Auteur : Emilio Salgari
Date de saisie : 03/11/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Découvrance, La Rochelle, France
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-84265-551-8
GENCOD : 9782842655518
Sorti le : 03/10/2007
Emilio Salgari s'est inspiré des récits et journaux de bord rapportés par les explorateurs et navigateurs qui ont approché la terre australe. En effet, le pôle Sud est alors un territoire insolite, hostile, laissant libre cours à l'imaginaire et à la conquête des hommes.
Une expédition américaine est constituée pour tenter de parcourir cette terre polaire. Une machine révolutionnaire est imaginée et construite, un vélocipède à huit roues, d'acier recouvert de peau, motorisé par une chaudière à vapeur. Une équipe anglaise, concurrente, relève le défi des Américains et choisit de traverser le désert de glace à pied. Les hommes s'élancent et gagnent, au prix de multiples efforts et rebondissements, le pôle.
«... Peut-on réellement aller au pôle ?
- Oui et non.
- Ah ! s'écria Wilkye.
- Oui et non, répéta l'Anglais. Je veux dire par là que tant qu'on tentera de s'y rendre avec des navires qui ont des allures de limaces, on les laissera dans la glace.
- Voudriez-vous qu'on y allât à pied ?
- Non le scorbut, les fatigues, le froid excessif mettraient les marins en un tel état qu'ils ne pourraient avancer longtemps.
- Mais alors ?
-... Mais, par contre, j'affirme qu'avec des vélocipèdes, que monteraient des hommes agiles et robustes, on atteindrait le pôle.
Cette bizarre assertion fut saluée par un «Oh !» de surprise générale...»
Emilio Salgari (1862-1911) est l'auteur de nombreux romans d'aventure à succès (Sandokan, Le Corsaire noir...)
Le défi.
«Est-ce vrai ce qu'on dit, monsieur Linderman ?
- Quoi ? que dit-on, monsieur Wilkye ?
- Que l'expédition polaire organisée par vos compatriotes s'est misérablement terminée.
- C'est vrai, répliqua sèchement celui qui venait d'être appelé Linderman.
- Donc votre fameux explorateur a été, lui aussi, vaincu par les glaces.
- Qu'est-ce que cela peut vous faire ?
- Pardieu ! cela peut intéresser beaucoup un honorable membre de la Société géographique des États-Unis.
- Au ton que vous prenez pour me le dire, je puis supposer que vous êtes content de l'insuccès de mon compatriote Smith.
- C'est possible, monsieur Linderman. Que voulez-vous ? Il me plairait davantage que le pôle fût découvert par un Américain que par un Anglais.
- Oui, parlez-en de vos Américains. Voyez comme ils l'ont découvert avec leur Jeannette.
- Vous faites confusion, monsieur Linderman. La Jeannette n'allait pas découvrir le pôle, mais explorer les mers boréales, pour tâcher de trouver un passage libre entre deux mers.
- Elle n'en a pas moins naufragé misérablement, dit monsieur Linderman avec ironie.
- Si elle s'était dirigée vers le pôle, sans perdre plusieurs mois à la recherche de ce passage, elle aurait probablement réussi, répliqua monsieur Wilkye.
- Oui, à se faire écraser par les glaces quelques mois plus tôt. Au surplus, prétendriez-vous que les Américains doivent réussir dans toutes leurs entreprises ? Que croyez-vous donc que soient les Anglais ? Des hommes de papier mâché ! Savez-vous que mes compatriotes naviguaient déjà dans les mers polaires quand en Europe on ignorait encore qu'il existât une Amérique ?
- Alors, pourquoi donc vos grands navigateurs ne l'ont-ils pas découverte, cette Amérique qui fait tant d'ombrage à votre pays ? repartit aigrement monsieur Wilkye. Pourquoi a-t-il fallu qu'un Italien, un Christophe Colomb, fit savoir à vos navigateurs qu'il existait un autre continent ?
- Oh ! en voilà assez ! fit monsieur Linderman avec un brusque mouvement d'impatience.
- Tiens ! s'écria l'Américain, un flegmatique Anglais qui prend feu comme une allumette ! Avez-vous jamais vu rien de pareil, messieurs ?»
Un ensemble de gros éclats de rire se fit entendre autour des deux contradicteurs. Monsieur Linderman se leva, rouge comme une pivoine, et laissa tomber lourdement sur la table qui était devant lui son formidable poing dont le coup fit ressauter les verres pleins ou à demi pleins de bière.
«Calmez-vous, monsieur Linderman, dit une voix. Vous allez devenir enragé.
- Et je vous en prie, dit une autre, ne renversez pas nos verres. Que diable ! vous jetez la perturbation dans le club.»
Des rires encore plus bruyants partirent des divers points de la table autour de laquelle se tenaient une quinzaine de personnes, fumant soit des londrès, des puros ou des pipes monumentales.
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