Auteur : Michèle Decoust
Illustrateur : photographies de Nicole Viloteau
Date de saisie : 01/11/2007
Genre : Guides Tourisme, Voyages
Editeur : Ed. du Panama, Paris, France
Prix : 39.00 € / 255.82 F
ISBN : 978-2-7557-0070-1
GENCOD : 9782755700701
Sorti le : 11/10/2007
Alice Springs, Broome, Ayers Rock-Uluru, le Red Heart...
Loin des clichés de l'Australie des surfers et des cols blancs, un voyage dans un monde brutal, à la faune et la flore extravagantes. Sur cette terre de poussière pourpre, de rivières à sec palpitant d'eucalyptus, de gorges ensevelies sous les fougères géantes ou des cascades de roches, sur cette terre du début du monde, ou de sa fin, on rencontre des orpailleurs, des cueilleurs d'opales, des pêcheurs de perles, des Aborigènes étrangers sur leurs propres territoires... des gueules !
Regards croisés et pareillement amoureux sur un continent fascinant et encore sauvage.
LES AUTEURS
Michèle Decoust est de ces femmes qui savent à la fois vivre des aventures de baroudeuses, ouvrir leur coeur aux autres cultures et rayonner en grandes dames raffinées. Son lieu de prédilection, c'est l'Australie où elle a séjourné à plusieurs reprises, s'est mariée avec un aventurier de haut vol, a tenu un bateau de pêche sur l'océan Indien, puis vécu sui ranch. Et les Aborigènes sont devenus ses amis. Elle est notamment l'auteur de Mon oncle d'Australie (Seuil/Métaillié, 2000), Australie, les pistes du rêve (J.C, Lattes, 2000) et de Le Rêve de White Spring (Seuil, 2004).
Diplômée des Beaux-arts, herpétologue, photographe-reporter, Nicole Viloteau écrit pour des magazines français et étrangers. Elle est l'auteur de plusieurs best-sellers : La Femme aux serpents (1985), Les Sorciers de la pleine lune (1990), Les Dragons de Komodo (1 992), Bivouacs (2000) (Éditions Àrthaud). Nicole Viloteau consacre sa vie à l'exploration en solitaire. Confrontée aux conditions extrêmes lors de ses expéditions longue durée en Australie et en Afrique, mordue à la cuisse par un mamba en pleine forêt vierge, rapatriée in extremis en hélicoptère à la suite d'un accident avec un buffle, elle s'implique à fond dans sa passion de naturaliste. Initiée à la survie en brousse par les Aborigènes et les tradipraticiens gabonais, elle a parcouru des milliers de kilomètres à pied, par tous les temps et en tous lieux.
Extrait du prologue :
Le bush. Ce seul mot, à peine prononcé, résonne contre le palais, se propage de la gorge au plexus, du plexus à l'estomac, ne laisse aucun espace intouché. Le bush australien, il y a vingt ans, m'a happée. En un instant.
J'y avais pris le Greyhound de Sydney à Alice Springs, vieux carrosse bringuebalant alors sans toilettes ni air conditionné, musique d'ambiance ou TV. Deux jours et une nuit de traversée. Le conducteur, entre deux commentaires sur «son» bush et les rares bourgades croisées, faisait dans le micro des plaisanteries grasses, comme s'il promenait sa petite famille. La tête appuyée contre la vitre, je me laissais porter par le doux ronron, la voix chaude de Tom, notre guide, la monotonie beige des déserts parsemés de buissons résineux, les spinifex, cet espace à perte de vue, sans bornes ni repères... qui peu à peu me faisait lâcher les miens. Quatre jours plus tôt, j'étais à Paris. Un passage éclair à Sydney, nacre fade, et j'avais sauté dans le premier bus pour Alice. Deux jours aux antipodes, et ma vie si remplie me paraissait soudain agitée, perdait sa consistance, s'effilochait à chaque tour de roue. Mon regard glissait sur les étendues mornes, les festons des hôtels victoriens, les pubs en zinc des stations d'essence, sans que rien ne l'accroche. Je régressais avec bonheur.
Et puis, un imperceptible changement de couleur m'a fait me redresser, le beige se colorait d'une légère teinte rosée. Les buissons se resserraient, des feuilles rondes et épaisses masquaient les épines, des traces anciennes de cours d'eau sillonnaient le désert comme les rides d'un visage, le rendant unique, singulier. C'est alors que Tom nous a annoncé d'une voix solennelle : «Dans cinq minutes, nous allons traverser la plus vieille rivière du monde, la Finke River. Qui veut descendre ?»
Je fus la seule à m'avancer vers le long ruban pourpre bordé d'eucalyptus. Au milieu du lit sablonneux, je me suis agenouillée. J'ai empli mes mains de poussière rouge, j'ai respiré son parfum de vieux parchemin, je l'ai laissée filer entre mes doigts. Je l'ai vue s'envoler vers les feuilles tremblantes des arbres aux troncs blancs, danser dans le miroitement de leur vert argent... Et je n'ai pu me relever. Perdue sur le plus ancien continent du monde, tombée dans sa rivière immémoriale, je sentais mes jambes pousser, s'enfoncer comme les racines puissantes d'un baobab millénaire. Je prenais corps, faisais souche, retrouvais la trace d'un parcours interrompu depuis trop longtemps... Le bush venait de m'absorber. Cette terre était la mienne.
Quatre heures du soir, ce même jour. Lumière déjà rasante. La terre n'a cessé de rougir et de se couvrir de chaos rocheux. Nous sommes entrés dans le Red Heart, le centre rouge de l'Australie, son coeur battant.
Je guette Alice Springs, le nombril, l'épicentre. Au loin se dessine une longue chaîne de collines aux lentes ondulations coiffées d une crête acérée, les MacDonnell Ranges, immense dragon endormi sous les flammèches or et pourpre du couchant. Un jogger échappe de la ville, au front ceint d'un bandeau arc-en-ciel, nous croise sans nous voir, courant droit devant, tel l'antique messager. Le bus s'engage dans une trouée, gorge abrupte creusée dans la colline. De l'autre côté surgit Alice, maisons basses et blanches entourées de jardins impeccables qui bordent une large route principale. A l'entrée, une douzaine de vieilles dames en tenue de tennis immaculée et petit bob blanc jouent au bowling sur des gazons drus d'un vert éclatant. Devant un grand magasin Coles, des femmes vident dans le coffre de 4x4 rutilants des caddies emplis de barquettes de saucisses, cuisses de poulet, épis de mais et tomates calibrées. Un groupe de fonctionnaires au teint rouge brique, en shorts et longues chaussettes beiges, sort de la poste en file indienne pour s'engouffrer dans le pub juste en face. Le bus oblique, longe le lit à sec de la Todd River qui sépare la ville en deux.
C'est là que je LES vois, autour d'un feu dans le sable, ombres titubantes et vociférantes agitant leurs bouteilles de rhum. J'aperçois juste des regards injectés de sang, des têtes de terre glaise aux cheveux en broussaille, des os de boeuf brandis comme des gourdins... Plus que la misère, je ressens le vide, l'implosion de tous les repères, le désespoir sans fond. Comme après une déflagration. Je descends du bus, mon motel est juste avant la sortie de la ville.
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