, de mouchoirs et de tampons. Les résidus de la vie ne lui font visiblement pas peur. Elle a une peau lisse et brillante, un triple menton de chair molle. Je lui donne dans les soixante-cinq ans.
«Bonjour», lui dis-je.
Je suis mal à l'aise. J'ai entendu dire qu'en Allemagne, on pèse et compare la nourriture ingérée par les bébés et leur production de matières fécales. Est-ce pour tenter de quantifier la vie ? Ce type d'observation maternelle m'a toujours semblé déplacé. Je vais aux WC, sors et pose une pièce dans la coupelle. L'usage de désinfectant masque les odeurs corporelles en les empirant.
«C'est comment là-haut ?» me demande la dame pipi.
Elle indique l'escalier d'un mouvement de tête.
«Assez froid, dis-je en remettant mon petit sac à dos en place. Mais pas si terrible, il n'y a pas beaucoup de verglas.
- Le pire reste à venir», dit-elle en reniflant.
Je ne sais pas s'il s'agit d'une menace ou d'une fanfaronnade. C'est ce qu'ils appellent le Berliner Schnauze - le franc-parler quasi insolent des Berlinois. Je n'ai ni envie de rester ici, ni de remonter au froid. L'odeur de désinfectant est tellement forte que je suis incapable de déterminer si je vais mieux ou moins bien.


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