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Carnet d'un buveur de ciel

Couverture du livre Carnet d'un buveur de ciel

Auteur : Dominique Sampiero

Date de saisie : 10/11/2007

Genre : Essais littéraires

Editeur : Lettres vives, Castellare-di-Casinca, Corse

Collection : Entre 4 yeux

Prix : 13.00 € / 85.27 F

ISBN : 978-2-914577-36-6

GENCOD : 9782914577366

Sorti le : 31/10/2007

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  • La présentation de l'éditeur

Boire le ciel est une vieille coutume dans le Nord. Dès les premières tétées, au sein ou au biberon, petite blancheur sous la peau ou le verre, la mère s'assoit, voie lactée docile, près d'une lucarne ou d'une fenêtre, et s'il fait bon, dehors, en plein ciel, sur une chaise de paille ou un seuil de pierre bleue. Les yeux de l'enfant s'ouvrent, se ferment, et le lait glisse en lui avec les oiseaux, les nuages, le bleu et le gris du vide. Avec les flaques, les chenilles, les araignées et les lombrics, la vie minuscule et volage. Le feu et l'air.

D. S.

Né en 1954, Dominique Sampiero vit dans le nord de la France. Directeur et enseignant en école maternelle, il a anime des ateliers d'écriture. Dominique Sampiero a quitté quelques années l'enseignement pour se consacrer entièrement à l'écriture et au cinéma. Il a aujourd'hui réintégré l'enseignement et poursuit son travail d'écriture. Depuis 1983, il a écrit plus d'une trentaine de recueils de poésie/prose poétique.





  • Les premières lignes

J'OUVRE la fenêtre. La nuit mange les arbres et le ciel. La maison s'éteint doucement comme un regard derrière les paupières. Une lumière bleutée s'est assise en posant ses grandes mains sur la table. Je parle à cette présence qui ne se prononce pas et je pense à tous ces mois passés sans écrire, comme une écharde en plein coeur. Le même sentiment que la peur. Elle me répond avec des ombres au parfum de femme, poivré sous les aisselles, floral au creux des lèvres.

Les hauts et les bas de la lumière en ces jours d'automne. À savourer dans la douce convalescence. Le corps invisible de l'air enflamme la fenêtre de nuages et de reflets gorgés du désir de la pluie.

La vie attend de s'engouffrer du ciel vers les fenêtres, du vide vers les corps. Dieu parfois tient dans cet élan qui réchauffe les visages. Quand il s'absente, le masque du manque est terrible. Comme si le cadavre mourrait deux fois.

Je pense à ma grand-mère, à mon voisin, à tous ces gens qui offrent à la fenêtre leur visage blanc de linceul. À mon visage d'enfant aussi contre le peut lac gelé de la vitre. Tous s'absentent jusqu'à ce que leur attente les vide de leur silence, de leur fatigue. De leur mémoire. Ils attendent celui ou celle qui ne viendra pas, qui est déjà venu, jusqu'au vertige, non, jusqu'à ce que le vertige tombe en poussière à leurs pieds. Tourbillon de feuilles mortes séchées par la mort. Ils ont gravé leurs traits sur la vitre des rues.


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