Auteur : Henri Lamoureux
Date de saisie : 04/12/2007
Genre : Sciences humaines et sociales
Editeur : VLB ÉDITEUR, Montréal, Canada
Collection : Partis pris actuels, n° 42e
Prix : 24.50 € / 160.71 F
ISBN : 978-2-89649-008-0
GENCOD : 9782896490080
Sorti le : 16/10/2007
Nées de la contestation de l'injustice et de l'appropriation du pouvoir par une minorité, les pratiques d'action communautaire sont l'expression de la volonté des individus et des collectivités d'assumer pleinement leur responsabilité quant au développement de leur milieu. Visant tant l'émancipation des personnes que l'affirmation de la souveraineté du citoyen sur le plan de la vie démocratique, elles se démarquent des activités institutionnalisées et ont conduit à d'importantes innovations sociales.
Ces pratiques connaissent aujourd'hui une mutation majeure. Les activistes sociaux d'hier deviennent, pour plusieurs, d'aimables gestionnaires de partenariats publics et les organismes communautaires se transforment en une fonction publique parallèle au détriment de milliers de salariés travaillant dans des conditions nettement inférieures à celles des employés de l'État.
Après Le citoyen responsable et Les dérives de la démocratie, cet essai d'Henri Lamoureux se veut une réflexion critique mais solidaire sur l'évolution des pratiques d'action communautaire.
Socioéthicien et écrivain, auteur de plusieurs romans, essais et ouvrages destinés à l'enseignement, Henri Lamoureux a notamment enseigné les principes de l'action communautaire et l'éthique appliquée au travail social dans plusieurs universités. Conférencier recherché, il anime fréquemment des activités de formation en milieu communautaire.
Extrait de l'introduction :
L'homme est le créateur de sa vie en tant que Vie humaine : il plie les circonstances à son vouloir et, sauf contre la mort, il n'est jamais dépourvu de ressources.
Hans Jonas
Un des effets les plus socialement structurants des changements qui se sont produits au Québec au cours des 50 dernières années est sans aucun doute l'apparition de nouveaux mouvements sociaux engagés dans un impatient travail d'émancipation collective et individuelle. La plupart de ces mouvements se sont constitués à partir d'une base locale qui est le lieu de l'action. Ils se sont ensuite fédérés en regroupements régionaux et nationaux qui sont des lieux de concertation et de représentation. Ces regroupements sont qualifiés de «sectoriels» quand ils se composent d'organismes qui agissent dans un même champ d'activité. On les dit «intersectoriels» quand ils associent des groupes s'intéressant à diverses problématiques ou des groupes sociaux ayant des intérêts particuliers.
Ces organismes qui occupent une place importante dans la société civile se définissent comme autonomes pour souligner le fait qu'ils sont le produit de la volonté populaire et qu'ils exigent la reconnaissance d'une spécificité fondée à la fois sur un fonctionnement démocratique, sur une gestion assumée par des membres, sur des objectifs précis, sur un rythme de développement et sur une stratégie d'intervention décidée librement en fonction des intérêts des personnes ou du groupe social que soutient ou représente l'organisme.
Cette réalité a d'ailleurs été reconnue par l'Etat, qui a bien compris que l'autonomie revendiquée exprime aussi le besoin pour ces organismes de garder une distance critique par rapport aux stratégies gouvernementales de développement social. Enfin, les organismes communautaires autonomes se sont historiquement identifiés à un mouvement plus large et plus global visant une transformation structurelle de la société de manière à donner plus de sens aux valeurs de solidarité, de respect des personnes, d'équité, de liberté et d'autonomie qui fondent notre éthique collective.
Depuis quelque temps, conséquemment à l'évolution des pratiques et du rapport avec l'État, plusieurs regroupements nationaux et régionaux d'organismes communautaires autonomes ressentent le besoin de faire le point sur leur action et engagent des débats à ce propos, tant en petits comités de travail qu'à l'occasion de réunions ponctuelles. Cette réflexion se poursuit aux assemblées générales annuelles ou dans le cadre de rencontres spécialement convoquées à cette fin. Certains de ces regroupements, à l'instar de la Table nationale des corporations de développement communautaire, procèdent même à des enquêtes fouillées pour vérifier l'état de leur organisme et la qualité des relations entre les membres bénévoles et les salariés, entre les groupes de base et leurs regroupements. On s'interroge aussi sur les rapports entre les mouvements sociaux qui appartiennent à un même archipel communautaire et entre celui-ci et d'autres acteurs essentiels de notre vie collective, notamment le mouvement syndical. On s'interroge également sur les liens intersectoriels et la qualité des rapports entre des organisations ciblant des groupes sociaux particuliers qu'on a malheureusement pris l'habitude de désigner comme «clientèles».
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