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La porte condamnée

Couverture du livre La porte condamnée

Auteur : Hans Herbjornsrud

Traducteur : Terje Sinding

Date de saisie : 03/12/2007

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Circé, Belval, France

Prix : 17.50 € / 114.79 F

ISBN : 978-2-84242-233-2

GENCOD : 9782842422332

Sorti le : 30/11/2007


  • La présentation de l'éditeur

La Forte condamnée

Hans HerbJørnsrud est né en 1938. Descendant d'une vie famille de paysans du Telemark, il travaille d'abord cornu, enseignant avant de reprendre la ferme familiale en 1976. Il publie son premier livre en 1979. Son oeuvre, exclusivement composée de nouvelles (7 recueils publiés à ce jour), lui a valu plusieurs prix littéraires.
Ses textes mêlent volontiers fiction et réflexion philosophique. Dans leur esthétique baroque se conjuguent la tradition orale norvégienne et le modernisme international. Par son goût pour le fantastique, Herbjørnsrud se rapproche des tenants du réalisme magique latino-américain et il revendique lui-même Jorge Luis Borges comme une source d'inspiration. Nombre de ses nouvelles mettent en scène des personnages à l'identité problématique - des êtres parlés par des voix multiples et contradictoires. Enracinés dans un univers concret et familier, ils glissent petit à petit vers la folie, et Herbjørnsrud ne cesse de traquer le point précis où leur univers bascule et où se font jour leurs pulsions les plus noires. La Porte condamnée est le premier recueil de nouvelles de Herbjørnsrud publié en français.
Traduction du norvégien de Terje Sinding.





  • Les premières lignes

LA PORTE CONDAMNÉE

Rares sont les serruriers compétents. Je m'en rendis compte à l'au­tomne 1991, quand il fallut en faire venir un. À l'époque, leur association professionnelle, l'Union des serruriers norvégiens, ne comptait que six membres en dehors d'Oslo. Depuis, ses effectifs ont augmenté - il paraît qu'il y a maintenant un adhérent dans l'agglomération de Grenland, à Skien ou à Porsgrunn - mais en 1991 le plus proche se trouvait à Drammen, à soixante-dix kilomètres d'ici.
- Ah, c'est là que vous habitez, s'exclama le serrurier, une femme, alors que je venais de lui expliquer au téléphone comment se rendre chez nous.
- Vous êtes déjà venue à notre ferme ?
- Venue, non, mais je l'ai survolée.
- Survolée, vous dites ?
- Oui, à grande altitude.
Notre conversation avait débuté par des considérations stricte­ment professionnelles à propos d'un coffre dont la serrure était faussée et d'une porte condamnée depuis plus d'un siècle, dont la clé était perdue. Sa voix, qui était restée calme et posée, se fit soudain si excitée que je dus éloigner le combiné de mon oreille.
- C'était à quelle époque ?
- À l'été 1986, quand vous avez éventré la grange pour remplacer les tuiles par des plaques d'ardoise.
- Éventré ?
- Oui, éventré. Du ciel je ne voyais que le toit de la grange. Et une fois les tuiles enlevées, avec ses poutres mises à nu qui luisaient d'une blancheur d'os au-dessus du sombre grenier, elle s'est transformée en un orque éventré. Ce n'était plus qu'une carcasse dont on aurait ôté la chair.
- C'était donc un squelette de baleine que vous aperceviez au-dessous de vous ?
- Exactement. Et quand vous avez posé les plaques d'ardoise, c'est devenu un narval noir. Vous avez déjà entendu parler de narvals noirs ?
- Non.
- En effet, ça n'existe pas. D'ailleurs j'avais l'impression qu'il me narguait, ce narval. Et voilà pourquoi Jonas s'est appelé Jonas. Il a fallu inciser - scritch scratch - pour le sortir.


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