Bernard-Henry Lévy ou La règle du je / Passion du livre

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Couverture du livre Bernard-Henry Lévy ou La règle du je

Auteur : Bruno Jeanmart | Richard Labévière

Date de saisie : 31/10/2007

Genre : Philosophie

Editeur : Temps des cerises, Pantin, France

Prix : 14.00 €

ISBN : 978-2-84109-677-0

GENCOD : 9782841096770

Sorti le : 31/10/2007

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  • La présentation de l'éditeur

Les prestations de Bernard-Henri Lévy se caractérisent par une double imposture : philosophique et journalistique. Ce n'est pas le personnage «glamour», philosophe mondain ou journaliste «romantique», qui nous intéresse ici, mais le système qu'il a mis au point et qu'il a trouvé à vendre : il s'agit de démonter les bouffonneries qu'il fait passer pour de la philosophie et du journalisme, avec l'aide des médias et de la grande édition qui sont les chiens de garde de l'idéologie la plus réactionnaire. Le personnage aspire au statut d'intellectuel total et prétend maintenant s'ériger en maître à penser de «la vraie gauche». Un philosophe et un journaliste lui répondent pied à pied, dénudant le système Bernard-Henri Lévy - serviteur de l'empire américain et du libéralisme mondialisé, ego médiatique vide et surdimensionné. Ce livre s'adresse aux professeurs de philosophie, aux journalistes et aux citoyens qui luttent pour un espace public critique de la pensée, de l'information et de la formation de l'opinion.
Bruno Jeanmart est professeur de philosophie et psychanalyste.
Richard Labévière est rédacteur en chef à Radio France Internationale (RFI).





  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction :

Au pays des merveilles...

Pourquoi consacrer encore des lignes à Bernard-Henri Lévy ? La question est légi­time, d'autant que l'affaire semble pliée depuis la biographie non autorisée mais définitive de Philippe Cohen, et surtout depuis Une impos­ture française de Nicolas Beau et Olivier Toscer. Affaire pliée certes, au sujet de l'homme et de ses petites combines qui ne nous intéressent pas, mais affaire toujours on ne peut plus en cours en ce qui concerne la philosophie, ses évolutions actuelles et ses dynamiques de globalisation, d'implosion, voire de disparition. Et au vu de la passion des grands reporters des idées contemporaines assimilant toute espèce d'effort critique au terrorisme pamphlétaire, on se dit que la question demeure en effet des plus pertinentes.
Si le propos n'est pas ici de remettre en chan­tier les généalogies des appareils idéologiques fabricant les chiens de garde, toujours à l'affût des moutons qui pourraient inopinément vouloir quitter le troupeau, force est tout de même d'interroger les procédures permettant aux médias dominants d'opérer une inextricable fusion entre la représentation et la conceptualisation, la visibilité et la discursivité, en un mot entre l'image et le mot. Même si Guy Debord nous a depuis longtemps affranchis de toutes les ruses de la société du spectacle, il n'en demeure pas moins qu'une bien troublante affirmation ontologique ne cesse d'irriguer nos certitudes les mieux arrimées. Soit : la représentation c'est l'être, et inversement ; l'«ego cogito ergo sum» contemporain se réduisant désormais à un simple «je me représente donc je suis». Expliquant, non sans humour, que la représentation aussi fine soit-elle n'épuise jamais complètement le réel, Spinoza affectionnait cette formulation ramassée, qui proclamait que «jamais le concept de chien n'aboierait.» Or, comme Alice au pays des merveilles, non seulement Bernard-Henri Lévy fait aboyer les concepts, mais il lui arrive même parfois de les faire miauler.
Examiner dans un tel contexte le cas exem­plaire de ce philosophe et les quelques thèmes majeurs qui soutiennent l'édifice de ses livres, c'est tout d'abord reconnaître la valeur symptomatique d'une pensée, qui se veut directement assimilable par l'opinion, par la «doxa», déclinant ainsi les multiples convictions idéologiques susceptibles de lui conférer une consistance en phase avec l'inéluctable marche de l'Histoire. Vite dit mal dit, les équations les plus réductrices défilent et s'entretiennent mutuellement, comme celles visant à identifier Marx et le goulag, ou à opposer le religieux monothéiste au fait totalitaire, ou même à confondre les droits de l'Homme avec les droits individuels... Tout y passe des paralogismes à partir desquels les militants du libéralisme avancé entonnent l'hymne à la gloire du monde libre.
Ce petit livre se conçoit comme une interven­tion. Il se veut donc un simple retour aux textes et à l'essentiel. Que dit et qu'écrit au juste Bernard-Henri Lévy ? Quelles sont exactement les thèses qu'il défend et qui paraissent tellement irrésistibles aux prosélytes actuels de la sacro-sainte pensée unique ? Quels sont les arguments qu'il ne cesse de nous vendre et de mettre en scène ?
Car, et répétons-le pour être tout à fait clairs, ce n'est pas l'homme en tant que tel qui retiendra ici notre attention, mais bien plutôt un certain type de rhétorique et de discursivité, qui, à l'image des sophistes de l'Antiquité, distille quelques clichés paresseux sur le monde et ce qu'il devrait être. Notre homme, indéniablement, se plaît et excelle dans l'exercice. Ce texte ne se lira donc pas comme un pamphlet. Il s'agit davantage d'un petit voyage ethnologique au coeur de la modernité et de l'un de ses symptômes majeurs, dont Bernard-Henri Lévy pourrait bien incarner le paradigme. C'est du reste la raison pour laquelle nous avons cru bon de rappeler, en ouverture, deux «souvenirs d'enfance», l'un à Grenoble en 1978, et l'autre à Paris les 16 et 17 juin 1979 à l'occasion des Etats généraux de la philosophie. Deux souvenirs qui éclairent des textes qui ont fait la fortune de notre philosophe La Barbarie à visage humain, (1977), Le Testament de Dieu, (1979), et enfin L'Idéologie française, (1981). On y verra à l'oeuvre quelques-uns des plus beaux fleurons de ce qui représente aujourd'­hui la philosophie spontanée de la culture petite-bourgeoise, douillette et inodore, ou encore les quelques certitudes dont peut se parer le cadre pressé, soucieux de ses repas d'affaires et de ses conquêtes mondaines. Heureuse époque !
L'aboutissement de ce voyage nous mènera à l'investigation de cette bien curieuse invention, baptisée «romanquête», un peu d'enquête et beaucoup de roman, à propos de l'assassinat d'un journaliste qui travaillait sur la nébuleuse Ben Laden au Pakistan (Qui a tué Daniel Pearl ?, septembre 2004).
Détournement de cadavre et résurrection d'un «journalisme transcendantal» cher à Maurice Clavel, nous serons là véritablement au coeur de ce qu'il faut bien appeler la misère de la philosophie, sinon une imposture philosophique.


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