Auteur : Giorgio Agamben
Traducteur : Martin Rueff
Date de saisie : 02/11/2007
Genre : Philosophie
Editeur : Rivages, Paris, France
Collection : Rivages-Poche. Petite bibliothèque, n° 584
Prix : 5.00 € / 32.80 F
ISBN : 978-2-7436-1714-1
GENCOD : 9782743617141
Sorti le : 24/10/2007
L'amitié
«L'amitié est si étroitement liée à la définition de la philosophie que l'on peut dire que sans elle la philosophie ne serait pas possible. L'intimité entre amitié et philosophie est si profonde que celle-ci inclut le philos, l'ami, dans son nom même.»
Giorgio Agamben relit Aristote pour retrouver la signification de l'amitié. L'ami est un autre soi-même avec lequel on partage le fait d'exister, la douceur même de vivre. C'est pourquoi l'amitié ouvre l'espace d'une communauté et d'une politique qui précèdent toute identité et tout partage.
Giorgio Agamben a reçu le prix européen de l'Essai Charles-Veillon 2007 pour l'ensemble de son oeuvre.
Traduit de l'italien par Martin Rueff.
Collection dirigée par Lidia Breda
1. L'amitié est si étroitement liée à la définition de la philosophie que l'on peut dire que sans elle la philosophie ne serait pas possible. La relation intime entre amitié et philosophie est si profonde que celle-ci inclut le philos, l'ami, dans son nom même. Or, comme il arrive souvent dans les cas de proximité excessive, la philosophie risque de ne pas pouvoir venir à bout de l'amitié. Dans le monde classique, cette promiscuité, et ce caractère presque consubstantiel de l'ami et du philosophe allait de soi, et c'est certainement dans une intention en un certain sens archaïsante, qu'un philosophe contemporain a pu écrire - au moment de poser la question extrême : qu'est-ce que la philosophie ?- qu'il s'agit là d'une question à traiter entre amis. En fait, aujourd'hui, la relation entre amitié et philosophie a été frappée de discrédit et c'est avec une espèce d'embarras et de mauvaise conscience que ceux qui font profession de philosopher tentent de régler leurs comptes avec ce partenaire incommode et, pour ainsi dire, clandestin de leur pensée. Il y a plusieurs années nous avions décidé avec mon ami Jean-Luc Nancy d'échanger des lettres sur le thème de l'amitié. Nous étions persuadés que c'était la meilleure façon d'approcher et, d'une certaine manière, de «mettre en scène» un problème qui semblait se dérober à un traitement analytique. J'écrivis la première lettre et ce ne fut pas sans inquiétude que j'attendis la réponse. Je ne saurais essayer de comprendre ici les raisons (ou les méprises peut-être) pour lesquelles la lettre de Jean-Luc signifia la fin de ce projet. Mais il est certain que notre amitié - qui, selon nos plans, aurait dû nous offrir un accès privilégié au problème - constitua plutôt un obstacle. Et d'une certaine manière, au moins provisoirement, elle en prit ombrage.
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