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Allan Caméron : roman pastiche

Couverture du livre Allan Caméron : roman pastiche

Auteur : Auguste Callet | Javelin Pagnon

Date de saisie : 11/11/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Publications de l'Université de Saint-Etienne, Saint-Etienne, France

Prix : 33.00 € / 216.47 F

ISBN : 978-2-86272-466-9

GENCOD : 9782862724669

Sorti le : 08/11/2007


  • La présentation de l'éditeur

L'action du roman se déroule sur une douzaine de semaines en 1651, hormis l'épilogue-conclusion qui se passe une dizaine d'années plus tard. Le récit débute en Ecosse, en été : l'armée anglaise de Cromwell poursuit Charles Stuart qui s'est fait couronner Roi d'Ecosse, sous le nom de Charles IL Le roi rejoint le clan Caméron, dans le Lochaber, et après avoir déjoué le piège des Têtes-Rondes tout le monde part en Angleterre espérant provoquer un soulèvement des partisans du roi. Le narrateur, préférant les histoires de fantômes, se tient à l'écart de la bataille historique de Worcester. La défaite des partisans du roi provoque l'éparpillement du groupe, et le jeune Allan est donné pour mort sur le champ de bataille-Le lecteur observe la chasse à l'imposteur menée par Cromwell en personne. Mais, traversant de nombreuses scènes pimentées de tension et de coups de théâtre où alternent des batailles, opposant la bravoure et la cruauté, et des rencontres romantiques avec la belle Judith, le roi entouré de fourbes et de bouffons parviendra-t-il à gagner la côte près de Bristol et à s'échapper vers la France ?

Le texte intégral du roman de Callet et Pagnon est suivi d'un épilogue sur le pastiché, les pasticheurs et le pastiche.





  • Les premières lignes

LE BRACONNIER

C'est un heureux seigneur ; il n'a pas de domaine,
Et partant point d'ennui
Il chasse dans les champs d'autrui,
Et visite, à son gré, la montagne ou la plaine.
KIRK PATRICK

Les derniers traînards de l'armée avaient à peine quitté le village, qu'un homme portant une longue carabine sortit des bois avec précaution, et s'avança jusque sur la pelouse en jetant autour de lui un regard inquiet. Il prêta un moment l'oreille aux derniers sons du tambour qui mouraient dans le lointain, puis, revenant sur ses pas, il agita en l'air son chapeau. À ce signal, un jeune homme vêtu en montagnard écossais, le faucon au poing, selon la mode que les chasseurs des Hautes Terres avaient empruntée aux seigneurs de la plaine, s'élança légèrement sur les rochers qui bordaient la forêt et descendit sur la place du village. Sa démarche était pleine de grâce et de noblesse. Malgré son teint hâlé par le soleil, malgré l'air calme et résolu qui semblait être l'expression habituelle de son visage, c'est à peine si, en le regardant de près, on lui eût donné vingt ans. De légères moustaches blondes ombrageaient sa lèvre supérieure. Son plaid entr'ouvert dégageait son cou dont la peau était aussi blanche que l'hermine, et sa toque verte, surmontée de plumes de même couleur, laissait retomber sur ses épaules des cheveux soyeux et bouclés. Aussitôt qu'il fut arrivé auprès de son compagnon, il jeta un coup-d'oeil dans la direction qu'avait prise l'armée, puis, caressant la tête de son faucon :
- Nous avons perdu deux heures, dit-il; il faut les regagner, Donal. Peut-être est-on déjà sur nos traces. Nous ne devons plus marcher, mais voler comme si nous avions les ailes de cet oiseau. Vous connaissez tous les chemins ?
- Je connais mieux les plaines du Shropshire, répondit Donal. Là, je pourrais, les yeux fermés, vous conduire par tous les sentiers des forêts. Mais, en Ecosse, je ne suis plus chez moi et je tâtonne quelquefois, comme l'aveugle qui craint de s'égarer.
- Pour plus de sûreté, interrogez ces femmes, reprit le fauconnier en désignant les vieilles habitantes de Daverlochy qui, depuis le départ de Cromwell, s'étaient assises et filaient leurs quenouilles sur un tronc d'arbre renversé.
Le chasseur obéit. Mais la femme à qui il s'adressa porta un doigt à son oreille et lui fit entendre qu'elle était sourde. Donal s'adressa à la suivante, puis à une troisième, puis successivement à toutes les autres. Il n'obtint pour toute réponse qu'un geste expressif, accompagné d'un hochement de tête silencieux ; toutes les montagnardes semblaient atteintes d'une complète surdité.
- C'est une gageure, dit Donal à son compagnon. Il paraît que mon visage n'inspire pas ici grande confiance.
- Je croirais plutôt que c'est votre costume, répondit le fauconnier en souriant.
Donal, en effet, n'était pas vêtu comme les paysans du voisinage, et son accoutrement devait être une nouveauté à Daverlochy. Il portait le chapeau à larges bords, le pourpoint d'étoffe brune, les guêtres de cuir des métayers du centre de l'Angleterre. Un havresac de filet, une poire à poudre et une calebasse brunie par le temps, pendaient à ses côtés. Sous cet équipage rustique, le jeune chasseur avait un air aisé et engageant qui lui eût procuré sans doute un meilleur accueil, si les jeunes filles du village eussent été à la place de leurs grand'mères.
Cependant le fauconnier était impatient de continuer sa route. Il s'approcha lui-même de l'une des montagnardes, et, après avoir réfléchi un moment, lui dit en pur écossais : - Le chevreau blanc est pris par les cornes dans le buisson; le laisserez-vous manger par les loups ?
En entendant ce vieux dicton, toutes les fileuses tressaillirent et arrêtèrent leurs fuseaux. Il devait avoir pour elles un sens mystérieux, car la femme à qui s'était adressé le fauconnier leva les yeux sur lui, le regarda avec une émotion involontaire, puis l'accompagnant jusqu'aux limites du village, lui traça longuement son itinéraire.
- Avant deux heures, lui dit-elle, vous serez dans le clan des Camérons. Dieu vous conduise !


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