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De la soie au béton : Saint-Antoine-Champ-Dollon, profession : gardienne de prison

Couverture du livre De la soie au béton : Saint-Antoine-Champ-Dollon, profession : gardienne de prison

Auteur : Monique Gevisier

Préface : Patrick Delachaux

Date de saisie : 19/11/2007

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Slatkine, Genève, Suisse

Collection : Genève événements, n° 19

Prix : 16.00 € / 104.95 F

ISBN : 978-2-8321-0302-9

GENCOD : 9782832103029

Sorti le : 31/10/2007

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  • La présentation de l'éditeur

La féminité et l'élégance ont influencé la petite fille d'alors et j'obtiendrai un CFC de coiffure. Ce premier choix, un métier avant tout artistique à mes yeux, me mènera dès l'âge de 16 ans à faire des défilés comme modèle sur les podiums de toute l'Europe avec Carlo, passionné de coiffure.

De la soie, je passe au béton ou de la coiffure à la prison.

Dix ans plus tard, je franchis les portes de Saint-Antoine, cette prison vétusté mais si vivante en plein coeur de Genève, et je commence une nouvelle profession comme surveillante. Après quinze mois, nous déménageons et prenons possession de nouveaux murs «au vert». Champ-Dollon évoluera et s'améliorera, la profession de gardienne également, je passerai trente ans comme surveillante dans les unités cellulaires dont vingt-quatre chez les femmes. J'ai profondément aimé ce métier, en particulier le contact avec ces hommes et ces femmes, momentanément exclus de notre société, dont certains ont commis des crimes très médiatisés au cours de ces trois décennies. Avec ses tristesses, ses violences et ses désespoirs quotidiens, la prison est un autre monde : un concentré d'émotions exacerbées par la privation de liberté. La liberté n'a pas de prix...





  • Les premières lignes

Avant-propos d'Yves Patrick Delachaux, Sous-brigadier :

«Aucune comparaison n'est possible avec une autre profession avant d'être entré dans une prison et d'avoir commencé à exercer ce métier.»

Quand Monique Gevisier fait ce constat, elle vient de faire valoir son droit à la retraite de ses fonctions de gardienne et surveillante de prison. De la soie au béton, l'univers carcéral comme rarement il m'a été possible de l'approcher.
Je suis policier depuis seize ans à Genève, j'ai travaillé dans un quartier populaire, les Pâquis, et je fus amené à rencontrer des truands, des gueules, des cabossés de la vie, qui en un va-et-vient incessant franchissent les portes de Champ-Dollon, mais se retrouvent toujours dans un troquet populaire de la cité.
Flic de quartier, j'ai reçu leurs témoignages spontanés sur les qualités professionnelles et humaines du personnel de prison. Combien de fois nous sommes-nous retrouvés à table entre ex-détenus, gardiens et policiers ? C'est donc avec plaisir et respect que je me suis penché sur le texte de Monique Gevisier. Pour comprendre. Pour voir. Pour ressentir. Pour entendre ce qu'une femme avait à rapporter de la prison, de Saint-Antoine, l'an­cienne prison genevoise, au coeur de la vieille ville, et Champ-Dollon, aux méthodes nouvelles d'incarcération. Se pencher sur ces histoires de vie est un partage entre l'intime et le public. Se pencher sur l'histoire des prisons enseigne la lente transformation de l'exposition de la souffrance, de la punition, à celle des pratiques éducatives et de réinsertion. L'analyse des procédures pour quadriller, contrôler, mesurer, dresser les individus, comme nous l'a démontré Michel Foucault, éclaire la naissance de ce concept de prison. De la soie au béton nous introduit entre les murs.
Alors qu'en Suisse nous revisitons nos procédures pénales, il est essentiel d'entendre les récits de ceux et celles qui vivent en permanence le monde carcéral, ceux-ci éclairent un espace citoyen qui une fois ou l'autre peut nous concerner.
Monique Gevisier partage ses souvenirs, rappelle ce qu'est la fonction publique, et la force et le courage qu'il est nécessaire d'avoir pour chaque jour aller au chagrin... ici ce mot prend sens. Monique Gevisier pouvait-elle imaginer que de l'école ménagère, pour laquelle elle écrit «... tout pour devenir une parfaite femme d'intérieur» (est-ce prémonitoire ?), elle participerait à l'émancipation des femmes dans un environnement viril, relevant le défi incroyable d'être soi-même incarcérée volontaire pour abattre plus de quarante heures de travail hebdomadaire ? Il y a quelques années, Marie-Claire Caloz-Tschopp, philosophe, a reçu dans le cadre d'une recherche sur la fonction publique à Genève les témoignages de nombreux gardiens de prison. Elle a dit alors : «le plus grand philosophe que j'ai rencontré dans ma carrière est... un gardien de prison.» Ce n'est pas peu dire, tant il faut croire en l'Homme pour exercer ce métier.


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