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L'aîné des Gallian

Couverture du livre L'aîné des Gallian

Auteur : Jean-Max Tixier

Date de saisie : 02/11/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Presses de la Cité, Paris, France

Collection : Romans Terres de France

Prix : 18.90 € / 123.98 F

ISBN : 978-2-258-07217-6

GENCOD : 9782258072176

Sorti le : 02/11/2007

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  • La présentation de l'éditeur

A Mériane, au pied des Alpilles, les Gallian, riches paysans à la tête d'un vaste domaine, appartiennent à l'aristocratie paysanne de la Provence rhodanienne, mais leur avenir est menacé...

La mort de Baptiste Gallian a élevé Anselme, l'aîné, au rang de chef de famille. Henri, le cadet, revient des combats de la Grande Guerre en état de choc : il a perdu le goût de vivre et refuse de s'intégrer dans la société. Les horreurs de la guerre ont définitivement balayé le rêve caressé par Anselme d'une famille nombreuse, puissante et harmonieuse. Lui-même étant veuf, sans héritier, il voit l'avenir des Gallian s'assombrir.
Sur cette terre des Alpilles d'une splendeur tragique, Anselme, seul à vouloir conjurer le sort, parviendra-t-il à sauver l'honneur et la lignée des Gallian ?
C'est dans la terre provençale que Jean-Max Tixier a su puiser ces personnages forts et fiers aux destinées tragiques. En digne cousin de Frédéric Mistral, ce grand conteur manie une prose poétique qui captive et enchante.

Né à Marseille, Jean-Max Tixier s'est essayé avec bonheur à tous les genres : poésie, roman, conte, essai, critique, nouvelles. Il se fait connaître du grand public en collaborant aux ouvrages du célèbre commissaire N'Guyen Van Loc, alias le Chinois. Il a reçu en 1994 le Grand Prix littéraire de Provence pour l'ensemble de son oeuvre (qui compte plus de cinquante ouvrages). L'Aîné des Gallian est son cinquième roman aux Presses de la Cité.





  • Les premières lignes

Anselme Gallian était né de cette terre, comme son père, son grand-père et des générations de Gallian. Ses racines remontaient sans doute à quelque soldat venu avec les légions romaines de Marius pour endiguer la poussée des hordes de barbares teutons. Le général avait établi ses positions sur un éperon rocheux favorable, à la pointe des Alpilles. Plus tard, à la faveur de la paix romaine, ses descendants, troquant le glaive pour l'araire, avaient fait souche. Le soldat s'était mué en paysan.
Anselme en éprouvait une légitime fierté. Il aimait les Alpilles parce qu'il fallait les mériter. Elles exigeaient le respect et l'amour, le travail bien fait, l'ouverture de l'esprit et du coeur, la qualité de l'âme. Il les aimait depuis sa tendre enfance, quand ses parents et ses grands-parents, l'initiant à en saisir les particularités, lui en avaient donné les clés. Il avait compris très tôt la nécessité de leur ressembler pour qu'elles vous admettent. Leur dénuement était richesse, leur solitude force, et beauté leur désolation.
Anselme tenait que dans le périmètre des Alpilles on était plus provençal que partout ailleurs dans la province. La quintessence de la provençalité se trouvait là, dans ce creuset de pierre blanche qui tantôt s'enveloppait de gaze diaphane, quand la roche moussait sous le soleil, tantôt s'amoncelait en masses compactes, dressant des remparts menaçants. Cela dépendait de la qualité du regard et de la luminosité de l'air. Peut-être aussi de l'humeur.
Lui s'adaptait à la mesure des choses. Il avançait dans la vie en accord avec son milieu. Chaque jour, il se promenait à travers la garrigue. Il partait de préférence à l'aube, avant que ne commencent les travaux des champs, ou au crépuscule, après qu'avait sonné l'angélus. Il ne pensait à rien. Il regardait. Il humait l'air de la campagne. Il puisait dans sa terre natale la vertu d'être un homme.
L'impalpable substance diffuse dans l'air le pénétrait par tous les pores. Il se sentait bien, animé d'un flux revigorant. La confiance le gagnait. Voilà, songeait-il avec satisfaction, je suis un homme droit. Il traversait un immense fleuve invisible doté de pouvoirs magiques, un fleuve mythique comparable au Styx dont on assurait qu'il accordait l'invincibilité aux héros en les rendant immortels.
Anselme Gallian n'était pas un héros. Il n'en caressait d'ailleurs pas l'ambition. Mais ici le mythe faisait bon ménage avec la réalité. Malgré l'évangélisation des saints, les dieux païens demeuraient présents. On pouvait parler presque d'égal à égal avec Héraclès, Athéna, Poséidon, Aphrodite, pas avec Dieu le Père.
Il s'assit sur une pierre et s'épongea le front. Le chemin avait disparu. Il se retrouvait en pleine campagne. Cet endroit familier symbolisait les Alpilles. Deux masses rocheuses immaculées émergeaient du sol.
Elles étaient longues, vaguement dégrossies, plates sur le dessus. Elles pesaient sur le sol pareilles à des dolmens. Elles surplombaient un tapis d'herbe jaunâtre. Deux hauts cyprès détachaient de part et d'autre leur flamme vert sombre sur le ciel d'azur miroitant de chaleur.
Il sortit de sa musette un saucisson d'Arles, une miche de pain, une gourde emplie de vin rouge. Il coupa une épaisse tranche dans la miche et, mordant à même le saucisson, mastiqua lentement. Il ne s'arrêta que pour boire une gorgée.


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