Auteur : Alissa York
Traducteur : Florence Levy-Paoloni
Date de saisie : 29/11/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : J. Losfeld, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 24.00 € / 157.43 F
ISBN : 978-2-07-078706-7
GENCOD : 9782070787067
Sorti le : 18/10/2007
1948. Un jeune prêtre, August Day, est nommé dans la petite ville de Miséricorde dans la province de Manitoba. A son arrivée, il célèbre le mariage de Mathilda avec Thomas Rose, le boucher de la ville. Mathilda, très pieuse, se rend à l'église chaque jour pour aider August. De cette intimité naît une histoire d'amour. Et Mathilda tombe enceinte. August Day la rejette. Un demi-siècle plus tard, une nuit de juin 2003, un autre prêtre, Cari Mann, un veuf dont la fille de trois ans est autiste, arrive à Miséricorde. Il souhaite construire un édifice dans les marécages à la lisière de la ville. Mais ce projet va à l'encontre de la volonté de Mary, la fille de Mathilda, élevée dans la tourbière.
Alissa York met à nu les tentations humaines, la violence de l'amour et ses ravages avec une intensité et une sensualité envoûtantes.
Alissa York vit à Winnipeg au Canada. Amours défendues est son premier roman pour lequel elle a remporté dans son pays un grand nombre de prix littéraires. Elle est également nouvelliste.
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Du sang - beaucoup de sang : fluide, écarlate et ruisselant entre les pages comme une rivière sans début ni fin. C'est sous l'empire de ce liquide, synonyme de vie et de mort, que s'écrit le livre splendide d'Alissa York. Avec une maîtrise et une ampleur très surprenantes pour un premier roman, ces Amours défendues se tiennent donc à la frontière entre l'ombre et la lumière, dans un espace perçu comme une zone de combat. Sans cesse en tension, le roman de cette Canadienne de 37 ans met en vis-à-vis les pulsions humaines et les lois qui cherchent à les contenir ou à les emprisonner, dans une lutte sanglante et tragique...
Visiblement très instruite des mystères de la liturgie catholique, Alissa York a bâti son texte comme une succession de chapitres et de sous-chapitres, placés tour à tour sous le signe de la terre, de la chair et de son refoulement...
La manière dont le catholicisme a intégré cette animalité sanglante, entre autres dans la notion de sacrifice et de sang versé, est ici exploitée avec finesse. Le propos n'est pas clairement dénonciateur (la complexité des personnages interdit tout anticléricalisme facile), mais plutôt exploratoire. Comme un boucher vidant une carcasse, l'auteur fouille jusqu'au fond des êtres et de leur hérédité. Le récit qui en résulte est semblable à un enfantement.
BOEUF : UNE BONNE SAIGNÉE
Six heures. Thomas Rose quitte son comptoir et traverse la boutique jusqu'à la vitrine. Train Street s'étire dans la lumière, désertée à l'heure du dîner. Dans la devanture en face, il voit Hy Warner qui se penche avec son balai pour pousser les dernières touffes de cheveux duveteuses dans la pelle. Thomas lève la main au moment où Hy se redresse, pour anticiper le salut du soir du coiffeur. Ce n'est rien - le genre de chose que Thomas mourait d'envie de trouver en arrivant à Miséricorde, Manitoba, bien décidé à y faire sa vie.
Il n'avait peut-être pas fait très bonne impression ce jour-là - une puanteur douceâtre flottait autour de lui tandis qu'il parcourait les couloirs de la mairie - mais il avait un visage honnête, des mains de travailleur et, plus important encore, un acompte en espèces. En outre, cet achat semblait fait pour lui. Le précédent propriétaire de la boucherie s'appelait Ross et Thomas n'avait donc pas eu besoin de débourser de quoi faire une nouvelle enseigne. Il lui avait suffi de transformer le deuxième s en e pour avoir Les Bonnes Viandes de Rose. Pour fêter cela, il avait demandé au peintre en lettres de prendre un petit pot de rouge et lui avait fait ajouter une rose bien ouverte et voyante.
Ayant découvert que la boutique ne possédait pas d'abattoir, il s'attacha tout de suite à transformer le garage. Il fit installer un évier, enfouir un tuyau dans le sol en béton, visser des crochets, installer deux palans. Deux tables, une cuve à cochon, un coffre en forme de V pour les agneaux. Apparemment, le défunt Charlie Ross n'avait acheté que des carcasses préparées et des morceaux en gros. Thomas ne portait pas de jugement. Il savait mieux que personne qu'abattre les animaux était un métier en soi.
L'abattoir a été construit il y a quatre ans et il est rentré dans ses frais depuis longtemps. Il continuera à lui rapporter aussi longtemps qu'il existera des gens qui n'ont pas le courage d'abattre leurs bêtes. C'est le cas d'Ida Stone qui a amené ce matin la génisse attachée là. La pauvre femme - son mari est mort depuis longtemps et elle doit élever les enfants de sa fille ivrogne.
«Ils s'y sont attachés, surtout le garçon, lui a confié Ida pardessus la vache. Vous savez ce que leur fait la ville. Je la garderais bien comme animal domestique si je pouvais, mais une femme dans ma situation n'a pas vraiment le choix.
- Ne vous en faites pas, madame Stone, l'a rassurée Thomas. Elle va vous revenir emballée dans des paquets de papier kraft. Ils n'en sauront rien.»
Il est d'un grand réconfort pour les femmes du village. Elles traînent en papotant dans sa boutique, finissent par acheter de meilleurs morceaux que ceux auxquels elles sont habituées, demandent des conseils de cuisine, combien de temps et à quelle température, et même avec quel accompagnement servir. Il les écoute, il les écoute vraiment. Il n'a pas d'effort à faire non plus - en grandissant, il était le seul ami de sa mère.
Il est également amusant, autre talent qu'il a affûté à la maison en allant repêcher Sarah Rose dans sa morosité. Il impressionne parfois les ménagères de Miséricorde car ses mains sont étonnamment agiles pour leur taille. Sans prévenir, du bout de son couteau, il taille un flocon de neige, un papillon ou un oiseau dans un filet de boeuf.
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