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L'éducation de Henry Adams

Couverture du livre L'éducation de Henry Adams

Auteur : Henry Adams

Préface : Pierre-Yves Pétillon

Traducteur : Franck L. Schoell | Régis Michaud

Date de saisie : 07/11/2007

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Impr. nationale, Paris, France

Collection : La Salamandre

Prix : 28.00 € / 183.67 F

ISBN : 978-2-7427-6073-2

GENCOD : 9782742760732

Sorti le : 03/09/2007

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  • La présentation de l'éditeur

Ecrite à Paris et à Washington, dans les premières années du XXe siècle, l'Education est une oeuvre fondatrice de la conscience américaine, l'un des sommets de la littérature autobiographique : chronique de l'Amérique en dégénérescence, appréhension d'un univers en rupture de raison, Confessions dont le style et le ton sauvent du désastre de la vie, composent le Temps retrouvé. Œuvre fondatrice de la conscience américaine, un des sommets de la littérature d'inspiration autobiographique - dans le sillage des Confessions d'Augustin et de Rousseau, des Essais de Montaigne, des Mémoires d'outre-tombe de Chateaubriand dont il est une version «en creux» -, ce livre inclassable est un anti-Bildungsroman dont le ton ironique et la conscience d'un monde en rupture de raison et de certitudes annoncent l'oeuvre de Musil et inspireront celle de Thomas Pynchon. Power is poison Quel lignage ! John Adams, l'«arrière-grand-père fondateur», signataire de la Déclaration d'indépendance, successeur de Washington puis en rupture de politique. Le grand-père, John Quincy, ambassadeur, fédéraliste en rupture, lui, de parti, ministre, inspirateur de la «Doctrine de Monroe», président non réélu - lui non plus ! -, héraut de l'anti-esclavagisme. Le père, Charles Francis, ambassadeur de l'Union à Londres pendant la guerre de Sécession, poste crucial et symbole de l'émancipation définitive vis-à-vis de l'Angleterre. Un frère cadet, Brooks, théoricien des échanges entre civilisations et de la décadence morale... Henry est le fils de l'Amérique idéaliste, patricienne, réfractaire aux compromis autant qu'aux mutations, un «enfant du XVIIIe siècle». En face : l'appétit brutal de pouvoir du nouvel homme américain. Pas seulement du général- président Grant, le simple qui jugeait que «Venise serait belle si elle était asséchée» et dont Adams tire argument contre le darwinisme : «Qu'un tel homme, deux mille ans après César et Alexandre, soit l'ultime produit de l'évolution, ridiculise l'évolution»... mais aussi les dirigeants de la génération d'Adams qui vont transformer l'Amérique : le président Mac Kinley, manager du capitalisme et de l'impérialisme naissant, à l'instar de Rockefeller et de Pierpont Morgan, «combinant les gouvernements comme des chemins de fer ou des hauts fourneaux» ; et surtout Théodore Roosevelt, incarnation du pouvoir et de l'énergie sans limites ni raison : «il était pure action» (ce n'est pas un compliment). Adams reste en retrait. Témoin, conscience intellectuelle, acteur par procuration, grâce notamment à l'action de son «double», John Hay, Secretary of State, l'initiateur de la grande politique «Atlantique» qui dominera le siècle à venir ? Plus modestement, du moins en apparence, l'apprenti, The Student, qui accompagne, observe et analyse, juge cruellement, sans aboutir pour autant à une quelconque vérité politique. Ce mystérieux repli d'un héritier naturel est le mouvement même de l'oeuvre, toute de déception, au sens où l'auteur se détache du monde et de l'illusion de l'influencer, se contentant d'en être l'historien, le mécano qui en démonte les pièces et les ressorts secrets. The abyss of ignorance Ces ressorts, à défaut d'être des idéaux, sont-ils au moins rationnels ? Nullement. L'épisode de l'ambassade de Londres - l'un des temps forts du livre - l'illustre à loisir. Le jeune secrétaire de l'ambassadeur impute naïvement la politique hostile à l'Union et la duplicité du cabinet Palmerston/Russell/Gladstone à une volonté cohérente et cynique de division... là où tout n'est qu'hésitation, incertitudes, navigation à vue, palinodie, «un puzzle sans direction, sans même le fil d'une intrigue». Le «chaos de l'âme humaine» interdit tout plan, tout calcul, même aux prétendus «experts». Ainsi de Lincoln quand s'ouvre la guerre : peut-être savait-il ce qu'il fallait faire dans l'immédiat, en mars... mais «aucune ligne de conduite pour mars n'était valable pour avril» ! Pas plus que Palmerston n'est le Prince de Machiavel, Lincoln ne saurait être le clairvoyant Périclès de la guerre du Péloponnèse. Ni l'historien Adams - professeur de droit à Harvard, président de l'American Historical Association - un moderne Thucydide fondant l'histoire sur la raison et intégrant aux motifs psychologiques l'irrationnel de la «nature humaine». Le territoire de l'historien est ailleurs. Déceler les forces d'attraction ou d'impulsion qui infléchissent le cours de l'Histoire, en accélèrent les phases, déclenchent les ruptures. «L'enfant du XVIIIe siècle» naît en 1838, en même temps que certaines inventions techniques majeures : le transatlantique (1838), le chemin de fer (1840), le télégraphe (1844), le daguerréotype (1839). Il est fasciné par les Expositions universelles de Chicago (1893) et de Paris (1900) auxquelles il consacre deux chapitres de l'Education (il visite cette dernière avec, pour guide, son ami Samuel Langley, inventeur de l'aéroplane). Va-t-il pour autant, dans le sillage de l'esprit des «Lumières», celui de Turgot et de Condorcet, «positiver» avec Auguste Comte et John Stuart Mill ? Ou, tout «darwiniste avant la lettre» qu'il assure être, prêter foi à une théorie - sans preuves, écrit-il - de l'évolution entendue comme progrès (chapitre XV : Darwinisme) ? Au contraire : le fonds rationaliste de la pensée occidentale, de Bacon et Descartes à la «synthèse supérieure» de Hegel, croyant résoudre les contradictions et relancer le mouvement vers l'avant du «savoir absolu», se heurtent à la complexité infinie de l'univers que dévoilent les dernières découvertes de la physique : électromagnétisme, principe d'entropie de la thermodynamique, théorie cinétique des gaz, jusqu'à la «bombe métaphysique» de la découverte du radium par Marie Curie et au relativisme de Poincaré, subvertissent les explications mécanistes et rationnelles de l'univers et substituent à l'idéal d'unité le vertige d'une multiplicité sans fin. «Le chaos était la loi de nature, l'ordre était le rêve de l'homme.» Rupture totale, aussi décisive, assure-t-il, que celle qui, après la mort de Dioclétien, au début du ive siècle, coupa la Cité de Dieu d'Augustin de la Cité de Rome. Si la force d'attraction et d'unité fut, au Moyen Age, l'amour divin incarné dans la figure de la Vierge de Chartres, la Dynamo est la force d'entraînement aveugle qui accélère l'Histoire et en pulvérise le sens. L'Education, issue de l'essai Mont-Saint-Michel et Chartres, en est le pendant américain et moderniste, la vision d'un futur en Waste Land d'Eliot, en Zone de Pynchon. Like a romance La discontinuité, la complexité, l'échec sont donc au coeur de l'oeuvre, «écheveau emmêlé» - comme il dit de la science - de thèmes multiples, d'allusions, de leitmotive obsessionnels - au premier rang desquels celui de la Femme, d'autant plus remarquable qu'un silence absolu est fait sur les deux femmes réelles de sa vie : la sienne, qui se suicida (l'Education s'impose une interruption de vingt ans), et celle qui fut son égérie, la jeune épouse du sénateur Cameron. Mais il s'agit d'un récit, non d'un essai, encore moins d'un traité. A son ami Henry James, Adams écrit son admiration pour les Confessions d'Augustin qui avait, mieux que tous, Rousseau compris, «une idée de la forme littéraire, le souci d'écrire une histoire avec une fin et un sujet, non pour le sujet en soi mais pour la forme, comme un roman». La composition du récit à facettes et ce ton unique, mélange d'humour et d'ironie - jeu incessant, de l'understatement au dénigrement de soi, distance non sans complaisance, rappelant parfois l'indulgence de Stendhal pour Fabrice - donnent forme esthétique à l'expérience de l'aporie et de l'échec, ce «néant senti et recréé», selon Proust, par la vertu rétrospective du récit. Art, lui-même, de la discontinuité, «fragmentaire par essence», comme celui de son ami et autre double, John Lafarge, le créateur de vitraux, pour qui l'authentique originalité de l'artiste (eccentricity) reflète la convention dont elle n'est que nuance : «a tone - a shade - a nuance».





