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L'effacement

Couverture du livre L'effacement

Auteur : Catherine Séher

Date de saisie : 13/11/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Stock, Paris, France

Collection : Bleue

Prix : 16.00 € / 104.95 F

ISBN : 978-2-234-06111-8

GENCOD : 9782234061118

Sorti le : 31/10/2007

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  • La présentation de l'éditeur

Ils se sont connus à dix-sept ans. Ils étaient tendres et confiants dans leur amour. Après vingt-sept ans de vie commune, c'est un couple uni malgré les épreuves. Quand par une nuit claire et scintillante d'avril il met fin à ses jours, elle se sent abandonnée et trahie. Comment comprendre et justifier la brutalité de ce geste ? Comment assumer le quotidien de deux enfants quand tout s'effondre, quand la famille s'éloigne et que les portes se ferment ? Comment répondre sans maladresse à ceux qui voudraient nous aider ?

L'effacement est un texte à vif, émouvant et âpre. De la complicité des jours heureux à la désertion finale, Catherine Séher reprend le fil d'une histoire qu'elle est désormais seule à écrire avant que ne s'effacent la voix et les traits de P**.





  • Les premières lignes

Lorsque les oiseaux ont commencé à chanter, j'ai su que c'était fini. Et j'ai fait ce que j'aurais dû faire quelques heures plus tôt et que j'avais repoussé toute la nuit, par crainte de laisser les enfants seuls, qu'ils ne se réveillent et ne dé­couvrent le lit parental vide, avec pour seule explication un mot précisant «Je suis partie à la recherche de Papa.» Je ne voulais pas renforcer ce qu'ils avaient déjà pressenti confusément au coucher à savoir que quelque chose de terrible, d'extraordinaire allait arriver.

J'ai donc fait le tour du village pour te découvrir. C'était un matin nouveau. Rien ne bougeait, les rues étaient désertes comme elles peuvent l'être à cinq heures.
Une voiture fonçant dans la rue principale, quelques lueurs perçant l'obscurité des persiennes, je fouillais du regard tous les coins où tu aurais pu te réfugier, le banc face à la poste où il t'arrivait parfois de venir fumer un cigare, j'ai enfilé les ruelles, suis passée devant l'église scrutant la pénombre de la voussure puis je suis descendue au parcours de santé. Le petit lac était noyé de brume; j'ai regardé les silhouettes des arbres agitées par le vent matinal et je ne t'ai pas vu. Comment aurais-je pu, abrité comme tu l'étais par le grillage du collège, derrière le fouillis d'arbrisseaux. Plus tard, je devais me souvenir que j'avais jeté un bref regard dans cette direction mais je n'aurais rien pu changer puisque, selon le rapport de gendarmerie, tu étais mort depuis plus de deux heures.

Cette nuit, tu l'as passée sans doute à regarder le ciel et les étoiles, tu as dû essayer d'évaluer ce que représentait à l'échelle de l'univers ta disparition : à savoir rien, une poussière d'étoile, comme dirait Reeves. C'est peut-être ce qui t'a décidé à franchir le pas. Je dis bien, peut-être, je continue et continuerai indéfiniment, probablement, de me demander dans quel état d'esprit tu as passé tes derniers instants. Dans un maelström de pensées que tu ne parvenais, que tu ne cherchais plus à maîtriser ou au contraire dans une sérénité relative où tu as songé simplement : voilà, je suis arrivé au bout.

Dans ton portefeuille un billet, ou plutôt une liste des raisons de ton geste, avec en conclusion un «pardon» qui nous était adressé à moi et à tes deux enfants. Dans cette énumération, j'ai reconnu ton esprit analytique et ordonné, mais toi où étais-tu ? Cet écrit avait été rédigé un mois et demi plus tôt...

Quand je vais courir et que je lève les yeux à cet endroit, je m'imagine quelle a été ta dernière vision de ce monde : une nuit claire scintillante. Pour moi, elle se noie dans une brume indistincte enveloppant de sa toile nébuleuse les jours qui ont suivi ta disparition.

Le jour de l'enterrement je ne sais plus qui était présent ou absent ; mes yeux ont glissé sur des visages dont le souvenir reste confus et empreint d'une ouate diffuse. J'étais absente de mon propre corps. Une femme qui me ressemblait a regardé les hommes mettre ton corps en bière et acquiescé lorsque ceux-ci ont demandé s'ils pouvaient procéder à la fermeture. Je devinais chez elle un besoin incongru de rire, de secouer ce corps immobile et ce sourire moqueur à peine esquissé que les préparateurs avaient réussi à t'imposer.


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