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Hommes des bois ? : socio-anthropologie d'un groupe professionnel

Couverture du livre Hommes des bois ? : socio-anthropologie d'un groupe professionnel

Auteur : Florent Schepens

Préface : Dominique Jacques-Jouvenot

Date de saisie : 04/11/2007

Genre : Sciences humaines et sociales

Editeur : Ed. du CTHS, Paris, France

Collection : Le regard de l'ethnologue, n° 16

Prix : 25.00 € / 163.99 F

ISBN : 978-2-7355-0645-3

GENCOD : 9782735506453

Sorti le : 08/11/2007


  • La présentation de l'éditeur

Les préjugés liés aux forestiers sont tenaces. Ainsi, puisque selon la culture occidentale on ne peut longtemps séjourner en forêt sans y perdre son humanité, les forestiers sont toujours soupçonnés de sauvagerie. Le bûcheron, figure emblématique de ce milieu, reste «l'idiot moyen qu'a pas fini ses études, le gros ours du fond des bois» selon les termes de l'un d'entre eux. En plus de cette image sociale peu valorisante, l'activité des entrepreneurs de travaux forestiers (ETF) - des bûcherons, débardeurs et sylviculteurs indépendants - est aussi exceptionnellement dangereuse : un ETF sur cinq est victime d'un accident chaque année. Dès lors, choisir une telle profession n'est pas anodin. Comment devient-on entrepreneur de travaux forestiers ? Qu'est-ce qui motive ceux qui le deviennent et leur fait accepter ces difficiles conditions d'activité ? Comment trouvent-ils et surtout conservent-ils un successeur, eux qui interdisent à leurs enfants de s'inscrire à leur suite ? Ces questions trouvent ici une réponse à travers une approche socio-anthropologique de ce groupe professionnel.
Au-delà du cas particulier des activités forestières, les analyses développées dans cet ouvrage "apportent, entre autre, un éclairage sur l'apprentissage, la gestion des risques professionnels, la transmission d'entreprise et l'organisation du marché du travail.

Florent Schepens est maître de conférence en sociologie à l'université de Bourgogne. Il poursuit actuellement ses travaux sur les groupes professionnels en s'intéressant plus particulièrement aux services hospitaliers de gériatrie et de soins palliatifs.



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  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction :

Les 26 et 27 décembre 1999, deux tempêtes, nommées respectivement Lothar et Martin, traversent l'Europe. Bilan : 88 morts, 140 millions de mètres cube de chablis et environ, 15 milliards d'euros de dégâts matériels. À cette actualité dramatique, les pouvoirs publics se devaient de répondre avec célérité. Les sapeurs-pompiers dégagèrent rapidement les arbres barrant les axes routiers, épaulés dans cette activité par des professionnels : les entrepreneurs de travaux forestiers (ETF). Inconnus du grand public sous cette appellation, les bûcherons et les débardeurs, puisqu'il s'agit en partie d'eux, s'occupèrent des abattages dangereux ou difficiles et plus généralement de la récolte des bois abattus lors des tempêtes. Cependant, face au volume que représentaient ceux-ci, la population des ETF semblait bien réduite pour répondre au contexte d'urgence de cette «catastrophe». Alors la question de l'opportunité de la mise en place de formations express de bûcherons pour venir en aide aux professionnels se posa. La proposition souleva un tollé chez les ETF : ils y virent une dévalorisation de leurs connaissances professionnelles, car prétendre former un travailleur en six semaines, c'est supposer qu'il n'y a rien là de bien compliqué à apprendre. Définies comme étant à la portée du premier venu, leurs activités sont pourtant des plus dangereuses. En effet, pour la seule Franche-Comté, la profession s'endeuille deux à trois fois l'an, nous ne pouvons alors prétendre qu'il s'agit d'un risque stochastique.
C'est sur le registre du risque et de la sécurité des professionnels que les entrepreneurs, soutenus par de nombreuses institutions publiques et privées s'intéressant au monde forestier, développèrent un argument à l'encontre de cette formation express.
«Il y a eu une réunion avec le préfet, les politiques, les gars du centre de for­mation et nous. Nous on a dit :
- À la fin de la formation, on ferait bien mieux de mettre tous vos gars dans la benne d'un camion et de les balancer directement au fond d'un ravin. Au moins, on saura où chercher les corps et on n'aura pas à soulever tous les bouts de bois de la région pour les retrouver.»
«Moi, ça fait plus de vingt ans que je bosse dans le bois et bien, après la tempête, il y avait des situations auxquelles je ne comprenais rien. C'était plus une forêt mais un mikado géant. On n'était jamais sûr que si on coupait un bout de bois ici, il n'y en aurait pas dix qui nous tomberaient dessus. Alors un p'tit jeune formé en six semaines, il ne ferait pas long feu.»
Se rendant à cette argumentation, l'idée de formation express fut abandonnée. Derrière ce drame écologico-économique, c'est la voix du travailleur forestier qui se fit audible, travailleur agacé que l'on entende davantage parler du chêne déraciné de Marie-Antoinette que des forestiers morts dans la récolte des chablis. La société française eut le temps d'apercevoir brièvement une population invisible en temps normal, mais qui fût vite escamotée derrières des considérations écologiques. Qui sont donc ces hommes du bois, acceptant de telles conditions de travail ?

La filière forêt-bois

Thomas : «La Franche-Comté, c'est un peu La Mecque des forestiers.» C'est, à égalité avec l'Aquitaine, la région la plus boisée de France. Elles ont toutes deux un taux de boisement de 44 % alors que la moyenne nationale est de 29,6 %3. Mais, et c'est ce qui en fait «La Mecque des forestiers», la diversité des essences y est très importante à la différence de l'Aquitaine où la forêt, très récente, est composée exclusivement de résineux. La population des entrepreneurs de travaux forestiers est principalement composée d'entrepreneurs en bûcheronnage, débardage et/ou sylviculture, prestataires de service et cotisant à la Mutualité sociale agricole (MSA). Ils ne sont pas pour autant considérés comme appartenant aux professions agricoles et sont affiliés aux chambres de commerce et d'industrie (CCI). Ils représentent le premier maillon de ce que l'on appelle la filière forêt-bois (ou filière bois). Ce sont eux qui plantent, récoltent et débardent les arbres.


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