Auteur : Philippe Crocq | Jean Mareska
Date de saisie : 04/11/2007
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Alphée-Jean-Paul Bertrand, Monaco, France
Prix : 19.90 € / 130.54 F
ISBN : 978-2-7538-0264-3
GENCOD : 9782753802643
Sorti le : 08/11/2007
Être ou ne pas naître
Dans sa correspondance avec Stefan Zweig, Sigmund Freud appelait la naissance «la découverte du passage secret». «Naître comme écrire la première page d'un livre, ajoutait-il, est à la fois une totale inconscience et un doute raisonnable.» Julio refusa d'abord le monde pour ensuite le mieux saisir. Il ne fera pas non plus le saut de joie de l'ange qui arrive sur Terre. Sa naissance fut difficile. Sans doute, savait-il que ses premières expériences avec la vie seraient particulièrement douloureuses. Plus tard, sa mère lui confiera : «Je t'entendais pleurer à l'intérieur de mon ventre...»
Le 23 septembre 1943, dans un hôpital de Madrid, naquit comme à regret Julio José après que l'on ait pratiqué une césarienne à sa jeune mère née Rosario de la Cueva et affectueusement surnommée Charo. Le docteur Iglesias, gynécologue déjà renommé, réussit cette opération à une époque où elle offrait peu de garantie. Le père du nouveau-né avait voulu être celui qui lui ferait pousser son premier cri. «Il aura une jolie voix», dit-il aux autres médecins venus l'assister. Ils s'amusèrent de la remarque sans se douter du caractère prémonitoire de sa réflexion !
En 1943, si l'Espagne avait échappé à l'occupation allemande qui s'était répandue dans la plus grande partie de l'Europe, elle se remettait difficilement d'une guerre civile de plusieurs années qui opposa le gouvernement républicain du Front Populaire à une insurrection nationaliste dirigée par le général Francisco Franco.
La vérité est dans la voix
Ils se nomment Frank Sinatra, Dean Martin, Bing Crosby, ils avaient comme disait Lauren Bacall a cock in their voice, un sexe dans la voix. Et dans la bouche de Slim, comme la surnommait Humphrey Bogart, le mot cock avait certainement une consonance plus crue.
Ils survolèrent un genre que l'on disait après eux éteint, malgré quelques coulées de laves qui eurent pour nom Harry Connick Jr. et Peter Cinquotti. Le premier avait les yeux bleus et le sensuel de Frankie, l'autre savait mélanger les genres.
De trop petites rivières, alors qu'il aurait fallu des fleuves. Mais c'était oublier Julio Iglesias, un latino mondialiste qui foudroyait son public en le défiant comme un torero.
Le genre n'avait jamais disparu, il avait seulement traversé les continents, changé d'accent. Le velours est un contrebandier qui passe facilement les frontières sans que les douaniers s'en doutent. Il n'a rien à déclarer, quelques soupirs tout au plus.
Le cwoning est une comédie des sens qui se murmure à l'oreille comme dans les jeux de l'amour. Personne n'est dupe. Le sens des mots a une importance toute relative. Seule la voix compte si l'on veut que les lionnes se roulent dans la sciure du cirque.
Chanteur de charme est un métier difficile. Il faut séduire, toujours et toujours. Dès le matin devant la glace, la question se pose : ce visage va-t-il encore plaire ? Peut-il encore vamper un jour de plus sans lasser ? Aucune certitude dans un métier où la magie est toujours remise en question.
«Le secret du succès, disait Bing Crosby, c'est la considération que l'on porte au public. Ce n'est alors plus votre visage qu'il voit, c'est le sien qui se reflète en vous. Donnez, il vous aimera. Ce n'est pas un secret, un truc, juste une évidence !»
Sinatra était plus direct dans sa philosophie. «Écoutez-moi, affirmait-il, après le show, vous ferez l'amour comme des fous ! Ce que je chante est le préambule à toutes les folies !»
Autre crooner américain, cette fois issu du jazz, Nathaniel Adams Cole, dit Nat King Cole. Fils d'un pasteur chanteur de gospel, King Cole enregistra avec les meilleurs jazzmen dont Stuff Smith, Red Callender et Teddy Wilson, mais la pureté de son timbre doux, d'une rare profondeur éclipsera le pianiste de jazz et sa précision rythmique. On frissonnait dans Harlem quand il chantait Sweet Lorraine, puis lorsqu'il s'essuyait le front avec un grand mouchoir à carreaux version serviette du Cornélius Street Café, c'était la folie et le chaos ambiants chez les beautés brunes aux jambes gainées de soie.
Nat aimait chanter des trucs insipides qui mettaient sa voix encore plus en valeur. Il savait que c'était surtout le son qui comptait dans la guimauve. Cela, personne ne pouvait lui piquer. Le truc venait de son ventre, remontait dans sa gorge et faisait sonner des banalités comme des révélations.
Les inflexions tendres d'une exceptionnelle précision avivaient le sirop qu'il délivrait au public dans son emballage d'origine. Ceux qui ensuite voulurent l'imiter eurent des fins tragiques ou se jetèrent dans les fosses d'orchestre !
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