Auteur : Daniel Oppenheim
Date de saisie : 09/11/2007
Genre : Littérature Etudes et théories
Editeur : Campagne première, Paris, France
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-915789-31-7
GENCOD : 9782915789317
Sorti le : 09/11/2007
La confrontation aux limites de l'expérience humaine, à ce que le sujet peut supporter, accepter, souvent avec détresse et angoisse, voici ce que Daniel Oppenheim interroge de façon magistrale par l'étude de treize textes littéraires qui relatent tous une expérience-limite. La mort ou la déchéance de l'être aimé, la torture d'une mère, le coma, le sexe jusqu'à l'excès, le meurtre à répétition, la dépossession totale, se lisent chez Bataille, Beckett, Blanchot, Conrad, Faulkner, Flaubert, Shapiro... Autant d'expériences littéraires et traumatiques qui entrent en résonance avec la pratique psychanalytique, et que celle-ci éclaire.
Daniel Oppenheim, psychiatre et psychanalyste, exerce à l'Institut Gustave-Roussy (Villejuif), au département de cancérologie pédiatrique. Il est membre de la SFCE (Société française des cancers de l'enfant) et de la SPF (Société de psychanalyse freudienne). Il a notamment publié : Ne jette pas mes dessins à la poubelle. Dialogues avec Daniel, traité pour une tumeur cérébrale, entre 6 et 9 ans, Seuil, 1999 ; Parents en deuil. Le temps reprend son cours, Eres, 2002 ; Grandir avec un cancer. L'expérience vécue par l'enfant et l'adolescent, De Boeck, 2003 ; Héritiers de l'exil de la Shoah, Érès, 2006 ; Parents : comment parler de la mort avec votre enfant ? De Boeck, 2007.
Extrait de l'introduction :
L'expérience-limite
Présentons d'abord, de façon brève, les auteurs et les livres que nous nous proposons d'étudier pour cerner la notion d'expérience-limite dans la littérature.
Georges Bataille a consacré son oeuvre de fiction et de réflexion philosophique, économique, anthropologique, esthétique, à l'exploration de l'excès et de la relation entre le sexe et la mort. Il a été profondément marqué par la maladie de son père, atteint de syphilis évoluée, cause de cécité et de terribles douleurs, abandonné par sa femme sous les bombes de l'aviation allemande en 1917 (mais Martial, le frère de Georges, a des souvenirs différents) et décédé dans la solitude un an plus tard. Bataille est mort dans une certaine pauvreté ; ses amis, artistes célèbres, ont organisé une vente de charité de leurs oeuvres pour lui permettre de finir ses jours à Paris. Madame Edwarda raconte la nuit d'ivresse, d'angoisse et de sexe entre le narrateur et une prostituée, auxquels s'adjoint, à leur demande, un chauffeur de taxi.
Samuel Beckett, écrivain irlandais, a préféré écrire en français une part importante de son oeuvre, pour éviter l'excessive influence de Joyce. Il devient au fil du temps de plus en plus dépressif et maître de son art. Mal vu mal dit raconte et décrit l'avancée vers la mort de sa femme, dans un hôpital psychiatrique.
Maurice Blanchot, romancier et critique, s'est entièrement voué à la littérature et au silence qui lui est propre, ainsi qu'il l'écrit, dans une solitude, maintenue même pour ses plus proches amis. L'Arrêt de mort raconte la mort successive de deux femmes qu'il a aimées.
Joseph Conrad est né en Pologne. Marin sur des bateaux de nationalités diverses, il devient citoyen anglais. La fin de sa vie fut difficile, pour des raisons de santé et financières. Au coeur des ténèbres, inspiré de son voyage au Congo, relate l'évolution d'un aventurier qui a fini par se prendre pour une divinité terrifiante, ce qui a inquiété la compagnie commerciale qu'il fournissait en ivoire.
William Faulkner a vécu toute sa vie dans le sud des États-Unis, et y a inscrit la quasi-totalité de son oeuvre, décrivant, sur plus d'un siècle et plusieurs générations, l'évolution des principales familles du comté, imaginaire, de Yoknapatawpha, les intrications entre Blancs et Noirs, les séquelles de l'esclavage et les effets de l'évolution économique. «L'ours» décrit l'initiation à la chasse d'un jeune garçon qui, à sa maturité, renoncera à l'héritage de son grand-père, pour ne pas perpétuer la double faute que celui-ci a commise et, d'autre part, parce que la terre appartient à Dieu.
Gustave Flaubert a toujours recherché la perfection du style et du support documentaire, et ses textes constituent aussi un énorme cri de rage et de mépris contre la bêtise de la société de son temps, qu'il essayait d'éviter le plus possible. Il a été l'objet de plusieurs procès pour atteintes aux bonnes moeurs. Il a souffert, particulièrement à la fin de sa vie, d'un manque de succès, de problèmes de santé et de graves difficultés financières. La Légende de saint Julien l'Hospitalier, d'une remarquable perfection formelle, avance entre la précision historique et le déploiement de l'imaginaire, entre la pieuse légende et la critique violente et subtilement ironique de la vie du saint.
Jean Genêt, enfant «sans père», abandonné par sa mère, a connu la maison de redressement d'enfants et la prison, pour des vols d'étoffes et de livres. Son oeuvre, écrite dans une langue souvent somptueuse, jetée comme une arme vers la société, oscille entre la fierté de sa souveraineté et la délectation de son indignité, entre l'être et le paraître, suivant l'expression de Sartre. Le Funambule et L'Atelier de Giacometti montrent bien cette contradiction, qui écartèle l'artiste et son oeuvre, entre la grandeur de la création et le sordide du quotidien.
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