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Le châtiment dans l'enluminure au Moyen Age

Couverture du livre Le châtiment dans l'enluminure au Moyen Age

Auteur : Barbara Morel

Date de saisie : 30/11/2007

Genre : Sciences humaines et sociales

Editeur : Ed. du CTHS, Paris, France

Collection : Archéologie et histoire de l'art, n° 27

Prix : 50.00 € / 327.98 F

ISBN : 978-2-7355-0639-2

GENCOD : 9782735506392

Sorti le : 22/11/2007


  • La présentation de l'éditeur

Barbara Morel

UNE ICONOGRAPHIE DE LA RÉPRESSION JUDICIAIRE
LE CHÂTIMENT DANS L'ENLUMINURE EN FRANCE
DU XIIIe AU XVe SIÈCLE

La place qu'occupe l'image du châtiment dans les manuscrits médiévaux révèle l'intérêt des auteurs du Moyen Âge pour la question de la justice. Présente dans de nombreux ouvrages, cette iconographie n'est d'ailleurs pas exclusivement réservée à l'illustration des manuscrits juridiques. Ayant valeur de discours, elle légitime la politique répressive exercée par le pouvoir royal tout en validant l'action punitive des juges. Cependant, cette iconographie ne se restreint pas au seul discours apologétique, et par la représentation de certains supplices elle peut dénoncer la barbarie dont fait usage l'étranger l'Autre que l'on s'emploie à stigmatiser Le châtiment s'inscrit alors entre justice et tyrannie, passant imperceptiblement de la figuration de la vertu à celle du vice. Mais la représentation du châtiment ne développe en aucune façon un goût exacerbé pour l'atroce et pour le macabre. Au contraire, cette iconographie participe d'un idéal de la rédemption par la souffrance et montre un condamné pénitent acceptant pleinement le supplice ordonné par la justice en paiement de ses démérites. Le châtiment est ainsi vécu comme un moment de cohésion sociale autour de la figure du supplicié, qui concentre sur sa personne tous les espoirs d'un retour à la paix.





  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction :

Si le châtiment médiéval n'investit plus aujourd'hui les places publiques, on peut encore aisément observer des corps souffrants aux porches des cathédrales, diables et bourreaux s'y accordant à torturer ceux qu'on leur présente. Les premiers pressent les réprouvés de pénétrer dans le feu de l'enfer, tandis que les seconds s'emploient à martyriser les candidats à la sainteté avec une inventivité étonnante. Des corps malmenés des pécheurs aux saints bravant le feu, le panel est large. Il s'offre à notre imaginaire comme un livre ouvert, nous faisant découvrir sous couvert d'art les atrocités les plus insoutenables. Quoique certaines de ces représentations recoupent notre corpus, voire l'enrichissent, notre propos n'est pas ici d'analyser le châtiment comme motif ornemental au service de l'Église. Car dans cette étude, le fait judiciaire prévaudra sur le fait religieux, seules les miniatures relevant de la justice des hommes étant retenues, et ce bien qu'indéniablement l'iconographie du Jugement dernier et des saints connût alors une diffusion plus large au sein de la société.
Les tourments de l'enfer et les souffrances des saints martyrs ne répondant pas aux mêmes exigences que les supplices de la justice terrestre, nous avons écarté les premiers pour ne considérer que les seconds dans leur plus intrinsèque singularité. Alors que les juges doivent répondre à certains usages établis par la coutume et d'autres textes de loi, les murs des cathédrales ou les vitraux nous font découvrir une répression méconnaissant les fondements du droit pénal médiéval pour la plus grande liberté des peintres et des sculpteurs. L'horreur des corps endoloris s'exprime alors dans l'allégresse d'hommes accédant à l'élection divine, réfutant par cette indifférence à la mort l'un des fondements du châtiment ordonné par les juges. Alors que le condamné paie dans sa chair son tribut à la justice, le saint dévoile au monde la perfection de sa foi. L'un est coupable, l'autre est innocent. Si bien que si ces deux iconographies mettent en scène des supplices, elles répondent à deux visions antinomiques de la justice. Si les premiers martyrs chrétiens sont victimes de l'intolérance de consuls romains orgueilleux, les condamnés doivent seulement répondre de leurs crimes, excès de violence que légitime par ailleurs l'Église.
Ainsi, le bourreau cruel et sanguinaire de l'iconographie religieuse se transforme en un personnage assez neutre, sans relief particulier, se contentant de répondre aux attentes des autorités. Le bourreau n'est plus le vecteur du mal martyrisant à souhait les saints et le Christ, mais s'impose comme un instrument au service de la justice, tandis que le condamné, grâce à ses bons offices, accède à la rédemption. Ces changements révèlent une instrumentalisation fort différente des deux iconographies : la justice terrestre met l'accent sur le repentir du coupable, l'Eglise souligne la victimisation du saint.
Par-delà une renommée salie, la perte de l'honneur par un individu au Moyen Âge peut résulter d'une disposition pénale, certaines peines ayant parfois trouvé un certain écho dans l'art de l'enluminure. Mais si la course des adultères, telle qu'elle est figurée dans les Coutumes de Toulouse ou dans celles d'Agen, a rencontré un vif succès en termes de reproduction dans de nombreuses publications, ce ne sont que deux exemples isolés qui ne peuvent avoir valeur de norme. En effet, les peines infamantes n'ont pas donné lieu à une large iconographie, alors que les peines capitales mises à la disposition du juge pour maintenir la paix publique ont souvent été mises en image. Participant à l'illustration de sources comme les manuscrits juridiques ou les récits historiques, l'enluminure donnant à voir un châtiment transcrit la manière dont est perçue la répression pénale à l'époque médiévale. Symbiose de vécu, de théorie et d'idéal, la représentation du supplice vaut comme témoignage d'un fait historique et d'un imaginaire littéraire. Il convient alors de définir en quoi l'iconographie du châtiment traduit le fait judiciaire tel qu'il est pensé par les hommes du Moyen Âge.


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