Auteur : Rodolphe Baudin | Simone Bernard-Griffiths | Christian Croisille | Elena Gretchanaïa
Date de saisie : 01/12/2007
Genre : Littérature Etudes et théories
Editeur : Presses universitaires Blaise Pascal, Clermont-Ferrand, France
Collection : Cahiers d'études sur les correspondances du XIXe siècle, n° 16
Prix : 24.00 € / 157.43 F
ISBN : 978-2-84516-359-1
GENCOD : 9782845163591
Sorti le : 15/11/2007
Le présent ouvrage est consacré à l'étude de la spécificité des correspondances d'exilés. Rassemblant une douzaine de collaborations, dues à des chercheurs français, mais également italiens, russes ou suédois, il cherche à identifier ce qui distingue la lettre d'exil de la correspondance ordinaire, mais aussi ce qui fait de la lettre le médium privilégié de la relation de cette expérience particulière. S'appuyant aussi bien sur des correspondances d'hommes célèbres, écrivains, penseurs ou politiciens, de Galiani et Grimm à Joseph de Maistre ou Hugo, que sur les lettres d'épistoliers aux destins plus obscurs, tels les nobles français ruinés inscrits sur la liste des émigrés. ou les paysans suédois poussés par la nécessité économique à l'exil vers le Nouveau Monde, les études composant ce recueil couvrent une large période, allant du milieu du XVIIIe à la fin du XIXe siècle, conformément à la vocation du Centre de Recherches Révolutionnaires et Romantiques de l'Université Biaise Pascal. Ce large spectre est également géographique, puisque les correspondances étudiées épousent les émigrations, souvent successives, des victimes de l'exil, de la lointaine Sibérie dans le cas d'Alexandre Radichtchev aux mornes plaines du Kansas dans celui d'Ida Lindgren, en passant par la France familière, lieu d'exil pour les étrangers.
Enfin, pour permettre au lecteur de prolonger la réflexion proposée ici sur la particularité de l'expression épistolaire de l'exil, certains articles sont accompagnés de lettres, souvent inédites, des divers épistoliers étudiés.
Extrait de la préface :
La correspondance d'exil ou les ambiguïtés d'un discours mouvant
Si les études sur l'épistolarité semblent faire l'objet d'une attention toujours plus grande en France depuis une quinzaine d'années, il manque visiblement à la bibliographie déjà riche sur le sujet un ouvrage dédié spécifiquement à ces correspondances particulières que sont les correspondances d'exilés. Certes largement abordées par le colloque de Caen de 1991, dont les Actes rassemblent une dizaine de communications sur des lettres d'exilés, ces correspondances y sont cependant traitées dans le cadre plus large des expériences limites de l'épistolaire, à côté des lettres d'enfermement et de folie. Le présent volume, s'il contient également des lettres écrites par des prisonniers, aimerait cependant recentrer son attention sur l'écriture de l'exil à l'exception de toute autre, afin de tenter de cerner les particularités de l'expression épistolaire de cette expérience.
Composé, à l'origine, des communications d'une journée d'étude franco-russe organisée en 2003 par le Centre de Recherches Révolutionnaires et Romantiques de l'Université Biaise Pascal et consacrée à ce moment particulier qu'est le tournant des XVIIIe et XIXe siècles, le présent ouvrage a souhaité s'enrichir de textes portant sur d'autres expériences d'exil que celle des émigrés ayant fui la France révolutionnaire vers l'Empire de Russie (la princesse de Tarente, Joseph et Xavier de Maistre), pour explorer, en amont et en aval, d'autres témoignages épistolaires de la relégation, vécus dans d'autres lieux d'émigration.
Ainsi l'exil précède-t-il les migrations forcées que la Révolution française imposa aux nombreux indésirables, ennemis réels ou supposés, du nouveau régime. L'abbé Galiani ou Frédéric Melchior Grimm en sont ici deux illustrations, même si le second, comme on le verra, vécut deux fois l'expatriation, avant et après la Révolution.
Mais l'exil, évidemment, survit à l'ébranlement de 1789, au gré des renversements politiques qui, le prolongeant, jalonnent le XLXe siècle, de la longue épopée du Risorgimento italien, dont les premiers soubresauts, avant la victoire finale de l'unification, jetèrent sur les routes de l'exil de nombreux patriotes, tels Francesco Orioli, Terenzo Mamiani ou encore Angelo Frignani, au renversement de la Deuxième République par Napoléon, qui entraîna l'exil de Victor Hugo.
Cette répétition de l'expérience de l'exil, à l'origine de sa dimension universelle, se traduit également par la diversité de sa géographie. En dehors des lieux classiques d'accueil des émigrés chassés par la Révolution, de l'Allemagne à la Russie, les correspondances étudiées dans le présent volume furent écrites en Italie, dans le cas de Galiani, voire en Amérique, dans celui d'Ida Lindgren, quand elles ne furent pas adressées de France, dans celui des patriotes italiens héros du Risorgimento. Le pays des émigrés du XVIIIe siècle était ainsi devenu, au XIXe siècle, celui des immigrants. La Russie même apparaît ici double, comme le refuge de la bonne société française ou savoyarde chassée par la Révolution, mais aussi sous l'apparence moins plaisante de la Sibérie, où Alexandre Radichtchev fut déporté par Catherine II. Le lieu de l'exil, de fait, apparaît souvent comme un espace axiologiquement double.
Enfin, les douze communications rassemblées ici présentent diverses formes d'exils. Outre l'exil politique, de loin le plus fréquent, on trouvera des exemples d'exil économique, comme celui des paysans suédois de la fin du XLXe siècle incarnés par la figure d'Ida Lindgren, ou d'exil volontaire, comme celui de Grimm ou de l'abbé Edgeworth en France dans la première partie de leur vie.
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