Auteur : Alain Montandon
Date de saisie : 01/12/2007
Genre : Littérature Etudes et théories
Editeur : Presses universitaires Blaise Pascal, Clermont-Ferrand, France
Collection : Littératures
Prix : 30.00 € / 196.79 F
ISBN : 978-2-84516-355-3
GENCOD : 9782845163553
Sorti le : 12/11/2007
L'automne, saison d'une belle maturité qui lance ses derniers feux et qui sent les approches de l'hiver et de la mort, reste fortement lié au sentiment du vieillir, à celui du passage de la vie et des choses devant les inévitables transformations et métamorphoses infligées par le temps. Les images et les mots n'ont cessé d'en rappeler depuis l'Antiquité les fastes et les charmes pour dire et montrer le poids du temps. Images des peintres et mots des poètes ont évoqué tour à tour la richesse et la tristesse d'un crépuscule terne ou flamboyant, entre la lumière et l'obscurité, entre le bruit et le silence, entre le souvenir et la chute, les feux de l'automne et le silence des brouillards. La plus poétique des saisons, incontestablement et inlassablement déclinée sous de multiples variations allégoriques, symboliques, musicales. Ici la poésie élégiaque latine, là la poésie persane, ou bien encore la poésie japonaise et la poésie chinoise sont présentes dans ce volume qui fait également place au cinéma avec Bergman, à la peinture symboliste et à la chanson contemporaine. Si Opora, la saison des fruits chez les Grecs est souvent représentée comme une belle femme, voire comme une déesse, il est aussi des «femmes automnales» au temps du romantisme. Et les poètes et les écrivains ne sont pas en reste pour en chanter les charmes et les sortilèges et leurs voix de Goethe, Georg Trakl, Rilke, Stefan Zweig, Thomas Mann à Selma Lagerlöf, D'Annunzio, Rafaël Chirbes, Federico Garcia Lorca, sans oublier le québécois Jacques Brault ou encore Chateaubriand, Balzac, Victor Hugo, Sainte-Beuve, Jean Lorrain, Camille Mauclair, Maupassant, mais aussi Laforgue, Rimbaud, Proust, Francis Ponge, Julien Gracq, Olivier Rolin, Théocrite et Claudel, George Sand, Claude Louis-Combet qui peuplent, avec d'autres encore, les feuilles de ce livre.
Extrait de la préface d'Alain Montandon :
Défaut de l'automne, venir après l'été et annoncer l'hiver. Saison de l'inconfort.
Se demander si ce n'est pas justement le temps propice à la réflexion.
(Robert Pinget, Du nerf, Les Éditions de Minuit, 1990, p. 16)
Le sentiment du vieillir, celui du passage de la vie et des choses devant les inévitables transformations et métamorphoses infligées par le temps a été représenté de célèbres et récurrentes manières par des équivalents de la vie humaine projetée dans le cycle des générations, des saisons et des jours. De nombreux tableaux montrent le cycle des générations associé pour certains - comme en poésie - aux saisons de la nature : la jeunesse au printemps qui s'éveille, l'été à la maturité dans toute sa force, l'automne au déclin et l'hiver à la mort. Ces cycles des saisons sont d'autant plus l'objet de considérations philosophiques que la nature elle-même semble se prêter à cela.
J'en donnerai un premier exemple avec ce poème de Théophile Gautier, intitulé «Lied» qui fait partie d'Emaux et Camées.
Au mois d'avril, la terre est rose
Comme la jeunesse et l'amour ;
Pucelle encore, à peine elle ose
Payer le Printemps de retour.
Au mois de juin, déjà plus pâle
Et le coeur de désir troublé,
Avec l'Été tout brun de hâle
Elle se cache dans le blé.
Au mois d'août, bacchante enivrée,
Elle offre à l'Automne son sein,
Et, roulant sur la peau tigrée,
Fait jaillir le sang du raisin.
En décembre, petite vieille,
Par les frimas poudrée à blanc,
Dans ses rêves elle réveille
L'Hiver auprès d'elle ronflant.
Le titre allemand de «Lied» est inspiré de ces «jolis lieds allemands» que lui ont fait connaître Gérard de Nerval, ainsi que Heine. Cette variation sur le thème des saisons reprend avec délicatesse les topoï les plus courus auxquels le poète redonne, tout en jouant de ces miniatures convenues, une nouvelle fraîcheur. Il ne se privera pas de reprendre ces thèmes en les développant dans divers poèmes célébrant le printemps, l'été, l'automne et aussi l'hiver. Avec cette miniature nous suivons avec les saisons le rythme de la vie qui va de la pucelle à la petite vieille.
L'automne est sans conteste l'une des saisons les plus chères à son coeur. Tout d'abord il a pu partager avec les romantiques le dolorisme lié au deuil de la nature. Peut-être se souvient-il des Souffrances du jeune Werther de Goethe quand le héros allie l'automne à la perte des espérances ? Il est vrai que le thème est récurrent, que ce soit chez Lamartine qui, dans ses Méditations poétiques (XXIII), s'exclame : «Salut, derniers beaux jours ! le deuil de la nature / Convient à la douleur et plaît à mes regards.» Ou chez Chateaubriand évoquant les «grandes voix de l'automne» dans les Mémoires d'outre-tombe. Plus la saison est triste et plus l'auteur de René la trouve en rapport avec lui.
Un caractère moral s'attache aux scènes de l'automne : ces feuilles qui tombent comme nos ans, ces fleurs qui se fanent comme nos heures, ces nuages qui fuient comme nos illusions, cette lumière qui s'affaiblit comme notre intelligence, ce soleil qui se refroidit comme nos amours, ces fleuves qui se glacent comme notre vie, ont des rapports secrets avec nos destinées.
La lumière du soleil pâlissant, la solitude, les feuillages jaunissants, les regards voilés d'une nature qui expire et auquel le poète trouve plus d'attraits est une saison particulièrement chère aux romantiques, qui se plaisent à la pensée d'une mort prochaine. Chateaubriand, se réfugiant sous un hêtre, voit ses dernières feuilles tomber comme ses années et compare le destin de l'arbre marqué au tronc d'un cercle rouge pour être abattu, avec sa propre destinée. Le même Chateaubriand affirme que «la saison la plus favorable aux inspirations de Milton était l'automne, plus en rapport avec la tristesse et le sérieux de ses pensées», attribuant au poète anglais une inspiration littéraire bien proche de la sienne pour qui la mélancolie ne cesse d'augmenter avec les ans.
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