Auteur : Jacques Debyser
Date de saisie : 22/11/2007
Genre : Sciences et Technologies
Editeur : EDP sciences, Les Ulis, France
Collection : Sciences & histoire
Prix : 35.00 € / 229.58 F
ISBN : 978-2-86883-986-2
GENCOD : 9782868839862
Sorti le : 15/11/2007
Au XVIIe siècle, la science se dégage progressivement des présupposés et de la métaphysique : de la philosophie de cabinet, on passe à l'observation directe de la nature. Ceci amène les savants à se préoccuper des problèmes de société et à orienter souvent leurs travaux en conséquence. La recherche change de méthode : de grands programmes scientifiques décidés par le pouvoir, comme la cartographie de la Terre, demandent une organisation et une logistique semblables à ceux des grands projets d'aujourd'hui. Ils ne peuvent plus être le fait d'un seul homme, mais nécessitent un travail en équipe. La rigueur scientifique ne peut plus se concevoir, dans certains domaines comme la chimie, sans un nouveau langage qui désigne avec précision les objets de la recherche. À la fin du siècle, tout est prêt pour l'explosion scientifique qui fera naître pendant la première moitié du siècle suivant la chimie minérale et organique, l'optique physique, la thermodynamique, l'électrodynamique... C'est l'histoire passionnante de cette évolution que nous fait revivre l'auteur à partir des Mémoires de l'Académie des sciences, d'une façon originale et aisément accessible.
Géologue de formation, Jacques Debyser a occupé des fonctions importantes à l'Institut français du pétrole puis au Centre national pour l'exploitation des océans (CNEXO), devenu depuis l'IFREMER. Son ouvrage est le fruit d'une longue expérience et d'une quinzaine d'années de recherches historiques.
Extrait de l'avant-propos :
Ma rencontre avec les Mémoires de l'Académie royale des sciences a été fortuite. Revenant d'un voyage au Portugal, et curieux de connaître la manière dont les savants au XVIIIe siècle avaient réagi lors du tremblement de terre de Lisbonne du 1er novembre 1755, j'en avais recherché la trace dans ces publications. Quelle n'avait pas été ma surprise de m'apercevoir que l'événement était seulement mentionné, alors qu'avec ses milliers de victimes, il est, avec l'éruption du Vésuve en l'an 79, une des plus grandes catastrophes naturelles survenues en Europe. J'ai trouvé cependant les renseignements recherchés dans les Philosophical Transactions de la Royal Society de Londres qui, grâce à un réseau de correspondants, avait réalisé à l'époque une grande enquête sur le tremblement de terre et le raz-de-marée qui l'avait suivi.
J'avais ce faisant, sans intention particulière, entamé la lecture de cette étonnante collection de volumes de l'Histoire et des Mémoires de l'Académie royale des sciences de Paris, publiés régulièrement de 1699 à 1790. Depuis 1755, l'année du tremblement de terre, un premier parcours m'avait conduit à les lire dans l'ordre chronologique, année par année, jusqu'à la Révolution. Dans un deuxième temps, véritablement enthousiasmé par ces premières lectures, je les avais reprises en consultant d'abord la série irrégulière des textes antérieurs à 1699, et en ne reprenant mon enquête méthodique qu'à partir de cette date, où leur publication était devenue annuelle. C'est alors que j'ai réalisé à quel point avait été déterminante, pour le développement des connaissances, cette innovation de l'époque classique que fut le développement des grandes revues pluridisciplinaires des sociétés savantes européennes : cet événement, dont on parle peu en tant que tel, a été décisif en favorisant la conservation et le cumul du savoir et en permettant à tout un chacun d'accéder et d'utiliser au mieux l'ensemble des découvertes faites par la communauté scientifique européenne.
C'est dans cet esprit, en évitant les coupures arbitraires entre des sciences de la nature qui étaient individualisées de façon si différente d'aujourd'hui (fig. 1), que je me suis borné à ne décrire que des ensembles de Mémoires tels qu'ils se présentaient dans les publications de l'Académie royale des sciences.
Dans ce travail, j'ai regroupé mes notes en trois rubriques qui correspondent à trois grands objectifs de l'époque : la saisie du temps, celle de l'espace et enfin cet ensemble de travaux qui balise le long itinéraire qui mène de la philosophie de la matière de l'époque classique à la physico-chimie de la fin du XVIIIe siècle.
Dans la première partie sur la saisie du temps, j'ai évoqué les textes qui concernent les progrès des astronomes dans l'art de faire les éphémérides des rythmes de la terre, des planètes et des comètes, ainsi que les développements instrumentaux qui les accompagnaient. Je les ai mis en regard avec d'autres textes, ceux des naturalistes concernant la découverte du temps dans les choses qui conduisait, en renonçant à la Création, à la désacralisation du passé, à l'allongement du temps, et enfin aux premières tentatives pour établir une Histoire de la Terre.
La saisie de l'espace, qui constitue le deuxième volet de ce travail, est le récit des programmes et des projets successifs qui, à partir de la définition de la forme de la Terre et de la mesure du méridien, aboutissent au développement de la cartographie scientifique. Ce sont les cartes, parce qu'elles permettent comme on le disait à l'époque de «voir tout à la fois», qui sont le point de départ de l'immense renouveau conceptuel qui accompagne l'essor des sciences géographiques et qui conduisent à cette prise de conscience de la spécificité des paysages et des milieux naturels.
Le troisième courant de pensée, pour moi beaucoup plus difficile à saisir, a été l'aventure des philosophes de la matière qui, renonçant aux longues errances des siècles précédents, vont inventer, à l'aide d'une instrumentation physique relativement simple, la première forme de physico-chimie, celle qui va leur permettre de substituer aux principes, aux «esprits» et aux «atomes crochus» de l'ancien temps, les notions d'éléments et d'état des corps.
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