Auteur : Frédéric Pons
Date de saisie : 08/11/2007
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Presses de la Cité, Paris, France
Collection : Jeannine Balland. Document
Prix : 19.50 € / 127.91 F
ISBN : 978-2-258-07391-3
GENCOD : 9782258073913
Sorti le : 02/11/2007
Documents confidentiels, informations inédites, témoignages bouleversants : ce livre-choc révèle les secrets de la guerre ratée de l'été 2006 au Liban. Il entraîne le lecteur à la rencontre d'une population rongée par le doute, l'année même du soixantième anniversaire de la création de l'Etat hébreu.
Pour la première fois de son histoire, Israël n'a pas réussi à terrasser son ennemi (le Hezbollah), révélant au contraire la carence de ses dirigeants, les faiblesses de son armée et la fracture ouverte au coeur de la société. Sa capacité de dissuasion est dégradée.
Pris à revers par les islamistes de Gaza et de Cisjordanie, soumis à la pression de la Syrie, bientôt livré au chantage nucléaire de l'Iran, Israël joue sa survie. Les conséquences en sont incalculables...
Grand reporter et écrivain, Frédéric Pons est président de l'Association des Journalistes de Défense, professeur à Saint-Cyr et au Collège Interarmées de Défense. Il est aussi officier de réserve.
La mort au bout du virage
La route est superbe, un peu sauvage. Elle invite à une randonnée paisible sur ce versant sud du djebel qui marque la frontière avec le Liban, dans un paysage alpestre ombré de grands conifères, si dépaysant dans ce Proche-Orient de caillasses et de sécheresse. Les forêts plantées et entretenues du côté israélien contrastent tellement avec le versant nord, au Liban, succession de collines âpres, piquetées d'oliviers et de murets de pierres sèches. Le tracé joue aux montagnes russes et serpente entre les villages frontaliers de Zarit et de Shetula, enchaînant les lacets au pied de falaises abruptes dominées par des sapins torturés par le vent, le soleil et le gel. Ehud Goldwasser, Eldad Regev et leurs amis réservistes se sont dit plusieurs fois qu'ils reviendraient ici un jour en excursion, mais seulement quand les conditions de sécurité le permettront.
Derrière les petites vitres sales de leur Hummer, le paysage qui défile leur donne des fourmis dans les jambes, une envie de promenades, de longues balades, entre amis, en famille. Surtout Goldwasser. Photographe averti et amoureux fou de la nature, «Udi» est inscrit dans un club écologiste avec lequel il s'est engagé à veiller à la propreté des réserves naturelles de son pays. Tous savent que, pour quelque temps encore, ces projets resteront des rêves. Le secteur n'est pas sûr. Les combattants du Hezbollah sont installés juste derrière la ligne de crête et le thalweg qui marquent la frontière nord de leur pays. Ce serait une folie d'emmener ici des civils, même si tout paraît si calme en ce mercredi 12 juillet 2006. Goldwasser est impatient de finir cette patrouille de routine. C'est la dernière mission de sa période annuelle de réserve. Karnit l'attend. Il l'a épousée il y a dix mois à peine. Chaque jour d'absence lui a paru une éternité. Il compte bien fêter son trente et unième anniversaire à ses côtés, le 18 juillet. Après, ils prendront quelques jours de vacances ensemble.
La matinée est à peine commencée et le soleil est déjà haut. La journée s'annonce belle. Il fait très chaud dans les deux Hummer qui descendent à vitesse réduite la rampe de Zarit, ce moshav (communauté agricole coopérative) fondé une quarantaine d'années auparavant pour veiller sur la frontière. Tout au bout, les conducteurs connaissent bien l'épingle à cheveux qui oblige à ralentir fortement, pour négocier le virage en douceur et ne pas se laisser embarquer vers le fossé. A cet endroit la route longe la clôture de sécurité qui délimite la frontière du Liban.
9 heures : les équipages sursautent. Le réseau radio crachote des informations transmises à toute vitesse. Elles concernent des tirs de mortiers et de roquettes sur des positions israéliennes le long de la frontière. Les moshav de Zarit et Shelomi sont également visés, comme cela s'est déjà produit tant de fois. «La routine», pensent les soldats, sans même se parler. Cette frontière a toujours été brûlante. Mais, cette fois, ils se trompent. Ils ne savent pas qu'il s'agit d'une diversion, bien ciblée, minutée, comme la suite va le démontrer. Les tirs ont été déclenchés sur les sept postes israéliens du secteur à l'instant même où les deux Hummer de la patrouille du matin arrivent au point le plus délicat de la route, là où ils sont le plus vulnérables, à vitesse très réduite, sans aucune possibilité de manoeuvrer sur les bas-côtés. L'ennemi les attend.
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