Auteur : Assen Slim
Date de saisie : 03/11/2007
Genre : Economie
Editeur : le Cavalier bleu, Paris, France
Collection : Idées reçues. Economie & société
Prix : 9.00 € / 59.04 F
ISBN : 978-2-84670-184-6
GENCOD : 9782846701846
Sorti le : 25/10/2007
Le Développement durable
Économie & Société
«La mondialisation est incompatible avec le développement durable» ■ «Le développement durable, c'est un développement au rabais pour les pays du Sud» ■ «Le développement durable, c'est zéro déchet» ■ «Il faut arrêter la croissance des pays riches» ■ «Le développement durable, c'est la couverture morale des entreprises» ■ «Les OGM, c'est le contraire du développement durable»...
Issues de la tradition ou de l'air du temps, mêlant souvent vrai et faux, les idées reçues sont dans toutes les têtes. L'auteur les prend pour point de départ et apporte ici un éclairage distancié et approfondi sur ce que l'on sait ou croit savoir.
Assen Slim, docteur en économie, est Maître de conférences à l'Institut national des langues et civilisations orientales (Langues'O). Spécialiste des économies régionales et de l'impact de la mondialisation sur ces dernières, il analyse ici les multiples aspects du développement durable. De plus en plus présent dans les discours politiques, gadget à la mode pour les uns, salut de l'humanité pour les autres... quels sont les véritables enjeux ?
Introduction :
«L'humanité se trouve à un moment crucial de son histoire», peut-on lire en première phrase du préambule de l'«Agenda 21», document signé par plus de 170 chefs d'État, lors du Sommet de la Terre, tenu à Rio du 3 au 14 juin 1992. Le moment est terriblement important, parce que l'humanité se trouve dans une situation où elle doit faire, collectivement, un choix : celui de rester humaine.
Le XXe siècle se solde par un constat d'échec : celui d'un mode de développement économique inadapté, qui épuise les ressources naturelles et relègue une grande majorité des peuples dans la pauvreté. Alors que la production mondiale a été multipliée par six au cours de ces cinquante dernières années et la population mondiale seulement par deux, les inégalités entre les nations et à l'intérieur de ces dernières se sont accentuées. L'analphabétisme, la faim, les conditions de vie insalubres, loin de disparaître, s'aggravent. On estime aujourd'hui que 80 % de la consommation de ressources naturelles s'effectue au bénéfice de 20 % de la population mondiale, que 2,4 milliards de personnes n'ont pas accès aux infrastructures sanitaires de base et que 985 millions ont moins d'un dollar par jour pour (sur)vivre. Les inégalités économiques et sociales s'aggravent tant entre pays qu'au sein même de chacun d'eux. On en veut pour preuve l'augmentation conjointe du nombre de milliardaires (+ 14,8 % en 2006 selon le magazine Forbes) et du nombre de personnes vivant avec moins de trois dollars par jour (une bonne moitié de l'humanité en 2006). La nature elle-même, dont nous sommes tributaires pour notre survie, s'épuise à notre contact : pollution des réserves d'eau douce et des fonds marins, destruction des sols, réchauffement général dû à l'effet de serre, déforestations massives, dégradation de la couche d'ozone stratosphérique. «Il y a péril en la demeure», pour reprendre l'expression de R. Barbault, D. Bourg et N. Hulot dans Pour que la Terre reste humaine (1999).
Ce constat d'échec a fait le terreau du développement durable. Apparue en 1980, l'expression a rapidement fait florès. Peu de concepts, d'ailleurs, ont connu un succès aussi rapide. Aujourd'hui, le développement durable est partout, dans les médias, les discours politiques, les textes institutionnels et même dans la vie courante. Mais qu'une notion soit à ce point utilisée, par tant d'acteurs différents, incite naturellement à la prudence. Chacun y va de sa définition (on en a recensé une soixantaine) mais qui sait, aujourd'hui, ce qu'est le développement durable ?
Le développement durable est à la croisée des chemins. Il est un point de rencontre entre aujourd'hui (satisfaire les besoins de tous) et demain (respecter les générations futures), entre le global (l'écosystème planétaire) et l'individuel (la recherche du bon geste), entre les aspirations d'équité (droits sociaux pour tous) et d'écologie (respect de la nature), entre l'égoïsme (penser à soi) et l'altruisme (veiller au bien-être des autres), entre les riches et les pauvres, entre les institutions internationales, les gouvernements, les entreprises, les consommateurs et la société civile. Il est le concept qui pousse à la pluridisciplinarité, en réconciliant les sciences humaines et les sciences dites «dures».
Mais là sont précisément sa force et sa limite. En tentant de lier tant d'acteurs aux aspirations si contraires, aux logiques souvent opposées et même aux langages disciplinaires la plupart du temps incompatibles entre eux, le développement durable risque de se perdre en vains sommets internationaux et déclarations d'intention. L'objet du présent ouvrage est de faire le tri, derrière les débats souvent passionnés, entre les arguments relevant de l'idée reçue et ceux qui sont fondés, entre ce qui existe déjà aujourd'hui et ce qui pourrait être demain, entre ce qui serait réalisable et ce qui relève de la pure utopie, entre ce qu'on sait déjà et ce qu'on ne sait pas encore. Il ne s'agit pas ici de convaincre les opposants au développement durable. Nous souhaitons simplement apporter l'éclairage le plus objectif possible aux principaux sujets en discussion.
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