Auteur : Joaquim Brandao de Carvalho | Brenda Laca
Date de saisie : 15/11/2007
Genre : Langues
Editeur : Presses universitaires de Vincennes, Saint-Denis, France
Prix : 14.00 € / 91.83 F
ISBN : 978-2-84292-208-5
GENCOD : 9782842922085
Sorti le : 08/11/2007
Ce volume contient six articles, dont cinq illustrent, défendent ou critiquent, à partir de domaines différents de la linguistique, un tournant majeur opéré depuis une vingtaine d'années dans certains secteurs des sciences du langage en réaction avec la pensée chomskyenne. Selon ces nouvelles approches, la source des régularités langagières serait à trouver non plus dans des principes constitutifs d'une "grammaire universelle" sous-tendant la faculté de langage, mais dans les données linguistiques elles-mêmes, dont le linguiste doit chercher les modélisations adéquates. Les domaines représentés dans ce volume vont de l'épistémologie de la linguistique à la syntaxe computationnelle en passant par la phonologie et la linguistique historique.
SOMMAIRE
Introduction
John GOLDSMITH
Towards a new empiricism
Joaquim Brandão de CARVALHO et Sophie WAUQUIER
Approches inductives et théorie phonologique : vrais et faux problèmes
Jean-Elie BOLTANSKI,
Masks : OT and the question of opacity
Mario BARRA JOVER
S'il ne restait que l'induction : corpus, hypothèses diachroniques et la nature de la description grammaticale
Denis BECHET, Roberto BONATO, Alexandre DIKOVSKY, Annie FORET, Yannick LE NIR, Erwan MOREAU, Christian RÉTORÉ et Isabelle TELLIER
Modèles algorithmiques de l'acquisition de la syntaxe : concepts et méthodes, résultats et problèmes
Article hors thème
Martin HAIDEN
Sous-spécification et projection argumentale dans le Theta System
Extrait de la présentation de La rédaction de RLV :
Ce numéro réunit cinq articles dont les domaines sont certes des plus divers mais que l'on peut rapprocher par le point de vue épistémologique qu'ils défendent, critiquent ou, tout simplement, illustrent. Les domaines abordés vont de la syntaxe computationnelle (Bechet et al.) à la phonologie (Boltanski, Carvalho et Wauquier) et à l'interface entre syntaxe et philologie (Barra). Le spécialiste trouvera, on l'espère, son compte dans tel ou tel article. Mais ce qui nous a surtout semblé intéressant dans l'idée de ce recueil est de montrer l'ampleur d'une percée - d'un retour en force, diraient certains - empiriste qui touche virtuellement aujourd'hui tous les aspects de la linguistique théorique. Il ne s'agit pas, ou plus, d'une caractéristique inhérente à toute «linguistique de l'ingénieur», à telle ou telle application des sciences du langage ; de fait, une approche empirico-inductive en a progressivement investi les noyaux durs - phonologie, syntaxe, sémantique - selon un rythme proportionnel à l'essor récent de ce qu'il est désormais convenu d'appeler les «sciences cognitives» en général, et des recherches sur l'acquisition du langage en particulier.
Les facettes de cette évolution sont nombreuses, dont certaines sont abordées dans ce numéro. Elles concernent tout d'abord les causes et les enjeux d'un débat opposant ces nouvelles approches aux tenants de thèses rationalistes qui, en linguistique, se sont cristallisées dans la mouvance chomskyenne tout au long du dernier demi-siècle. Un article traite plus particulièrement de cet aspect : celui de John Goldsmith, «Towards a new empiricism». Celui-ci envisage d'une façon extrêmement nuancée l'opposition entre empirisme et rationalisme en questionnant la pertinence de l'objet d'étude que s'est choisi la linguistique générative. A-t-on besoin de postuler l'existence d'une «grammaire universelle» afin de rendre compte, moyennant l'interaction avec des paramètres locaux, de phénomènes passibles d'un tout autre type de traitement : probabiliste, fondé sur la notion de «complexité algorithmique» et faisant l'économie de toute hypothèse «that is relevant only to human beings with their particular biological endowment» ? À rencontre tant du mainstream générativiste contemporain que de nombreux travaux néo-behavioristes en vogue, les propos de Goldsmith conduisent à remettre en question la nécessité d'asseoir les sciences du langage sur un fondement psychologique. Après tout, dira-t-on, la linguistique n'en a guère ressenti le besoin avant Chomsky ; s'en portait-elle moins bien ?
On peut se poser la question pour la phonologie en tout cas. Dans leur article «Approches inductives et théorie phonologique : vrais et faux problèmes», Joaquim Brandào de Carvalho et Sophie Wauquier soutiennent que le point faible de la justification d'une approche empiriste de la phonologie réside, non dans les arguments psycholinguistiques avancés par ses partisans, mais dans la critique qu'ils font de la phonologie «formelle». Et cela car cette critique reste fondamentalement celle d'une phonologie - le modèle génératif classique, dont les travers éventuels ne découlent en rien de son a priori rationaliste : leur réfutation, en vérité, s'ensuit tout aussi bien d'une théorie phonologique aux assises structuralistes n'impliquant aucune concession particulière vis-à-vis des thèses empiristes ; plus, certains concepts avancés par celles-ci, comme ceux de prototype ou de «détail phonétique», ne s'en trouvent que mieux motivés.
Toujours dans le domaine de la phonologie, la contribution de Jean-Elie Boltanski, «Masks : OT and the question of opacity», aborde le statut des données observables et, partant, celui des représentations, en traitant d'un des principaux problèmes posés à la théorie, input-oriented, de l'optimalité (OT) : celui de généralisations dites «opaques» car ne pouvant être formulées que sur la base d'une représentation sous-jacente, non sur celle des formes de surface. Pour tenter de résoudre le problème de l'opacité, tout en restant à l'intérieur du cadre optimaliste, deux solutions sont aujourd'hui proposées : la «théorie de la sympathie» et la «théorie des correspondances disparates». On soutient ici qu'elles sont, l'une et l'autre, inadéquates. S'il en est ainsi, nous voici ramenés à la case départ : OT n'est pas en mesure de rendre compte des phénomènes d'opacité, pourtant si fréquemment attestés et qu'une approche sérialiste n'a aucune peine à traiter dans son format algorithmique. La question demeure donc entière : y a-t-il un moyen de sortir de cette impasse, tout en préservant les intuitions fondamentales d'OT, c'est-à-dire, selon l'auteur, les notions de conflit et de résolution de conflit ?
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