Auteur : François Flahault
Date de saisie : 10/12/2007
Genre : Philosophie
Editeur : Mille et une nuits, Paris, France
Collection : Essai
Prix : 14.00 € / 91.83 F
ISBN : 978-2-7555-0011-0
GENCOD : 9782755500110
Sorti le : 21/11/2007
Qu'est-ce que l'homme ? Depuis près de deux mille ans, la question appelle un commentaire de l'épisode biblique qui met aux prises un homme, une femme, un serpent et un fruit défendu. Loin de se résumer à un péché originel auquel on ne croit plus, l'histoire d'Adam et Ève témoigne, selon Paul Ricoeur, du «fond inexprimé - et inexprimable en langage direct et clair - de l'expérience humaine». Cette histoire est partagée par les trois monothéismes, mais le christianisme en a fait le récit fondateur de son anthropologie générale, propageant ainsi une vision bien particulière, occidentale, de l'être humain. Il est fascinant de suivre, avec François Flahault, l'élaboration qu'a connue le récit de la Genèse, qui prend vraisemblablement ses racines dans la Préhistoire : comment le récit a été christianisé ; quelle a été l'influence du platonisme, et en particulier celle de l'étonnante histoire des androgynes coupés en deux racontée dans le Banquet. L'auteur nous montre comment le récit de la Genèse, lorsqu'il circulait encore dans un monde «païen», invitait à assumer le caractère problématique et douloureux de la condition humaine, alors que sa lecture chrétienne en fait le premier acte d'une histoire universelle centrée sur le Salut, c'est-à-dire sur le désir de dépasser la condition humaine. L'ouvrage démêle ce qui s'y noue entre mythe, religion et philosophie, et pointe ce que l'on pourrait appeler l'«erreur de Platon». L'histoire d'Adam et Ève a donné lieu à une controverse sans fin sur les effets du péché originel, optimisme humaniste contre pessimisme augustinien, qui a structuré l'espace de la pensée occidentale. Pour sortir du cercle qui fait obstacle au renouvellement de la pensée, il est indispensable de revenir aux sources de cette histoire antédiluvienne.
Philosophe, directeur de recherches au CNRS, François Flahault anime un séminaire d'anthropologie générale à l'École des hautes études en sciences sociales. Il a récemment publié Le Sentiment d'exister (Descartes & Cie, 2002) ou encore La Pensée des contes (Anthropos, 2001). Aux éditions Mille et une nuits, il est l'auteur de Le Paradoxe de Robinson. Capitalisme et société (2005) et de «Be yourself !» Au-delà de la conception occidentale de l'individu (2006).
Depuis plusieurs années déjà, François Flahault se livre à une confrontation féconde des grands courants de la philosophie occidentale avec d'autres formes de pensée et de connaissance, en vue de fonder une nouvelle anthropologie. Il convoque à cette fin les sciences de l'homme, mais aussi la biologie, la neurologie, la primatologie, la psychologie du nourrisson et, d'autre part, les traditions de sagesse non occidentales ou non conceptuelles (les contes). Dans son nouveau livre, il prend pour point de départ l'une des histoires les mieux connues au monde, celle d'Adam et Eve. Après avoir passé en revue les recherches érudites sur le sujet, il montre que l'interprétation chrétienne à laquelle nous sommes tous habitués dissimule en réalité une histoire fort différente...
Ecrit dans un style simple et entraînant, ce petit livre révolutionnaire nous invite à rien de moins que réviser nos habitudes millénaires de penser le monde humain et nous-mêmes, mais aussi à nous réconcilier avec notre condition, humaine trop humaine, et à tirer parti de nos manques mêmes.
Pourquoi revenir à l'histoire d'Adam et Eve ?
«Savez-vous, Quincey, que je me suis souvent demandé s'il n'y avait pas, dans cette vieille légende du jardin d'Éden, plus qu'il ne saute aux yeux.»
Malcolm Lowry, Au-dessous du volcan
«Cette histoire [...] exprime [...] le fond inexprimé - et inexprimable en langage direct et clair - de l'expérience humaine.»
Paul Ricoeur, Le Conflit des interprétations
On m'a raconté l'histoire d'Adam et Eve au catéchisme, comme à des millions d'autres enfants. J'avais six ou sept ans. Le catholicisme a formé le cadre de vérité dans lequel s'est déroulée mon enfance. Un cadre qui, bien sûr, se voulait absolu, mais qui ne constituait, après tout, que l'une des facettes de la vie quotidienne. Les savoirs avec lesquels le lycée, puis l'université meublèrent progressivement mon esprit me parurent plus en phase avec le monde qui m'entourait. Mon premier horizon de vérité s'estompa, devint pour moi comme un lieu désaffecté. Une fois installé dans une autre ville que celle où l'on a passé sa jeunesse, on a beau en garder le souvenir, le fait est qu'on n'y habite plus ; on perd ce qui faisait qu'on s'y sentait chez soi. Ce changement de demeure mentale, que tant de personnes de ma génération ont vécu, explique en partie le fait que, dans le monde de l'université et de la recherche, le christianisme apparaît souvent comme une dimension mineure de la pensée occidentale. Surtout lorsque l'on fait des études de philosophie : la pensée, la vraie pensée qui a su, au cours de son histoire héroïque, s'affranchir de la religion !
Je me familiarisai durant quelques années avec la haute lignée des philosophes, puis avec les sciences humaines. L'université laïque - je finis par le réaliser - a dû rivaliser avec la source de légitimité intellectuelle qui avait dominé l'Europe durant des siècles. Un système de pensée qui s'impose tend à effacer celui dont il a pris la place et à en minimiser la portée. Après avoir ainsi, durant mes années de formation, oublié ma culture première, j'en suis venu à penser qu'il était dommage de m'en priver. Comme un ethnographe qui interroge son informateur indigène, je me suis retourné vers celui que j'avais été.
L'histoire d'Adam et Eve est partagée par les trois monothéismes : elle est racontée dans la Genèse, premier livre des Ecritures juives, héritage repris par le christianisme, puis par l'islam qui en donne des versions résumées dans le Coran.
Mais seul le christianisme en a fait la clé de voûte de son anthropologie : dans l'ensemble du monde occidental, durant près de deux mille ans, la réponse à la question «Qu'est-ce que l'être humain ?» a tourné autour de l'histoire d'Adam et Eve. L'Église lui a assuré un monopole. Parmi les contes qui circulaient en Europe de bouche à oreille, il est vraisemblable qu'il y eut autrefois des récits sur l'origine de la condition humaine comme on en trouve encore en Afrique, mais seul subsiste le récit canonique. Les mythes qui nous viennent de l'Antiquité, tel celui de Prométhée et de Pandora, ont été préservés par la culture savante, mais ils ont longtemps été lus en référence à l'unique récit dont l'Église ait fait un dogme.
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