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A l'ombre des montagnes

Couverture du livre A l'ombre des montagnes

Auteur : Steve McCurry

Date de saisie : 06/12/2007

Genre : Photos

Editeur : Phaidon, Paris, France

Collection : Photographie

Prix : 49.95 € / 327.65 F

ISBN : 978-0-7148-9729-5

GENCOD : 9780714897295

Sorti le : 08/11/2007

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  • La présentation de l'éditeur

Steve McCurry (né en 1950) a vu sa carrière de photojournaliste prendre son essor le jour où, revêtu d'un costume local, il a franchi la frontière entre le Pakistan et l'Afghanistan avant son invasion par l'Union soviétique. La qualité de son reportage lui valut alors la médaille d'or Robert-Capa, décernée aux photographes faisant preuve d'un courage et d'un esprit d'initiative exceptionnels.

Il s'est également distingué par ses photographies de l'Asie du Sud-Est, où se conjuguent beauté, émotion et intensité. McCurry travaille depuis de nombreuses années pour National Géographic. Il est membre de l'agence Magnum Photos.

Kerry William Purcell est écrivain, enseignant et historien du graphisme. Son travail a été publié dans des magazines tels que Baseline et Eye. Il est également l'auteur d'Alexey Brodovitch (2004) et Weegee (2004), ouvrages publiés par Phaidon.

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Le titre A l'ombre des montagnes résume, pour Steve McCurry, la philosophie du peuple afghan. Allah est la montagne au-dessus de toutes les montagnes qui conçoit ou non, l'idée de leur prochaine heure. C'est la raison pour laquelle, selon lui, ils se refusent à parier sur le lendemain : demain est au bon vouloir d'Allah seul. C'est cette idée omniprésente que Steve McCurry trouve la plus difficile à transmettre à propos de l'Afghanistan. Néanmoins, c'est selon lui cette conviction, cette capacité à endurer pratiquement tout, qui définit parfaitement l'âme afghane et la fascination qu'il a pour elle.

Les photographies sélectionnées ont été prises par Steve McCurry entre les années 1980 et 2000 et sont un témoignage émouvant des sentiments qu'il éprouve pour le pays.
Les portraits sont puissants : tous et toutes regardent, nous regardent, et leurs yeux reflètent page après page une curiosité réciproque et une invitation à la rencontre. Sans connaître leur nom, chacun pourra partager avec eux cet instant fugace de leur existence. Avec ce portrait par exemple, d'une écolière sikhe, à Kaboul, au regard tourné vers l'avenir, McCurry saisit un rare instant de fragile optimisme pour de nouveaux lendemains. La jeune fille afghane au châle vert, sur la couverture, avec son délicat châle émeraude, ses yeux d'un bleu intense et son regard serein évoquent un profond ressenti religieux.
Le portrait est particulièrement propice aux histoires imaginaires que le spectateur peut tisser autour d'une image.
La compassion simpliste ne figure pas dans le langage visuel de Steve McCurry. Avec un respect fondamental pour son sujet, il cherche avant tout à favoriser cette relation entre le lecteur et ceux qu'il photographie.

Femmes, enfants, ou vieillards, scènes de rue, paysages, jeux, corps de métiers, Steve McCurry donne à voir un pays dans une quotidienneté qui paraîtrait presque banale dans ses instants d'accalmie. L'Afghanistan est un pays de contrastes et de contraires, à la fois bucolique et chaotique, paisible et violent, anéanti et résistant.
De façon instinctive, ce peuple pris dans la tourmente des conflits tend à rétablir un sentiment de normalité. Au beau milieu d'un paysage marqué par le tumulte, les palettes de couleur des éléments naturels, des visages, des yeux et des vêtements sont d'une très grande richesse.
Parmi toutes ces photographies, l'une est particulièrement remarquable : cinq femmes sont vêtues de burkhas de couleurs différentes. Il est pourtant très rare, depuis la prise de pouvoir par les talibans, de voir dans les rues afghanes des burkhas d'une autre couleur que le bleu.

