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Pavarotti

Couverture du livre Pavarotti

Auteur : Eve Ruggieri

Date de saisie : 30/11/2007

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : M. Lafon, Neuilly-sur-Seine, France

Prix : 19.00 € / 124.63 F

ISBN : 978-2-7499-0782-6

GENCOD : 9782749907826

Sorti le : 29/11/2007


  • La présentation de l'éditeur

Grande spécialiste de la musique classique et de l'opéra, Eve Ruggieri a été le témoin privilégié de la vie et de la carrière de Luciano Pavarotti, qui nous a quittés le 6 septembre 2007.
D'entretiens privés en rencontres filmées avec celui que l'on consacra de son vivant comme «le plus grand ténor du n e siècle», elle a recueilli une foule de confidences et d'anecdotes qu'elle nous livre aujourd'hui avec l'exigence qu'on lui connaît, mais aussi avec l'humour et le talent de la conteuse qu'elle est.
De l'enfance innocente passée dans la petite ville de Modène à jouer au football en rêvant d'égaler la carrière du grand Caruso aux triomphes remportés sur les plus prestigieuses scènes lyriques du monde en passant par les méga-concerts, Eve Ruggieri nous raconte l'histoire de ce fabuleux destin. Avec la pudeur de l'amie, au-delà des passions hors normes de cet artiste - la peinture, les chevaux, la... gourmandise ! -, elle évoque aussi sa solitude, ses blessures, ses doutes : l'envers du décor.

Directrice artistique du Festival d'Antibes, du Festival de Lacoste, des journées lyriques de Chartres et productrice de» Musiques au coeur sur France 2, Eve Ruggieri est aussi l'auteur de nombreuses biographies, dont Mozart, l'itinéraire libertin et La Callas, parus chez Michel Lafon.



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  • Les premières lignes

Prologue :

«Che faro senza Euridice ?»... «Que vais-je devenir sans Eurydice ?» pleurait Orphée dans l'un des plus sublimes andantes jamais écrits et qui fit depuis 1762 plusieurs fois le tour du monde ! Un parcours initiatique que j'avais héroïquement entrepris pour retrouver... Pavarotti !
J'appelais New York, il était au Japon. Je téléphonais à Tokyo, il venait de s'envoler pour Milan où l'on me déclarait que, hélas, «Il signor Pavarotti e partito poco fa per Modena» ! À Modène une voix fraîche, mais ferme, m'expliquait que hélas... J'en étais là de mes piteuses investigations lorsque, jetant un coup d'oeil distrait par la fenêtre, je crus à une hallucination. Là, sur le trottoir de l'avenue Mozart, Luciano Pavarotti en personne, feutre et pardessus noirs, longue écharpe rouge, sortait de l'immeuble qui fait face au mien. Le destin venait de s'interposer entre l'étoile et la luciole, si vous me permettez cette lumineuse métaphore !
Ce fut le premier rendez-vous d'une série de rencontres magiques, d'une manière ou d'une autre.
Il y eut le jour de la leçon au perroquet : Pavarotti riant comme un enfant en tentant désespérément de faire monter d'un ton la voix de «gros-bec», un ara récalcitrant aux joies du bel canto. Ou bien encore Pavarotti, les yeux écarquillés, suivant passionnément un match de base-ball pendant que j'attendais, quelque peu déconcertée, son accord pour un «Musiques au coeur» déjà programmé ! Et puis son incrédulité devant l'annonce spectaculaire, par sa modicité, du cachet que je lui proposais et qu'il accepta !
Mais surtout il y eut Pavarotti venu seul, à quatre heures de l'après-midi, pour répéter avec son accompagnateur le programme du récital qu'il devait donner le lendemain soir à l'Opéra de Bari.
Concentré, infatigable, l'oeil attentif à tout : la lumière, la place exacte du Steinway, la sienne. Rectifiant l'orientation d'un projecteur. Chuchotant quelques indications de tempo, indiquant une respiration et subjuguant les «machinos» dont les têtes surgissaient des coulisses au seul son de cette voix bouleversante qui soupirait «Eurydice» !
Eurydice... quatre notes pour forcer la porte des Enfers et nous déchirer le coeur. Ce jour-là mes préventions contre «la star des stars», «Big P», «le primo uomo assoluto», «le globe-trotter du bel canto», «le Falstaff des ténors», «le pachyderme milliardaire» et que sais-je encore, s'effacèrent devant l'humilité et l'incroyable musicalité d'un homme qui allait jusqu'au bout d'une quête qui était toute sa vie.
«Qui ose prêter sa voix à Orphée ?» s'écriait André Tubeuf. «Comment ne pas être foudroyé ? Il n'y faut pas de virtuosité, mais l'évidence de la vertu qui est autrement rare !»
Et c'est finalement de cela que je veux vous parler : de la vertu considérée comme l'un des beaux-arts par un homme qui a voué sa vie à «enchanter» celle des autres. Un magnifique artiste qui nous rappelle, s'il en était besoin, que sans la présence de l'âme dans le chant il n'y a pas d'émotion et que sans émotion il n'y a plus d'abandon. Cet étrange et incomparable plaisir qui précipite vers les Opéras, les stades ou les arènes les adeptes d'une antique cérémonie où Orphée s'offre chaque soir aux exigeants désirs du public.


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