  • La revue de presse Nathalie Crom - Télérama du 7 novembre 2007

En quoi consiste-t-elle, cette Education de Henry Adams ? Il s'agit d'un récit de formation, dont l'auteur n'est autre qu'un certain Henry Adams (1838-1918), qui choisit un jour d'entreprendre le récit de sa vie à la troisième personne...
Qu'allait-il advenir de cet homme nourri des Lumières, aspirant à l'ordre et au calme, et contraint d'évoluer dans un monde moderne que la science, les techniques nouvelles, la remise en cause des valeurs morales rendaient toujours plus étourdissant et chaotique ? Tel est l'enjeu de ce récit où se mêlent un tableau de la vie américaine de la seconde moitié du XIXe siècle, une méditation sur l'histoire et les forces qui la gouvernent, enfin un autoportrait ironique et minutieux.


  • La revue de presse Mathieu Lindon - Libération du 1er novembre 2007

La famille Adams, ce n'était pas la famille Addams. L'arrière-grand-père de Henry Adams fut président des Etats-Unis (succédant à George Washington). Le grand-père de Henry Adams fut président des Etats-Unis. Le père de Henry Adams était ambassadeur à Londres lors de la guerre civile pour couper les liens avec l'Angleterre. Les Adams furent ainsi considérés comme «une sorte de «famille royale» en démocratie», écrit Pierre-Yves Pétillon dans sa riche présentation de l'Education de Henry Adams, d'abord paru en 1907 sans nom d'auteur (puisque ce nom est dans le titre), comme une espèce d'«autobiographie nationale»...
Lors d'une récente enquête de la Modern Library sur «les cent meilleurs livres», il a été classé premier dans la catégorie «essais».


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