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Ecrits pour le cinéma : le muet et le parlant

Couverture du livre Ecrits pour le cinéma : le muet et le parlant

Auteur : Benjamin Fondane

Date de saisie : 23/11/2007

Genre : Cinéma, Télévision

Editeur : Verdier, Lagrasse, Aude

Collection : Verdier poche

Prix : 9.50 € / 62.32 F

ISBN : 978-2-86432-518-5

GENCOD : 9782864325185

Sorti le : 15/11/2007


  • La présentation de l'éditeur

Écrits pour le cinéma. Le muet et le parlant
Benjamin Fandane

Lorsqu'il meurt, en octobre 1944 dans une chambre à gaz de Birkenau, Benjamin Fondane a seulement quarante-cinq ans. Il laisse cependant une oeuvre importante de poète, de dramaturge, d'essayiste, mais aussi de cinéaste - la part la plus ignorée de son oeuvre bien que difficilement dissociable du reste.
Déjà, en 1928, il écrivait à propos de ses ciné-poèmes : «Une partie de moi-même que la poésie refoulait vient de trouver dans le cinéma un haut-parleur à toute épreuve.»
Ayant perdu toute confiance dans les mots, Fondane s'enthousiasme pour le muet. Mais le film devient sonore, parlant - bavard disait Fondane -, soumis de plus en plus à des impératifs économiques. Cependant, entre 1934 et 1936, il lui est permis de faire quelques expériences cinématographiques comme il les a rêvées. Il tourne notamment Tararira. Le film scandalise le producteur qui refuse de le distribuer.
Ses écrits sur le cinéma sont ceux d'un homme qui se faisait l'idée la plus haute du septième art et qui, ayant vécu comme une tragédie le passage du muet au parlant, en apporta l'analyse la plus pénétrante et la plus lucide.

Textes réunis et présentés par Michel Carassou, Olivier Salazar-Ferrer et Ramona Fotiade



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  • Les premières lignes

Extrait de la préface de Michel Carassou :

Benjamin Fondane et le cinéma

Lorsqu'il est mort en octobre 1944, dans une chambre à gaz à Birkenau, Benjamin Fondane avait seulement quarante-cinq ans. Il laissait cependant une oeuvre importante de poète, de dramaturge, d'essayiste, de philosophe et aussi de cinéaste.
Avant la Seconde Guerre mondiale, Fondane était en Roumanie, son pays natal, comme en France, son pays d'adoption, un écrivain reconnu dont la voix comptait dans le débat intellectuel. Après sa mort, son nom est vite tombé dans l'oubli, malgré les efforts de quelques-uns de ses amis, Claude Sernet, Boris de Schloezer, Lupasco, Cioran... Fondane s'était tenu à l'écart de tous les groupes et de toutes les chapelles. Il avait d'abord été un destructeur : il ne craignait pas de s'attaquer aux édifices les plus solides dès lors qu'il décelait en eux un compromis avec les forces de mort. Il luttait à visage découvert, au risque de s'attirer les pires adversaires. Poète, il ne concédait à la poésie que les domaines de la paresse et de la bêtise et il osait faire de Rimbaud un voyou. Philosophe, il pourfendait les mobiles de la philosophie; il osait - et c'est Chestov qui le lui fit remarquer - non seulement critiquer, mais «parler ironiquement d'hommes aussi célèbres» que Bergson, Freud, Husserl, Heidegger ; il allait jusqu'à engager le procès de la raison pour promouvoir les vertus de l'absurde.
La pensée de Fondane avait dérangé, avait empêché de somnoler, avait bousculé les idées reçues. Dès lors qu'il n'était plus là pour la défendre et l'imposer, on s'empressait de l'oublier et de l'occulter.
Depuis le début des années quatre-vingt, avec les rééditions successives de ses oeuvres, la parole de Fondane a traversé la chape de silence, et cette parole témoigne pour les temps que nous vivons. Irréductible, solitaire, Fondane n'a cessé de juger la société et la pensée de son époque avec un regard qui anticipait leurs développements jusqu'à nous. Avant qu'il fût de bon ton de les décrier, Fondane avait dénoncé «les maîtres-penseurs de la barbarie à visage humain» et s'était attaqué aux fondements de leurs systèmes. Le germe totalitaire, inhérent à toute idéologie construite sur les prétentions de la raison, il avait su le déceler, l'isoler, l'analyser et lui opposer cette passion de la liberté qui se confondait avec son amour de la poésie. Par son ampleur et sa radicalité, cette pensée est plus que jamais brûlante d'actualité.
Si la poésie et la philosophie de Fondane retrouvent peu à peu la place qu'elles méritent, si même une (petite) place de Paris porte désormais son nom, une partie de son oeuvre demeure encore ignorée : les écrits qu'il a consacrés au cinéma, les films qu'il a tournés ou auxquels il a collaboré. Il ne s'agit pas pourtant d'un aspect secondaire, marginal, de sa production, mais d'un élément difficilement dissociable du reste.
Pour faire comprendre l'intérêt que Fondane portait au cinéma, il convient de rappeler ce que fut son cheminement en tant que poète et philosophe.
Alors qu'il écrivait ses premiers vers, au temps de sa jeunesse en Moldavie, Fondane avait cru que sa demeure était le poème. Il avait alors les yeux tournés vers la culture française et était attiré particulièrement par le Symbolisme, par Baudelaire et Rimbaud.
Les poèmes de Privelisti, écrits pendant la Première Guerre mondiale, présentaient au premier degré une parenté avec le monde rural de Francis Jammes. Mais les thèmes bucoliques, traditionnels dans la poésie roumaine, se trouvaient là subvertis par une inquiétude proche de l'état d'esprit expressionniste. Plus rien de ce qui constituait la matière première de ce lyrisme ne se trouvait dans la réalité; la description de la campagne moldave surgissait de sa mémoire comme une intime protestation contre la mécanique destructrice de la guerre. Au chaos, il opposait les forces de vie; sa vision chimérique de la nature se confondait avec l'invocation de l'Esprit, capable de régénérer tout ce qui existe. Fondane, alors, avait foi dans la poésie; il s'enivrait de l'idée d'une «justification esthétique de l'Univers», il croyait que seul le poème pouvait réussir là où la métaphysique et la morale avaient échoué, qu'il était le «seul mode de connaissance», la «seule raison pour l'être de persévérer dans l'être».
Puis brusquement il s'est réveillé de ce «sommeil idéaliste» ; il a cessé de croire en la beauté ; il a cessé de faire confiance aux mots : «J'ai mangé du fruit de l'arbre défendu, et j'ai immédiatement su que j'étais nu, que le Beau n'était pas moins douteux que la Vérité, le Bien, la Civilisation.


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