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Bioéthique : l'homme contre l'homme ?

Couverture du livre Bioéthique : l'homme contre l'homme ?

Auteur : Jean-Frédéric Poisson

Date de saisie : 24/11/2007

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : Presses de la Renaissance, Paris, France

Prix : 19.00 € / 124.63 F

ISBN : 978-2-7509-0032-8

GENCOD : 9782750900328

Sorti le : 15/11/2007

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  • La présentation de l'éditeur

Les progrès de la science et de la médecine doivent beaucoup â ceux qui ont transgressé les normes de leur époque : que serait la chirurgie sans la légalisation des greffes d'organes ou de la dissection des cadavres ? Néanmoins, en bioéthique, certaines transgressions sont illégitimes...
Que penser par exemple de la loi d'août 2004 qui redéfinit la mort cérébrale et permet aux transplanteurs le prélèvement d'organes chez les patients décédés mais â coeur battant ? De même, l'utilisation récente de «bébés-médicaments» ne constitue-t-elle pas une forme inquiétante d'eugénisme ?
Jean-Frédéric Poisson livre une analyse critique des actes de prise en charge médicale de tous les grands moments de la vie, en plaçant au coeur de sa réflexion la notion de «personne humaine» sans quoi toutes les dérives sont possibles. Il recense différentes pratiques médicales contemporaines (la procréation médicalement assistée, l'euthanasie, le clonage...) susceptibles de mettre en péril la dignité de l'homme.
L'auteur met ainsi le lecteur face à un débat philosophique passionnant et amène chacun à s'interroger sur la place à donner à la science et à la médecine dans le monde de demain.

Jean-Frédéric Poisson, député des Yvelines depuis juillet 2007, a 44 ans. Titulaire d'un doctorat en phi­losophie, il se lance dans renseignement avant d'entrer en politique en 1993 comme spécialiste des questions bioéthiques. Adjoint au maire de Rambouillet (dont il fut maire de 2004 à 2007), il dirige également un cabinet de conseil en organisation et management. Il est l'auteur du Mythe bioéthique (ouvrage collectif, Bassano, 2000), de Bioéthique, Éthique et Humanisme (Éditions hospitalières, 2003) et de La Dignité humaine (Éditions hospitalières, 2004).





  • Les premières lignes

Pourquoi faut-il critiquer la bioéthique ?

IL Y AURAIT POURTANT BEAUCOUP DE RAISONS D'ÊTRE fier, et confiant. Le cancer est en passe d'être soigné : il est toujours une maladie très grave, mais n'est plus mortel dans beaucoup de cas. De même le sida, dont les trithérapies viendront à bout bientôt. On maîtrisera sous peu la technique des «gènes-médicaments», et la médecine prédictive permettra de mettre au point les traitements préventifs adaptés à la situation personnelle de chacun. Les chirurgiens sont désormais capables de remplacer quasiment toutes les parties défaillantes du corps humain, à l'exception du cerveau, encore beaucoup trop complexe pour les connaissances de ce début du XXIe siècle. Mais, il y a quarante ans à peine, la première transplantation cardiaque avait fait passer le projet de son auteur pour une presque folie. On conserve aujourd'hui la vie aux grands prématurés, au bout d'un temps de gestation dont la brièveté les eût condamnés à une mort presque certaine il y a encore quelques années. On le voit bien : l'humanité progresse peu à peu dans sa connaissance des phénomènes naturels, sa capacité à les comprendre, et en rétablir le cours normal, voire à s'y substituer le cas échéant et si nécessaire.

1. La science pose problème

Pour autant, le rapport de la science et du vivant est devenu problématique. L'actualité est foisonnante, quo­tidienne, souvent grave, et chaque jour apporte un lot de «nouveautés», pas nécessairement réjouissantes et qui de ce fait mettent l'esprit en alerte. Ces nouveautés sont fascinantes, c'est-à-dire qu'elles suscitent un mélange à proportion très variable d'admiration et de crainte. Il ne s'agit pas seulement de quelques découvertes technologi­ques destinées à améliorer le quotidien de consomma­teurs déjà très équipés. Dans leur radicalité, elles ne se contentent pas d'interroger les sociétés comme sur de nouveaux produits, sur les avantages comparatifs des écrans plats ou des téléphones portables. Elles suscitent des interrogations très fondamentales portant sur l'ordre même du monde, dans ses aspects éthique, juridique, et politique. Et si les progrès de la technologie suscitent presque invariablement notre admiration, ceux des découvertes de la science du vivant et de la médecine pro­voquent fréquemment, désormais, de l'inquiétude.
L'essor des nanosciences et des nanotechnologies (ces techniques qui permettent d'intervenir dans la structure de la matière à l'échelle de l'atome, une «industrie atomique», en quelque sorte) est révélateur de cette évolution. «La chimie, expliquent les auteurs d'un rapport pour l'Académie des sciences, est passée d'une science de découverte à une science de création. Les chimistes ont actuellement les moyens de créer de nouvelles formes de la matière et peuvent se fixer comme objectif de trouver les voies permettant d'organiser la matière en termes de propriétés (physiques, chimiques, mécaniques voire biologiques).» Quelques applications possibles de ces nouvelles techniques sont envisagées, et certaines d'entre elles sont déjà très avancées : la transmission optique, le stockage de l'information (comme par exemple la numérisation du son et la diffusion des disques compacts à grande échelle), la séparation sélective (nucléaire, pollution), la catalyse, pour ne citer que celles-là. Ces mêmes techniques permettent également d'envisager de réelles améliorations de nos performances cérébrales, en recourant à la miniaturisation et à l'implantation chirurgicale. Dans un tout autre ordre d'idées, il y a quelques mois une grande entreprise américaine déclarait son intention de breveter la reproduction des cochons, dans le but presque ouvertement affiché de percevoir des dividendes chaque fois qu'un porcelet verrait le jour sur notre terre. Très récemment, au mois de novembre 2006, trois universités anglaises ont déposé une demande officielle visant à produire des embryons hybrides homme-vache (des «chimères», en langage précis). Ce projet vise, disent ses promoteurs, à améliorer la compréhension des mécanismes de production et de différenciation des cellules embryonnaires, tout en contournant la «pénurie» (sic) d'oeufs humains dispo­nibles pour la recherche. Dans le même temps, à quelques jours près, la même science britannique frôlait l'aveu d'impuissance : le Royal Collège of Obstaetricians and Gynecologists demandait l'autorisation de pratiquer l'euthanasie sur les nouveau-nés lourdement handicapés, dans le cas où aucun traitement ne pourrait être envisagé pour améliorer leur sort et leur qualité de vie. Pendant ce temps-là, le bio-terrorisme, lui aussi tirant directement profit des progrès de la biologie et de la science, trouve dans la violence politique de funestes applications aux avancées techno-scientifiques.


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