Auteur : Neil McMahon
Traducteur : Sophie Guyon
Date de saisie : 19/11/2007
Genre : Policiers
Editeur : Payot, Paris, France
Collection : Payot suspense
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 2-228-90110-5
GENCOD : 9782228901109
Sorti le : 07/11/2007
Double sang
San Francisco, Mercy Hospital : un jeune homme victime d'une overdose a été abandonné devant les urgences. De garde cette nuit-là, le Dr Caroll Monks parvient de justesse à lui sauver la vie. Dès son réveil, l'inconnu s'empresse de quitter les lieux.
Le lendemain, la presse annonce que Lex Rittenour, un informaticien de génie, créateur du projet Régis fondé sur le génome humain, a disparu. Face au portrait du jeune prodige, Monks reconnaît son mystérieux patient...
Que dissimule la puissante société Aesir, financière de Régis ? Les rumeurs de manipulations génétiques qui circulent à son sujet sont-elles fondées ? Enfin, Lex Rittenour est-il toujours vivant ? Décidé à lever le voile sur cette troublante affaire, Monks se lance dans une enquête terrifiante. Il va découvrir à ses dépens qu'Aesir est prête à tout pour protéger ses sombres secrets...
Neil McMahonest l'auteur de La Raison du plus fou (Payot, 2005 ; Pocket, 2007), première enquête de Caroll Monks, médecin urgentiste. Il vit à Missoula, dans le Montana.
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Carroll Monks se tenait à l'endroit qu'il considérait comme le coeur de la salle des urgences du Mercy Hospital. Cela ressemblait à la passerelle de commandement d'un navire d'où il pouvait suivre tout ce qui survenait à un instant donné : les huit box privés, dont six occupés ; la salle de trauma, vide ; les activités des infirmières et autres membres du personnel ; le doux bip-bip des moniteurs et les témoins clignotants des instruments ; le comptoir principal, où la surveillante des urgences travaillait à son ordinateur. À travers les portes vitrées, il avait vue sur la salle d'attente, où patientait un autre groupe de malades, la plupart mal en point, mais aucun dans un état désespéré. Il entendait le rapport radio que transmettait une équipe d'ambulanciers sur le terrain, occupée à traiter une crise cardiaque de faible intensité ne nécessitant pas son intervention.
Les urgences se présentaient ainsi la majeure partie du temps, actives mais stables - et prêtes à affronter tout ce qui pouvait franchir leurs portes, les jetant dans une frénésie organisée.
Il était 19 h 07, un mardi soir humide du mois de mars.
Monks perçut un remous dans la salle d'attente, une faible onde d'activité qui capta son attention. Une femme était entrée précipitamment. La vingtaine, mignonne, les cheveux noirs et une peau dorée : asiatique. Lourdement maquillée, vêtue d'une courte robe noire. Sur ses deux pieds, sans lésion apparente.
Mais se hâtant. Courant à moitié, sur des talons aiguilles, jusqu'au comptoir. S'adressant d'une voix précipitée à la réceptionniste, désignant l'extérieur du doigt.
La réceptionniste se pencha, intriguée.
La femme ferma les yeux et plaça vivement ses paumes serrées contre son visage incliné en un geste enfantin mimant le sommeil. Puis elle pointa à nouveau son doigt vers l'extérieur.
- Infirmière ! cria Monks en se dirigeant vers la porte. L'air frais et humide de la nuit san franciscaine brouillait sa
vue, et il plissa les yeux pour mieux voir dans la lueur orangée des néons du parking. Vingt mètres devant, une forme gisait sur le trottoir, une deuxième accroupie au-dessus d'elle. Leurs visages se touchaient. Monks eut un instant de panique étrange, l'horrible sensation d'être tombé sur un acte passionnel désespéré qui avait mal tourné, ou même sur un vampire déchirant la gorge de sa victime.
Mais l'homme accroupi leva la tête, et Monks vit qu'une de ses mains pinçait les narines du gisant pendant que l'autre était placée sous sa nuque. Il ne s'agissait pas de violence, mais d'un bouche-à-bouche.
Monks se retourna et cria :
- J'ai un homme inconscient, il ne respire pas, on se dépêche.
Il se laissa tomber à genoux près de l'homme allongé. Il chercha des doigts le pouls de l'artère carotide au niveau du cou. On le décelait à peine. Du pouce, il souleva une paupière et parvint tout juste à discerner l'iris rond, vide, la pupille rétrécie à la dimension d'une tête d'épingle. Le corps ne répondait plus.
Le deuxième homme était asiatique, tout comme la femme : petit, musclé, le visage émacié. Il regardait Monks.
- Overdose, dit-il.
Ses mains esquissèrent en un geste rapide une aiguille enfoncée dans le bras.
Le mourant était blanc, la quarantaine. Son visage était sale et couvert d'éraflures, comme s'il était tombé. Mais sa chemise en coton était tissée main, sur mesure, de même, semblait-il, que ses mocassins en cuir. Sa dentition était parfaitement entretenue. Monks n'était pas habitué à ce genre de junkie, et il aurait d'abord penché pour un problème respiratoire provoqué par un autre facteur.
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