Auteur : Young-Moon Jung
Traducteur : Jean Bellemin-Noël | Ae-Young Choe
Date de saisie : 16/11/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : les 400 coups, Outremont, Québec, Canada
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 978-2-84596-087-9
GENCOD : 9782845960879
Sorti le : 27/09/2007
Né à Hamyang, en Corée-du-Sud, en 1965, Young-Moon Jung a fait des études de psychologie à l'Université Nationale de Séoul. Il a commencé sa carrière d'écrivain avec un roman intitulé [titre français indicatif] Un être humain qui existe à peine (1997). Depuis, il a publié pas moins de sept livres de fiction. En 2092, il a remporté le concours organisé par le Théâtre National avec une pièce intitulée Ânes, mise en scène en 2003. Il fait par ailleurs une carrière de traducteur.
Le présent recueil, premier traduit en français, a obtenu en 1999 le prix Dong-Seo Mounhak, attribué par une des revues littéraires les plus prestigieuses et les plus ouvertes de Corée, Littérature Est-Ouest.
Euthanasie
Ne voyant plus aucun espoir de me guérir, le médecin a fini par m'amener un lion. Son idée était d'utiliser l'animal pour me faire toucher au terme de ma vie, et c'était également mon désir inavoué.
En fait, c'était une lionne. Une bête efflanquée, qui sans doute n'avait pas mangé depuis longtemps. Elle avait du mal à tenir ferme sur ses pattes. À force d'être insignifiante, on aurait dit qu'elle avait oublié jusqu'au fait qu'elle était une lionne.
Le médecin l'a conduite vers mes pieds. Dès qu'elle a réalisé que j'étais son repas, comme si cela lui avait redonné des forces, elle a ouvert la gueule pour montrer qu'elle avait des dents solides. Puis, sans se presser, avec un air gourmand, elle s'est mise à me dévorer systématiquement en commençant par les pieds. Pour lui rendre service, je me tournais et retournais de façon qu'elle n'ait aucun mal à m'ingurgiter. Je ressentais de la douleur, mais ce n'était pas une douleur réelle : plutôt imaginaire, ou en tout cas suscitée par mon imagination.
Enfin, la lionne m'a engouffré jusqu'au cou. Le médecin, qui la regardait les bras croisés avec l'air attentif propre aux spécialistes, l'a félicitée, pendant que je lui exprimais ma reconnaissance pour avoir amené un fauve capable de si bien accomplir sa tâche.
Et voilà que soudain, juste à ce moment-là, ma lionne a régurgité tout ce qu'elle avait avalé. Peut-être un os s'était-il coincé dans sa gorge ? Ou bien elle était restée trop longtemps sans manger ? Ou alors je ne lui convenais pas comme nourriture ? Bref, les morceaux de mon corps qu'elle avait mastiqués se sont entassés sur le sol comme un tas d'ordures. Et elle se tordait avec l'air de souffrir, tant et si bien que, incapable de se retenir, elle a bondi à travers la chambre et a fini par taper la tête dans le mur : elle est tombée raide sur place.
Le médecin a piqué une colère, s'est jeté sur moi, a essayé de m'étrangler à la place de la lionne : hélas, il ne me restait plus de cou auquel s'attaquer ! Le pauvre homme était bien embarrassé.
«Eh bien, non, ce n'est pas une bonne méthode ! Elle ne fonctionne pas avec moi !» me suis-je écrié, incapable de cacher ma déception.
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