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Ay Carmela

Couverture du livre Ay Carmela

Auteur : José Sanchis Sinisterra

Traducteur : Angeles Munoz

Date de saisie : 07/11/2007

Genre : Théâtre

Editeur : Ed. de l'Amandier, Paris, France

Prix : 13.00 € / 85.27 F

ISBN : 9782355160288

GENCOD : 9782355160288

Sorti le : 07/11/2007

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  • La présentation de l'éditeur

Faire du théâtre un lieu d'asile pour la mémoire laquelle, mise en jeu, active, dans la confrontation avec notre appréhension du présent, bouleverse, interroge nos codes habituels de perception de la réalité et lève le rideau sur les «scènes primitives» refoulées qui hantent la conscience contemporaine collective et individuelle : tel est le propos de l'acte théâtral dans l'oeuvre de José Sanchis Sinisterra.
Une oeuvre en marche, opérant loin des courants, des écoles et des genres établis. Préférant les formes marginales se situant à la frontière de différents modes d'expression, elle explore, sur ce territoire mixte, les limites du théâtre, du sens, de la communi­cation, interroge les mécanismes de la théâtralité, expérimente diverses configurations spatio-temporelles, met à l'épreuve le discours théâtral et réduit à sa quintessence le théâtre de l'acteur. L'écrit, chez José Sanchis Sinisterra, est organiquement lié à la substance scénique, à l'acte théâtral. Son écriture sous-tendue par une extrême rigueur de la réflexion esthétique est toujours guidée par la responsabilité éthique.
L'oeuvre de José Sanchis Sinisterra participe à la fois de la tradition du réalisme fantastique espagnol et de la lignée littéraire de Kafka, de Brecht et Beckett. De plain pied dans la réalité, elle interroge notre passé et notre présent par un jeu de miroirs entre la réalité et la fiction que ses personnages, héros quotidiens pris dans le tourbillon de l'histoire, trempés dans l'humour et la tragédie, manipulent en virtuoses.





  • Les premières lignes

PREMIER ACTE

Plateau vide, plongé dans la pénombre. Avec un «clic» sonore, une triste ampoule de service s'allume et, peu après, Paulino fait son entrée : mal fagoté, titubant, une cruche de vin à la main. Il regarde le plateau. Il boit un coup. Il regarde de nouveau. Il traverse la scène en déboutonnant sa braguette et disparaît par le côté opposé. Pause. Il entre de nouveau, en se reboutonnant. Il regarde encore le plateau. Il voit, au fond, par terre, un vieux phonographe. Il s'en approche et tente de le faire fonctionner. Il n'y parvient pas. Il prend le disque, le regarde et fait mine de le casser, mais il se retient et le remet sur le phonographe. Toujours accroupi et dos au public, il boit encore un coup. Son regard découvre, quelque part au fond du plateau, sur le sol, un bout de tissu. Il s'en approche et le soulève en le tenant par le bout des doigts : c'est un drapeau républicain à moitié brûlé.

PAULINO (Il chantonne.)... pero nada pueden bombas rumba, la rumba, la rumba, va donde sobra el corazon, ay carmela, ay carmela...

Il retourne vers le phonographe et le couvre avec le drapeau. En se baissant, il laisse échapper un gros pet. Il s'arrête un instant mais continue l'opération. Une fois debout, il lâche, délibérément, quelques autres vents qui rappellent le coup de clairon. Il rit timidement. Il se retourne et regarde vers la salle. Il avance vers l'avant-scène, s'arrête et fait le salut militaire. Il pète de nouveau. Il lève le bras droit, fait le salut fasciste'' et déclame :

Sur la colline des Anges
Que les anges défendaient,
Ils ont fusillé Jésus.
Même les pierres saignaient !
Mère, tu n'as rien à craindre,
Madrid est déjà tout près
Et les armes de Castille
Pour Franco se sont dressées !
Percée par nos baïonnettes
L'hydre rouge va crever
Avec ses chairs ouvertes
Et sa gueule lacérée
Le Cid, en chemise bleue,
sur le ciel bleu chevauchait

Nouveau pet. Petit rire. Tout à coup, il croit entendre un bruit derrière lui. Il sursaute. Il a le réflexe de fuir mais ne bouge pas. Au fond, venant d'une des coulisses, on aperçoit une lumière blanchâtre, comme si on ouvrait une porte. Paulino attend, craintif.

PAULINO Qui est là ?

Carmela entre, vêtue d'un tailleur discret.

CARMELA Salut, Paulino !

PAULINO (Soulagé.) Salut, Car... (Il sursaute.) Carmela ! Qu'est-ce que tu fais là ?

CARMELA Ben, me voilà...

PAULINO Ce n'est pas possible... (En parlant de la cruche.) Je n'ai presque pas bu...

CARMELA Ce n'est pas le vin. C'est moi, moi en vrai.

PAULINO Carmela...

CARMELA Oui, Carmela.

PAULINO Ce n'est pas possible... (Il regarde la cruche.)

CARMELA Mais si, c'est possible. J'ai pensé à toi tout à coup.

PAULINO Et te voilà ?

CARMELA Ben, oui. J'ai pensé à toi et me voilà.

PAULINO Et ils ne t'ont pas fait de problème ?
CARMELA Tu vois bien.

PAULINO C'est aussi simple que ça ?

CARMELA Enfin, pas si simple... J'ai mis du temps à trouver.


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