Auteur : Antonio Tabucchi
Traducteur : Bernard Comment
Date de saisie : 05/11/2004
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Du monde entier
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 978-2-07-077192-9
GENCOD : 9782070771929
Entre Italo Calvino, son premier sponsor littéraire, et Fernando Pessoa, son mentor, Antonio Tabucchi a su imposer sa voix inquiète et somptueuse, l'une des plus attachantes d'Europe. Nouvelle preuve éclatante : ce sombre et bouleversant Tristano meurt, qui a la beauté d'un soleil noir. Nous sommes au coeur de la Toscane, dans des décors épurés, réduits à quelques traits comme dans une tragédie antique. Le XXe siècle se termine et le vieux Tristano, lui aussi, va disparaître. Il est gravement malade, gavé de morphine, avec une jambe rongée par la gangrène. A son chevet, il a convoqué un ami, un écrivain qui transcrira ses ultimes confessions. L'un parle et l'autre écoute... Souvenirs de guerre et de résistance, odeurs de sang, parfums de liberté, sourdes rumeurs du passé, angoisse du présent : tout se mêle dans la tête de ce sursitaire de l'existence qui ne sait «plus ce qu'est l'hier ou l'aujourd'hui»... ce livre n'est pas seulement une parabole sur la disparition : c'est une méditation sur l'acte d'écrire et sur les secrets de la création littéraire, sous la plume d'un pèlerin des ombres qui orchestre, mezza voce, une magnifique sonate d'automne.
...Son livre, «Tristano meurt», il l'a porté longtemps en lui. Comme si ce long, maladif et tragique monologue d'un vieil homme atteint de gangrène, dans la torpeur d'un mois d'août caniculaire en Toscane, avait pour lui aussi des allures testamentaires. Tristano a convoqué une dernière fois son biographe. Entre deux prises de morphine, quand ses maux de tête lui laissent quelque répit, il lui raconte à nouveau sa vie, loin des mensonges, des vérités de façade. Il cherche en somme à lui confier les «mots de la fin». Bien entendu, il n'y parviendra pas. Non pas à éviter la fin mais à trouver les mots pour en dévoiler le sens. Pourquoi ? Parce que tout sens se dérobe à l'approche de la mort. Parce que toute certitude est vaine, qui prétend classifier ou ordonner la mémoire, les amours, les femmes aimées et trahies, la grâce d'un paysage, l'ivresse érotique d'un moment, comme dans un récit bien bouclé. Parce que ne reste plus, quand on agonise, que la colère. Contre la vie, le temps présent, les impostures, le progrès, la tyrannie décervelante de la télé, le «dingodingue télévisuel», selon ses termes... Un philosophe affirmait que la vie est un roman qui se lit une seule fois. Certes, mais à l'instant de sa mort, on le relit aussi, dans le désordre. Et cette relecture brouille les cartes qui semblaient pourtant les mieux étiquetées. Mieux, ou pis, cette confusion est peut-être la seule vérité qui mérite d'être appréhendée. Ce qu'exprime ici Tabucchi dans ce livre d'une urgence désespérée...
Il en faut, de la vie, pour aboutir à une mort vibrante comme celle de Tristano. Et aussi l'immense talent d'Antonio Tabucchi pour mettre en scène une agonie porteuse de plus de questions, de drôlerie (en dépit du désespoir) et, même, de plus d'enthousiasme que bien des vies commençantes. Auteur, déjà, d'une grosse vingtaine d'ouvrages et passant pour l'un des meilleurs écrivains italiens contemporains, Tabucchi signe sans doute là son roman le plus beau et le plus bouleversant : troublant, profondément humain et tout empreint d'une liberté de ton qui sert à merveille un propos finalement révolutionnaire.
Qu'est-ce qu'une vie humaine ? Comment la raconter ? Et d'ailleurs, peut-on vraiment la raconter sans se livrer à une entreprise de "faussaire" ? Telles sont les interrogations qui traversent le livre, ou plutôt qui l'irriguent, car le texte ressemble à un torrent... La mort est proche. Tristano l'entend vrombir, comme une grosse mouche derrière ses oreilles. Dans cette atmosphère de fin du monde, l'heure n'est plus aux finasseries, aux feintes. Tabucchi précipite son personnage dans un abîme de questions rendues pressantes par l'imminence de la fin... La vie, jamais plus présente, jamais plus intense qu'au moment où elle va s'achever...
Copyright : Studio 108 2004-2009 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli