Auteur : Giovanni Arpino
Traducteur : Nathalie Bauer
Date de saisie : 02/12/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : 10-18, Paris, France
Collection : 10-18. Domaine étranger, n° 4080
Prix : 7.80 € / 51.16 F
ISBN : 978-2-264-04334-4
GENCOD : 9782264043344
Sorti le : 06/12/2007
Un train file vers le sud de I Italie. A son bord, un officier estropié, un homme brisé par la vie, aveugle et infirme. Ne lui restent que sa méchanceté, l'alcool et le parfum des femmes. Tragique initiation aux malheurs de la vie pour le jeune soldat chargé de l'escorter. Comme une invitation au renoncement, une leçon froide de cynisme absolu. Pourtant, de ville en ville, de beuverie en bordel, une lueur apparaît derrière le masque de la souffrance. Et si la liberté était née un jour de désespoir ? Porté à l'écran en 1974 par Dino Risi, avec Vittorio Gassman qui tenait là un de ses très grands rôles, Parfum de femme est un des livres majeurs de la littérature italienne.
«Parfum de femme, avec le recul des années, a pris l'allure d'un classique de l'autodérision. On n'oubliera plus ce couple du tyran et de son esclave.» Dominique Fernandez, Le Nouvel observateur
Né en 1927 à Pola, Giovanni Arpino a écrit de nombreux romans, des recueils de poèmes, des nouvelles, des pièces de théâtre, des pamphlets, ainsi que trois ouvrages pour la jeunesse, tout en exerçant le métier de journaliste pour La Stampa et Il Giornale. Il a obtenu des récompenses prestigieuses telles que le Prix Strega, Goncourt italien, en 1964 pour L'Ombre des collines (Autrement, 1998) et le Prix Campiello en 1980 pour Il Fratello italiano. Giovanni Arpino est mort à Turin en 1987.
"Grands détectives" dirigé par Jean-Claude Zylberstein
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Une grosse mouche dorée bourdonnait contre la fenêtre du palier et les murs sentaient la peinture fraîche. Découvrant, à la faveur d'un brusque virage, l'espace entre les vitres entrouvertes, la mouche disparut en mordant joyeusement l'air. Je gagnai moi aussi la fenêtre pour jeter mon mégot. En bas, la cour était déserte, un bout de béton sous le soleil de la fin août. Plus loin, au-delà du fleuve, le vert usé des collines s'estompait dans un ciel opaque. Avant de sonner, je vérifiai que mon calot était immobile sur mon front, ma cravate bien nouée et bien droite.
La porte s'ouvrit aussitôt comme si la femme avait toujours été derrière, a l'affût.
C'était une petite vieille incroyablement rose, menue, vêtue de blanc et de gris. Avec un sourire qui fronçait ses rides gracieuses, elle me fit signe d'entrer. Dans son dos, la pénombre d'un grand couloir. Nous nous rendîmes immédiatement à la cuisine, où nous attendaient deux chaises, près de la table.
«Bravo, bravo, vous êtes bien ponctuel, cela fait plaisir», soupira-t-elle sans cesser de sourire. Elle hochait la tête, les doigts entrelacés.
Je prononçai mon nom et, avec précaution, posai mon calot en équilibre sur un genou.
«Doux Jésus, vous êtes encore un enfant, ou presque !» remarqua-t-elle avec tristesse en plissant les paupières. Je me sentis rougir. «Qui sait si vous aurez la patience nécessaire... Pour ne parler que de la patience.»
Elle s'interrompit, retenant son souffle, les lèvres légèrement entrouvertes sur des dents de résine.
Alors je lui dis que mon officier, à la caserne, m'avait tout expliqué dans les moindres détails.
Elle acquiesça, sourire disparu, lissant de ses doigts fuselés le dos de sa main droite. Elle avait des mains magnifiques, aussi transparentes que du papier de soie, en accord avec sa personne, avec cette pièce immaculée, avec les deux fleurs dans le vase, sur la table.
«Etudiant, me semble-t-il. Fils unique ?» Je lui parlai un peu de mon père, employé, de ma mère et de ma soeur cadette. Tandis que je cherchais les mots adéquats, ces trois visages familiers sortirent un instant de leur brume habituelle, qu'ils regagnèrent bientôt en s'y blottissant doucement. Je précisai ensuite mon âge, vingt ans, et la faculté où j'étais inscrit : sciences économiques.
La voix qui s'échappait de mes lèvres me semblait étrangère.
Pour toute réponse, elle poussa un soupir qui n'avait rien de réconfortant.
«J'ignore tout des jeunes d'aujourd'hui, dit-elle enfin en se dérobant. Et lui non plus, lui, là-bas, dans son grand malheur, je n'arrive pas à le comprendre. C'est peut-être la vieillesse. Et puis comprendre ne sert à rien. Compatir, ça oui.»
Comme mue par une sorte de frénésie, elle se leva et, souriante, le visage parcouru de mouvements brefs et vifs : «J'ai du café glacé, en voulez-vous ? C'est bon. Ou peut-être une orangeade ? Ne me dites pas que vous n'aimez pas ça.»
Elle tournait sur elle-même. Je pensai : un écureuil. L'instant d'après, j'avais le verre de café entre les mains.
«Puis-je fumer ?»
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