Auteur : Neil Smith
Traducteur : Paul Gagné | Lori Saint-Martin
Date de saisie : 29/11/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : ALLUSIFS, Montréal, Canada
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 978-2-922868-65-4
GENCOD : 9782922868654
Sorti le : 30/11/2007
Les personnages des nouvelles de ce recueil se tiennent en équilibre entre le rire et le désespoir, comme des galaxies qui oscilleraient entre l'expansion et l'effondrement. Cette tension qui les retient fait ressortir des liens et des noeuds, sauve des vies et anime les objets. Les huit récits de ce recueil rendent hommage à la beauté de la complexité humaine : des personnes atteintes d'une tumeur bénigne piègent un imposteur pour prouver que c'est leur bonté qui les a exposées à la maladie; une fille de huit ans, souffrant d'une maladie qui fait défiler sa vie en accéléré puis à reculons, découvre l'amour; une veuve qui lutte contre l'alcoolisme va pique-niquer dans le Vieux-Port de Montréal avec, dans son panier, les cendres de son mari et une bouteille de chardonnay.
NEIL SMITH est né en 1964 à Montréal, où il vit et travaille comme traducteur. Lauréat de plusieurs prix et mentions honorables, il a été trois fois finaliste au Journey Prize, un des plus grands prix littéraires canadiens.
«Je parle tout le temps à Carl, à voix haute ou dans ma tête. Nous avons des conversations dans la mesure où je sais avec précision comment il répondrait à tout ce que je dis ou fais. Aux yeux de certains, parler à son défunt mari empeste le mélodrame larmoyant, le film hollywoodien cucul. Qu'ils aillent se faire foutre.»
«Les nombreux talents de Smith abolissent la distance entre la violence débridée et les insécurités et insuffisances qui se dissimulent sous la surface du quotidien.»
The Globe & Mail
«Le recueil est une merveille. C'est un livre irrésistible : spirituel, sincère et débordant de sagesse. À lire absolument.»
Miriam Toews
Tube bleu, tube vert, tube large, tube clair. On jurerait un album pour enfants du Dr Seuss. Les tubes s'échappent des rois mages robotisés agglutinés autour de l'incubateur, s'infiltrent par les hublots de la boîte en plastique transparent et s'insinuent sous la peau gris-rose du bébé. Un dans la narine gauche de la petite. Un dans sa gorge. Un dans son bras à peine plus gros qu'un bâtonnet d'esquimau. Un autre encore envahit sa poitrine. La peau de sa poitrine est si fine. La mère de l'enfant distingue presque les minuscules organes qui se cachent dessous, comme les crevettes sous le papier de riz des rouleaux de printemps. La petite ne bouge pas. Ne pleure pas. Pour la mère, le bébé aux yeux bleu-noir est un extraterrestre posé en catastrophe sur sa planète. Séquestrée et gardée en vie par des G-Men chargés d'évaluer la menace que représente ce petit visiteur.
- Quel genre de maman seras-tu ? lui a demandé Jacob.
Assis côte à côte sur un tapis tressé, An et lui fixaient la chandelle vacillante qui se consumait sur la table basse d'An.
Elle a dit :
- Je ne serai pas une de ces mamans casse-pieds qui racontent par le menu l'épreuve des petites dents qui poussent.
Jacob l'a contredite :
- Je parie que tu seras une de ces mères comme on en voit dans les pubs à la télé. Tu sais bien, les angoissées qui s'interrogent sur les mérites respectifs du papier cul à deux et à trois épaisseurs.
An a pris sur la table une tasse en porcelaine bleue, genre espresso, et l'a tendue à Jacob.
- Une mère traditionnelle à mort, a-t-elle renchéri. Sortie tout droit d'un tableau de Norman Rockwell.
Souriant, Jacob s'est levé, a étiré ses longues jambes. Pendant qu'il était aux toilettes, An a mis un CD de jazz. Puis elle est allée s'allonger sur le lit. Avant la fin de la première pièce, Jacob est sorti de la salle de bains.
- Tu as fait vite, cette fois, a constaté An. Jacob a répondu qu'il s'était entraîné à la maison.
Il lui a tendu la tasse avant de lui poser un baiser sur le front.
- Je ne t'aime pas, a-t-il déclaré.
- Moi aussi je ne t'aime pas, a répliqué An. Après le départ de Jacob, An a introduit le sperme dans une seringue. Elle a remonté sa jupe paysanne et baissé sa culotte. Puis elle s'est calée sur le lit, deux oreillers sous les fesses. C'était la première fois qu'elle essayait cette position. La force de la gravité aidant..., a-t-elle raisonné.
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