Auteur : Frédéric Pajak
Date de saisie : 20/12/2007
Genre : Littérature, essais
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : L'Arbalète
Prix : 25.00 € / 163.99 F
ISBN : 978-2-07-078630-5
GENCOD : 9782070786305
Sorti le : 11/10/2007
Dans ce récit illustré, F. Pajak tente de définir l'autoportrait et déduit que toute tentative d'autoportrait par l'écriture est vouée à l'échec. Avec un cahier photographique accompagné d'éléments autobiographiques textuels.
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«Cet Autoportrait ne veut rien raconter», écrit encore Pajak, qui rassemble pourtant ici, de façon patente, des épisodes de sa vie, et les clichés qui attestent de ces moments vécus. Mais l'imagination et le dessin s'évadent de ce fil narratif, pour emprunter d'autres chemins : la méditation, l'abstraction, la réflexion sur l'art et l'écriture, sur leur lien avec le sacré, sur l'autoportrait qui peut se déchiffrer dans tout acte créateur...
Cette noirceur, que d'autres dissimuleraient, il l'expose au grand jour, comme pour tordre le cou à sa timidité. Ce livre-ci est simplement plus noir que les précédents. Sous les autoportraits à la mine de plomb, les photographies d'enfance et de jeunesse, les dessins obscurs qui évoquent les encres mescaliniennes de Michaux et les gravures mezzotinto, mais aussi les ombrageux croquis de Pessoa, Artaud et Matisse, Frédéric Pajak, avec ce «mélange de froideur et de pathos» qui le caractérise, feint de rassembler des souvenirs éparpillés : les moments insouciants d'avant l'accident, l'adolescence séditieuse, le café du petit matin avec les filles de joie de la rue Pigalle, le rêve américain, sa musique, ses routes, ses stupéfiants et son mysticisme. Mais les faits accumulés ne veulent rien dire, Pajak échappe à sa propre chronologie, à sa propre subjectivité.
Qu'il décrive, en effet, une nuit sans lune comme un «muscle noir», ou qu'il évoque l' «arrogance» de son inconscient, Pajak écrit-dessine de plain-pied avec ses arrière-mondes. Et tel est, sans doute, le secret de la force qui l'anime. On le sent inconsolable de quelque chose, blessé à mort par des tourments inexpliqués. Et l'on craint que chaque page écrite, chaque zébrure de gouache ou de fusain ne lui ait arraché son dernier souffle. Les amateurs apprécieront particulièrement, dans cette dernière livraison, l'art avec lequel Pajak revisite sa propre subjectivité, cette «réalité contestable» - en accordant toutefois un avantage à la peinture sur la parole et l'écriture qui «fricotent trop avec les racontars et la louange de la vie». Pajak, lui, ne fricote pas. C'est un tragique non dépourvu d'humour. Et son talent scintille comme un diamant noir dans le grand musée de ceux qui, à dessein, confondent «le malheur de vivre et la volupté de se laisser vivre».
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