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Des Suisses dans la république des lettres : un réseau savant au temps de Frédéric le Grand

Couverture du livre Des Suisses dans la république des lettres : un réseau savant au temps de Frédéric le Grand

Auteur : André Bandelier

Date de saisie : 10/11/2007

Genre : Histoire

Editeur : Slatkine, Genève, Suisse

Prix : 24.00 € / 157.43 F

ISBN : 978-2-8321-0295-4

GENCOD : 9782832102954

Sorti le : 26/10/2007

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  • La présentation de l'éditeur

Au XVIIIe siècle, des Suisses ont émigré temporairement ou définitivement pour combler des attentes ou des besoins que leurs bonnes villes et campagnes ne pouvaient assouvir. Certains ont connu une gloire européenne durable : il en est ainsi de Leonhard Euler et des mathématiciens Bernoulli à Berlin et Saint-Pétersbourg. Une volumineuse correspondance allemande, celle du secrétaire perpétuel de l'Académie royale prussienne, plonge au coeur de l'émigration savante protestante. Support de la communication contemporaine et donc de la diffusion de la pensée, la lettre permet de retrouver des dizaines de jeunes gens en quête de reconnaissance et de rente : ministres sans paroisse devenus précepteurs, journalistes, bibliothécaires ou secrétaires de gouvernants ; scientifiques attirés par les académies royales. Elle conduit à écrire une histoire intellectuelle de l'Europe nordique et huguenote où Bâlois, Neuchâtelois, Vaudois sujets de Berne, Genevois jouent pleinement leur partie dans la médiation entre les cultures. La réussite passe encore par l'appartenance souhaitée à la République des Lettres, cette aspiration partagée par tous les lettrés depuis la Renaissance. Des épistoliers restés au pays, comme le philosophe Charles Bonnet, complètent le tableau d'une culture helvétique nourrie aux sources du cosmopolitisme et de l'ouverture au monde, caractéristique des Lumières de la philosophie.

André Bandelier a enseigné plus de trente ans la langue et la civi­lisation françaises à l'Université de Neuchâtel. Ses principaux travaux d'histoire s'attachent au siècle des Lumières et à la période napoléonienne. Spécialiste des écrits du for privé (journaux personnels et correspondances), sa prédilection va à une histoire sociale et culturelle ancrée dans le quotidien.





  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction :

Le présent ouvrage constitue le fruit d'une aventure intellectuelle d'une douzaine d'années. Il est né d'une rencontre personnelle. Un collectif a permis de lui donner un prolongement d'envergure. La synthèse a trouvé sa forme définitive dans le retour à l'écriture et à la quête individuelle, avec la volonté d'ouvrir la recherche historique à un plus large public.
Tout commence à fin septembre 1993 dans un train entre Berlin et Magdebourg. Venu en Brandebourg pour un colloque scientifique, j'en ai profité pour consulter un fonds jusqu'alors peu accessible, le Nachlass Formey, soit la correspondance du secrétaire perpétuel de l'Académie royale prussienne au XVIIIe siècle. La chute du Mur aidant («nach der Wende», comme le disaient les prudents employés de la bibliothèque berlinoise : «après le changement» traduit imparfaitement le commencement d'une ère nouvelle), j'ai pu confronter ma lecture critique d'un article français sur le préceptorat et les documents originaux sur lesquels il se fondait. D'abord interloqué par l'assimilation de tout épistolier de langue française à la France des Bourbons, j'ai acquis avec un minimum de recul la conviction que les correspondances de Suisses pouvaient donner lieu à des développements inédits. D'un côté, la langue française y sert de truchement à des contributions importantes venues d'ailleurs que de France ; l'apport de cette nation, prépondérant en certains secteurs comme la littérature, y subit des altérations qui favorisent son assimilation dans un mouvement européen des Lumières diversifié. Par ailleurs, les preuves que la vie culturelle suisse au XVIIIe siècle se développe aussi à l'étranger et avec l'étranger, à travers des réseaux de sociabilité cosmopolites, y abondent. Le spécialiste ou l'amateur qui voudront bénéficier de tous les aspects de la recherche pluridisciplinaire qui s'ensuivit trouvera in fine, dans «Sources et bibliographie 2», de quoi satisfaire leur curiosité. Menée au Séminaire de français moderne de l'Université de Neuchâtel, la recherche a pu s'appuyer sur deux chaires de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines, celles d'histoire de la philosophie et d'histoire nationale des professeurs Daniel Schulthess et Philippe Henry. Subventionnée par le Fonds national suisse de la recherche scientifique, elle a débouché sur une série d'articles dans diverses revues spécialisées et des ouvrages collectifs. La veine, alimentée par le requérant principal et ses assistants, Cyrille Gigandet, Christian Sester et Thierry Christ, produit toujours des fruits. Ceux-ci remplissent en partie les ambitieux objectifs assignés à l'analyse : étudier le fonctionnement dynamique d'un réseau savant ancien ; cerner les principes constitutifs de la République des Lettres ; établir la vulgate de la pensée d'une époque à travers des milieux et des institutions.
Le tableau historique qui est proposé au lecteur tient compte des résultats de ces travaux transdisciplinaires, bien accordés au caractère encyclopédique de la pensée des Lumières. Au départ, il y a donc le moyen de communication par excellence du XVIIIe siècle : une volumineuse correspondance, dont la diffusion repose en partie sur le service postal. La circulation des lettres, avec ses dimensions de connexion et d'échange, induit naturellement la notion de réseau, même si on ignore dans ce cas la métaphore réticulaire, si commune aujourd'hui, les contemporains la réservant au maillage textile et aux systèmes nerveux et sanguin. De cette nébuleuse tentaculaire qui aboutit à Berlin, nous avons isolé les centaines de missives des Suisses, non a priori, mais à partir du fonctionnement du réseau épistolaire. Les correspondants suisses, ce sont les ressortissants de cette structure compliquée que constituait la Confédération des Treize Cantons à la fin de l'Ancien Régime, avec ses alliés proches ou protégés (Grisons ou Neuchâtel), avec ses bailliages sujets (Vaud ou Argovie). Davantage, nous avons retenu non seulement les fils de Huguenots fraîchement assimilés dont les pères ont obtenu l'indigénat de quelque ville de la mouvance helvétique, mais aussi d'autres acteurs dont on ne peut se passer sans dénaturer le fonctionnement d'échanges caractérisés par l'imbrication des réseaux, notamment suisses et protestants. Ces épistoliers sont le plus souvent insérés dans des pratiques collectives.


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