Passion du livre - tout sur le livre : L'ange de pierre

Recherche

Recherche simple
Recherche multi-critères

L'ange de pierre

Couverture du livre L'ange de pierre

Auteur : Margaret Laurence

Traducteur : Sophie Bastide-Foltz

Date de saisie : 02/12/2007

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : J. Losfeld, Paris, France

Collection : Littérature étrangère

Prix : 21.00 € / 137.75 F

ISBN : 978-2-07-078980-1

GENCOD : 9782070789801

Sorti le : 15/11/2007


  • La présentation de l'éditeur

À quatre-vingt-dix ans, Hagar Shipley évoque les difficultés à aborder le vieillissement et pose, avec sincérité et humour, un regard acéré sur l'existence qu'elle a menée. De son enfance dans la petite ville de Manawaka à son mariage houleux, Hagar a vécu avec un sens aigu de la fierté héritée de ses ancêtres. Elle tente de comprendre la tournure que sa vie a prise, ses sentiments ambigus à l'égard de son mari, son attachement passionné à l'un de ses fils et sa négligence envers un autre. Mais si elle est parfois gênée par de telles constatations, elle ne montre que rarement des regrets. L'ange de pierre est un irrésistible voyage au travers des yeux d'une femme allant vers la liberté et l'indépendance et comprenant enfin le vrai sens de sa vie.

Admirée par des écrivains tels que Robertson Davis, Margaret Atwood ou Alice Munro, Margaret Laurence est considérée dans son pays comme un écrivain majeur. Née en 1926 au Canada, elle publie en 1943 nouvelles et poèmes pour un journal. En 1957, elle commence le «cycle de Manawaka» composé de cinq livres dont le premier est L'ange de pierre, et chacun d'entre eux reçoit un accueil enthousiaste souvent récompensé par un prix littéraire. Elle meurt en 1987. Une divine plaisanterie a paru aux Éditions Joëlle Losfeld en 2006, tandis que L'ange de pierre vient d'être adapté pour le cinéma par la réalisatrice Kari Skogland.



logo fnacCommander ce livre sur Fnac.com



  • Les premières lignes

Du sommet de la colline, l'ange de pierre dominait la ville. Je me demande s'il y est toujours, érigé qu'il fut en mémoire de celle qui rendit sa pauvre âme à l'instant où je m'appropriais la mienne. Cet ange, ce n'est pas sans fierté que mon père l'avait acheté, pour honorer la dépouille de ma mère, mais aussi clamer sa race, désireux qu'il était d'asseoir sa dynastie, pour l'éternité plus un jour.
Eté comme hiver, l'ange contemplait la ville de ses yeux sans lumière. Il était doublement aveugle, non seulement par la pierre qui le constituait, mais aussi par une totale absence de prétention à la vue. Le sculpteur l'avait laissé sans yeux. Je trouvais étrange qu'il se tînt là, au-dessus de la ville, nous incitant tous au ciel sans du tout savoir qui nous étions. Mais j'étais trop jeune alors pour comprendre sa présence, bien que mon père m'eût souvent raconté qu'on l'avait fait venir d'Italie à grands frais et qu'il était de pur marbre blanc. Je pense aujourd'hui qu'il a dû être sculpté sous ce soleil lointain par de cyniques descendants du Bernin qui en gougeaient des douzaines comme lui, et jaugeaient avec une admirable précision les besoins des pharaons en herbe de nos pays barbares.
Ses ailes étaient piquetées de neige en hiver et de poussière en été. Ce n'était pas le seul ange du cimetière de Manawaka, mais c'était le premier, le plus imposant et pour sûr celui qui avait coûté le plus cher. Les autres, si je m'en souviens bien, étaient d'une tout autre race, de vulgaires angelots, chérubins lippus à la moue pétrifiée brandissant un coeur de pierre, ou tapotant dans un silence éternel sur une petite harpe sans cordes, de pierre elle aussi, ou encore pointant le doigt d'un air extatique et concupiscent vers une inscription. Je me souviens de cette inscription parce que nous en avions ri au début quand la pierre avait été posée :

Repose en paix
A ton labeur sursois
Régina Weese
1886

Voilà pour la pauvre Régina, aujourd'hui oubliée à Manawaka - comme je le suis, moi, Hagar, probablement. Mais j'ai toujours pensé qu'elle ne pouvait s'en prendre qu'à elle, car cette créature faible, sans tripes, aussi onctueuse que de la crème anglaise se sacrifia pour une mère ingrate à la voix de fausset dont elle ne cessa de s'occuper année après année. Quand Régina mourut, de quelque obscure maladie de pucelle, la peu reluisante vieille dame se leva d'un lit nauséabond et, au désespoir de ses fils mariés, vécut encore une bonne dizaine d'années. Inutile de prier pour le repos de son âme, car sûr qu'elle doit ricaner en enfer tandis que la virginale Régina, elle, soupire au paradis.
En été le cimetière était aussi riche et dense que du sirop, lourd du parfum des pivoines que l'on plantait sur les tombes, fleurs solennelles roses et cramoisies, trop pesantes pour leurs frêles tiges, qui pliaient sous leur propre poids et sous le poids de la pluie, infestées en outre de fourmis insolentes qui musaient sur leurs pétales plucheuses comme si elles avaient ça dans le sang.


Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli