Passion du livre - tout sur le livre : Eloge de la coïncidence

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Eloge de la coïncidence

Couverture du livre Eloge de la coïncidence

Auteur : Luiz Schwarcz

Postface : Alberto Manguel

Traducteur : Michel Riaudel

Date de saisie : 20/12/2007

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Actes Sud, Arles, France

Collection : Le cabinet de lecture

Prix : 15.00 € / 98.39 F

ISBN : 978-2-7427-7142-4

GENCOD : 9782742771424

Sorti le : 02/11/2007


  • La présentation de l'éditeur

LE POINT DE VUE DES EDITEURS

"Il est curieux que cet Eloge de la coïncidence soit le premier livre de Schwarcz. Il se lit comme un résumé de nombreux livres antérieurs, la distillation de quantité de pages traitant de sujets divers et qui, reliées ensemble par une main devenue expérimentée, composent un petit chef-d'oeuvre. C'est un ouvrage parfaitement achevé au style plein de grâce, à l'intelligence discrète, à l'humour réservé et, surtout, d'une honnêteté littéraire tempérée de bienveillance (sans laquelle l'honnêteté n'est qu'étalage de vertu). Certaines pages sont ou paraissent autobiographiques ; d'autres entraînent à des méditations sur la responsabilité individuelle et l'ordre universel ; d'autres ont une saveur de rêve ou de cauchemar. Ensemble, toutefois, elles révèlent un schéma clair : tout ce que nous vivons, tout ce que nous pensons ou ressentons, chaque imagination, si différente soit-elle des autres, tout cela appartient à un récit unique qui doit être raconté."

ALBERTO MANGUEL
(extrait de la postface)

Luiz Schwarcz est né à São Paulo en 1956. Il est éditeur et auteur de livres pour la jeunesse.



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  • La revue de presse Raphaëlle Rérolle - Le Monde du 21 décembre 200

Aussi les quelques nouvelles qui composent ce recueil sont elles ciselées, retenues, pudiques et en tout cas dépourvues de la moindre boursouflure baroque ou sentimentale. Pourtant, par une sorte de fantaisie miraculeuse, ces courtes histoires échappent à la raideur qui aurait pu les menacer. Tendues au-dessus d'un océan d'émotions, de souvenirs et de rêves, elles ont la fragile beauté de ce qui passe quand on ne le retient pas...
C'est de la rencontre "entre l'expérience et l'imagination" que naissent les fameuses "coïncidences" dont parle le titre. Des croisements inattendus, bizarres, parfois angoissés, mais toujours pleins de grâce.


  • La revue de presse Sébastien Lapaque - Le Figaro du 6 décembre 2007

Proustienne à sa manière, cette recherche du temps perdu en onze petits tableaux est borgésienne plus encore. Entre les êtres, les lieux et les époques s'établissent des correspondances secrètes; des âmes sont soeurs sans le savoir; des signes éclairent la réalité
Dans les histoires de Luiz Schwarcz, des événements interviennent, des actions minuscules concurrencent des entreprises grandioses, des individus se croisent, des hommes s'ignorent, d'autres se cherchent. Leur coïncidence est-elle impossible ou repoussée comme les asymptotes aux infinis ?



  • Les premières lignes

SEPTIÈME ÉTAGE

De là-haut, tout me semblait petit. Sauf moi. Ma position était toujours la même. Assis par terre, les jambes repliées vers la droite, sur la moquette épaisse et irrégulière. Je regardais, je faisais mon apprentissage du monde à travers l'angle inférieur de la fenêtre du jardin d'hiver. Il n'y a aujourd'hui dans les appartements même plus de jardin d'hiver. Peut-être parce qu'on n'a toujours pas su expliquer ce que c'était, un jardin d'hiver : quelques fougères suspendues dans un coin de la maison où jamais personne ne mange ni ne s'assoit pour bavarder ? une pièce que distingue son carrelage, du marbre dans les appartements chic, de la faïence chez les autres, afin de créer une ambiance qui rappelle l'hiver européen ?
Il ne faisait d'ailleurs jamais froid dans ce jardin d'hiver, qu'un jour mes parents ont pourtant décidé de recouvrir de moquette, une dense moquette marron où je m'asseyais, le corps à demi plié. Et ils placèrent une télé dans un des coins de la forêt tropicale com­posée a minima : outre les fougères, des capillaires et deux orchidées qui ne fleuris­saient jamais. Ma mère leur parlait, quel­qu'un lui avait dit que ces plantes ont besoin qu'on leur parle ; tels les prêtres au confessionnal, les orchidées aiment entendre ce que les gens ont envie de dire sans pour autant se confier à qui pourrait leur répondre.
Je regardais les voitures qui tournaient à l'angle de la rue, les jeunes filles en san­dalettes ou en espadrilles, les dames portant ombrelle et hauts talons, les garçons chargés de battes, de balles et de leur goûter, les gardiens devant leur immeuble, sur le trottoir, qui risquaient un brin de causette avec une nourrice ou tiraient sur une ciga­rette roulée. Le volubile vendeur de journaux retenait particulièrement mon attention. Il parlait fort, dans un portugais encore proche de ses racines ; de là-haut je ne pouvais comprendre ce qu'il disait, mais j'imaginais tout ce que seu Francisco pouvait raconter. Il aimait vendre des images de footballeurs, et faisait ouvrir leur pochette devant lui à ses clients en culotte courte : il célébrait les nouvelles figurines et imputait au diable les doublons. Il s'emportait en agitant les bras, surtout quand on tirait celle de Fidélis, un défenseur du Bangu : maillot rayé rouge et blanc, Taureau Assis, comme on le surnommait à la radio, était la guigne suprême des albums. C'était comme si j'avais entendu clairement seu Francisco s'exclamer : "Non, pas Fidélis, par tous les diables, pas Fidélis à nouveau !"
Devant le kiosque il y avait un café au comptoir en bois sombre, avec de hauts tabourets et une boîte en verre où se trou­vaient d'un côté des oeufs durs que j'estimais jaunis par le temps, et de l'autre des saucisses flottant dans une sauce tomate relevée de poivrons et d'oignons. L'odeur était forte, mais la combinaison de couleurs donnait à la vitrine un air appétissant. Au comptoir venaient s'asseoir des maçons, des plombiers et des peintres en bâtiment qui travaillaient dans le secteur, tous le pantalon retroussé, en tee-shirt, sandales et chapeau de fortune : un vieux journal plié ou un sac de supermarché. Quand un gardien ou un ouvrier d'entretien entrait dans le boui-boui, le contraste des uniformes sautait aux yeux, on aurait dit un de ces matchs de football où seule une équipe joue en tenue assortie. Les vêtements des maçons étaient repérables à leurs taches irrégulières et aux bras velus qu'ils laissaient dépasser, l'emblème étant alors la corne épaisse des pieds et non, comme pour les employés d'immeuble, le nom de l'édifice brodé sur la poche de la chemise bleue : Apolo, Pompéia, Arcádia, Atlantis...


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