Auteur : Isabelle Vendeuvre-Bauters
Date de saisie : 10/11/2007
Genre : Sociologie, Société
Editeur : Chronique sociale, Lyon, France
Collection : Comprendre les personnes
Prix : 17.90 € / 117.42 F
ISBN : 2-85008-651-7
GENCOD : 9782850086519
Sorti le : 07/06/2007
La maladie d'Alzheimer concerne directement ou indirectement de plus en plus de personnes. Les symptômes qui la caractérisent - perte de la mémoire et du langage, modifications du comportement, effacement de la personnalité antérieure - cristallisent des questionnements sur la difficulté d'exister dans le monde.
Parler avec ces personnes, écouter ce qui ne sera que parcimonieusement livré, c'est recevoir l'expression d'un vécu douloureux, d'un questionnement obsédant sur les raisons de leur existence et sur le sens de toute destinée humaine. À travers les balbutiements, les "balourdises" comme ils s'en excusent parfois, s'échappent des mots et des phrases qui attirent l'attention.
En effet, malgré les perturbations du langage et de la communication, les propos tenus évoquent les préoccupations d'hommes et de femmes parvenus à la dernière étape de leur existence. L'inutilité de leur vie leur fait regretter les années de labeur, l'absence de leurs enfants ou de leurs parents les font pleurer sur l'abandon dont ils sont l'objet. Les souvenirs d'enfance sont davantage présents que la trace d'événements récents. Le temps du vieillir devient un temps d'expérience de renoncements successifs et de retour aux origines.
L'écoute attentive de ces malades met en évidence l'étrangère et la poésie de certains messages. De ce fait, accompagner une personne souffrant de démence est de l'ordre d'une expérience du sentir et de l'ajustement à l'autre.
Cet ouvrage propose un parcours pour entrer dans l'univers de ces personnes afin d'établir une rencontre vraie et favoriser un ultime accompagnement.
L'auteure
Isabelle Vendeuvre-Bauters est orthophoniste, docteur en philosophie. Elle intervient, notamment, auprès de personnes âgées et assure des interventions auprès de professionnels en gériatrie. La thèse à l'origine de cet ouvrage a reçu le prix Médéric-Alzheimer. Cette approche humaniste permet d'introduire de la distance avec la souffrance et l'insupportable.
Démence et folie
Dans la pensée classique le délire sous-tend les conduites bizarres caractérisées par défaut ou excès en fonction des normes de la bienséance et de la raison. Le discours délirant est la condition nécessaire pour qu'une maladie soit appelée folie. Le rêve, par l'erreur d'illusion qu'il peut induire, est également présent dans les définitions de la folie à l'âge classique. La persistance dans l'erreur - de jugement, de désir - confirme l'aliénation et non l'illusion elle-même. La folie est associée à un égarement de l'esprit qui se manifeste dans le rêve sous la forme de propositions erronées qu'exprime le délire. De façon paradoxale la folie dévoile ce qui lie la vision et l'aveuglement ainsi que le fantasme et le langage. Le désordre insensé s'exprime à travers les circuits structurés de la raison faisant de la folie le négatif de la raison. Cette négativité signifie le non-être et le rien. L'internement est justifié sur la base des jugements portés par les hommes de bon sens - et non les médecins - sur les conduites de leurs pairs. Mais le néant que préfigurent les fous n'appelle qu'un souhait, celui de la mort, de leur mort, bien que les motifs de l'enfermement soient d'abord énoncés en termes de pratiques correctionnaires.
La démence est reconnue par les médecins de l'époque classique et, parmi toutes les maladies de l'esprit, elle est celle qui reste la plus proche de la folie. Les perturbations se situent au niveau du cerveau et de l'esprit, la cause trouvant son origine dans un fonctionnement excessif ou insuffisant de la matière cérébrale. La morphologie du cerveau, perçue comme un renflement, pourrait modifier les circuits habituels des esprits. On pense à cette époque que des cerveaux trop humides ou trop froids comme ceux des vieillards favorisent les signes de stupidité. Toutes les altérations possibles du cerveau sont examinées pour tenter d'expliquer la démence : on parle de maladie nerveuse et de cerveau mou ou rigide, froid ou chaud, lourd ou léger, cherchant dans ces modifications anatomiques hypothétiques des explications probables de la démence.
Dès le milieu du XVIIIe siècle, la survenue de la démence est reliée au mauvais état des fibres incapables de faire circuler les impressions, que ces anomalies soient congénitales ou consécutives à des traumatismes et à des intoxications. Aucun symptôme n'est spécifique de la démence dont la réalité est une juxtaposition de causes éventuelles suivies d'effets qui confirment le caractère défectueux de la raison. Suivant l'âge auquel elle survient, la démence est diversement qualifiée : de bêtise dans l'enfance, elle devient imbécillité à l'âge adulte et radotage ou retour en enfance chez les vieillards. Peu à peu la différence entre la stupidité et la démence se précise : l'imbécile insensible aux sensations extérieures est privé de la réalité du monde tandis que le dément, négligeant les informations, est indifférent à cette réalité. Ce dernier laisse parfois échapper des bribes de son savoir passé, ce que ne peut faire l'imbécile. Dans son ouvrage Méthode de l'analyse appliquée à la médecine publié en 1798, Philippe Pinel (1745-1826) décrit la différence dans les capacités de mouvement qu'il perçoit entre ces deux maladies. Les fonctions de l'esprit sont nulles chez l'imbécile figé dans une forme de sidération tandis qu'elles se montrent foisonnantes et tournent à vide chez le dément.
«Je suis très bien mais j'ai la tête qui donne pas bien. En ce moment je ne sens pas la tête, je suis chez moi, je descends dans la rue, je ne sais plus où je suis. C'est parler aussi qui est difficile.»
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