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Parole de jeune : j'ai mal à ma France, témoignage d'un grand frère : entretien avec Marion Gay

Couverture du livre Parole de jeune : j'ai mal à ma France, témoignage d'un grand frère : entretien avec Marion Gay

Auteur : Amad Ly

Date de saisie : 10/11/2007

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : Chronique sociale, Lyon, France

Collection : Comprendre la société

Prix : 10.00 € / 65.60 F

ISBN : 978-2-85008-675-5

GENCOD : 9782850086755

Sorti le : 27/04/2007

en vente sur logo Alapage.com


  • La présentation de l'éditeur

27 octobre 2005, c'est la mort de Zyed et Bouna à Clichy-sous-Bois. Amad ami très proche, habite lui aussi dans cette banlieue, en état de choc.

Dans la soirée, j'avoue avoir été tenté de rejoindre les émeutiers. Et puis, non. Je suis resté chez moi. Pour calmer mes nerfs, j'ai trouvé mieux, j'écris. Ce soir-là, une seule phrase sort de mon stylo : «Morts pour rien». De ce slogan, me vient l'idée de tee-shirts. Voilà une idée très visuelle pour montrer pacifiquement notre solidarité envers les familles et notre colère devant ces morts inutiles.
Amad

Amad a accepté de raconter son quotidien depuis son enfance, jusqu'à sa prise de fonction comme éducateur en formation. Une parole de jeune pour d'autres jeunes. Un écrit pour que la fraternité devienne vraiment une réalité.

Ce livre est celui d'un jeune homme qui a déjà atteint la maturité. J'entends, celle de la vie, la vraie maturité. Amad raconte une vie à un âge auquel d'autres l'ont à peine commencée.

Jean-Pierre Mignard, avocat

Amad Ly est né au Sénégal et habite depuis l'âge de trois ans en France. Educateur en formation à Clichy sous Bois, il participe à l'action des associations Au-delà des mots (ADM) et AC LE FEU.

Marion Gay est journaliste indépendante en presse et en télévision.





  • Les premières lignes

Extrait de la préface de Marion Gay :

Métamorphoses

Une claque trop vite lancée, un regard de travers, pas de tune pour le ciné,... Et Amad-le-boute-en-train devient jeune en déviance. Première métamorphose.

Le 27 octobre 2005, nouveau bouleversement. L'impensable se produit, c'est la mort de Zyed et Bouna. Mais Amad-le-repris-de-justice ne laissera pas sa colère bouffer sa vie encore une fois. Elle veut sortir, il la retient. Elle se débat, il l'apprivoise. Elle veut hurler, il la chante. Elle veut le détruire. Elle sera fertile. Amad devient médiateur.

Et puis il y a une autre évolution. Celle d'Amad-l'écrivain. La première fois que l'on s'est rencontrés Amad et moi, il m'a tendu un paquet de feuilles noircies de mots impatients, entremêlés, dans tous les sens. Des mots qui n'en pouvaient plus d'être restés si longtemps en suspens. Les pages parlaient de la cité, des «cousins», du quartier. Il a fallu pousser Amad à parler de sa vie. Parler de sa vie pour mieux servir les petits frères. Pudeur. Amad n'est d'abord pas convaincu. Mais sous forme d'entretien, j'ai finalement recueilli ses paroles timides.

D'abord nous nous sommes vus deux heures par semaine. Mais une fois lancés, les mots,... les maux,... ne s'arrêtent plus de se raconter. Pour aider les prochaines générations, Amad a compris qu'il fallait tout déballer. Le récit se fait plus précis et Amad plus ponctuel à nos rendez-vous. Bientôt, quatre heures tous les deux jours. Il parvient à dépasser les faits et à enfin exprimer ses sentiments. Il se met à «oualper». Il ose. Parfois il se rétracte : «Attends Marion, si je raconte ça, je vais perdre mon job !» Alors j'insiste, même si au fond de moi j'ai peur aussi. «Prenons le risque, pour les petits frères, pour le quartier». Des arguments font le poids à ses yeux. Il réfléchit. Et se décide : il poursuit.

Maintenant, il parle de cette misère. Des frigos vides. Des gamins qui crèvent la faim. Des vols de caddies. Et sous le blouson en cuir, le corps s'af­faisse un peu. La voix se fait moins claire. Visiblement, ça lui retourne les tripes d'en parler. Moi, dans ces moments-là, je baisse les yeux et je m'accroche à mon stylo pour ne pas flancher.


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