Auteur : Mikhaïl Kononov
Traducteur : Luba Jurgenson et Anne Coldefy-Faucard
Date de saisie : 05/11/2004
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Stock, Paris, France
Collection : Les mots étrangers
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-234-05711-1
GENCOD : 9782234057111
Unique. Sans doute le roman de Mikhaïl Kononov, La Camarade nue, l'est-il puisque son auteur, qui soigne aujourd'hui à Munich une tumeur cérébrale contractée lors d'une irradiation durant son service militaire, n'en a pas écrit d'autre. L'histoire de sa publication est aussi atypique : achevé en 1989, au terme de la perestroïka, le texte n'a paru qu'en 2001, dix ans après la chute du régime communiste. Comme si la satire décapante dérangeait trop, même à l'heure des règlements de compte avec des valeurs tenues pour obsolètes.
Certes, le ton pamphlétaire de cette Camarade nue pouvait faire grincer des dents, même si le tour de fable rabelaisienne, érotique et guerrière, rappelle une tradition d'insolence et de provocante santé strictement passée sous silence dès l'ère stalinienne.
Mais c'est le thème du roman qui crée ici le malaise. Evoquer la "grande guerre patriotique" - on ne parlait guère en URSS de "deuxième guerre mondiale" dès lors que le jeu trouble de Staline envers l'Allemagne nazie jusqu'en 1941 était passé sous silence, comme l'intervention des troupes américaines et son rôle dans l'effondrement du Reich nazi - fut longtemps périlleux. Il fallut du temps, et du courage, pour corriger la légende pieuse glorifiant sans nuance l'armée rouge, forgée à grand renfort de propagande, littéraire et cinématographique... Moukhina, "camarade nue", est en première ligne, spectatrice d'une réalité bien éloignée des versions officielles, qui endorment les esprits et apaisent les consciences. Pis, réduite à satisfaire la faim sexuelle des officiers, elle ne quitte guère la paillasse où ils se succèdent, indifférents à sa passivité, jusqu'à abuser de son sommeil. Elle ne s'indigne ni ne se révolte. Totalement acquise à l'infaillibilité des chefs... En s'autorisant la farce comme l'allégorie, Kononov semble répondre à Nekrassov. Et faire de l'imposture patriotique un véritable jeu de massacre. Enfin.
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