«En regardant ces images, commente Steve McCurry, j'ai l'impression de contempler un mirage. Cela ne peut pas être vrai. Et pourtant cela a été.» Steve McCurry en appelle ainsi, dans A l'ombre des montages, à la force de la photographie comme révélatrice du vrai, d'une vérité à laquelle il n'est pas possible de rester indifférent.





  • Les premières lignes

C'est l'esprit farouche, obstiné et invincible de l'Afghanistan qui m'a poussé à y retourner à maintes reprises, depuis près de trente ans. Ces photographies constituent la chronique en images de nombreux voyages réalisés lors de périodes d'invasion, de guerre, de trêve, de dérive et de quelques phases de paix relative.

Malgré les nombreuses tentatives venues de l'extérieur pour le réformer, l'Afghanistan ne change jamais vraiment. Après avoir encaissé les coups pendant des millénaires, ce pays, comme un défi au monde, reste le même, toujours et encore. En revanche, sans même le vouloir, l'Afghanistan transforme toute personne qui y passe un peu de temps. Assurément, ce pays m'a transformé. Face à ces images, j'ai l'impression de contempler un mirage. Cela ne peut pas être vrai. Et pourtant cela a été.

Je ressens le même trouble lorsqu'on me demande de décrire l'Afghanistan. Ce pays est à la fois bucolique et chaotique. Paisible et violent. Anéanti et résistant. Extraordinairement accueillant et viscéralement inhospitalier.

Si je persiste à y retourner, c'est peut-être parce que l'Afghanistan reste pour moi une énigme. C'est pourquoi j'éprouve tant de difficultés à assembler des milliers d'images éparses pour faire le portrait de ce pays sous forme de livre.

Ainsi mon obsession afghane se nourrit d'une histoire née de nombreux voyages. Tout a commencé en 1979, l'année de l'invasion par les Russes. Alors âgé de vingt-neuf ans, j'avais déjà parcouru le monde. Mais rien de ce que j'avais fait jusque-là n'aurait pu me préparer à l'Afghanistan, qui plus est en temps de guerre. Il n'y avait aucune des infrastructures militaires ou journalistiques habituelles : ni collègue expérimenté, ni véhicule blindé, ni liaison radio.

Une nuit de 1979, j'ai traversé clandestinement la frontière pakistanaise en suivant deux guides qui ne parlaient pas un mot d'anglais. J'avais pour tout équipement une tasse en plastique, un couteau suisse, deux boîtiers d'appareil photo, quatre objectifs, un sac de pellicules, un sachet de cacahuètes récupéré dans l'avion et un exemplaire miteux de Narcisse et Goldmund de Hermann Hesse qu'un randonneur avait laissé dans un hôtel à 2 dollars la nuit.

Les semaines suivantes, je me sentais comme un chien égaré, conduit par un guide ou un milicien, puis par un autre. Nous nous déplacions de nuit, à pied ou à cheval, et communiquions par gestes ou, les jours fastes, en mauvais anglais.
La guerre m'avait embringué jusqu'au coeur du pays, et, quelques semaines plus tard, elle me recracha. Lorsque je traversai à nouveau la frontière, souffrant d'ampoules et meurtri par la selle, j'avais des bardanes plein les chaussettes et des pellicules photo cousues dans mes vêtements. Ces clichés me sont apparus comme un rêve lorsque je les ai développés quelques semaines plus tard. Ces taches noires et blanches prenant forme dans le bain de révélateur paraissaient tellement étranges. C'était donc ça, l'Afghanistan.

Chaque fois que j'y suis retourné, l'autorité semblait être passée dans de nouvelles mains, que ce soient celles des mollahs, des anciens de tribus, des chefs de guerre, de bandits ou de quelconques hommes de paille. Rien d'étonnant à ce que le jeu national soit le bouzkachi : une mêlée de cavaliers en furie se précipite sur un terrain boueux pour le triomphe fugace de s'emparer d'une carcasse de chèvre disloquée.


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