Auteur : Gilles Sauron
Date de saisie : 01/11/2007
Genre : Art - Peinture
Editeur : Picard, Paris, France
Collection : Antiqua
Prix : 59.00 € / 387.01 F
ISBN : 978-2-7084-0767-1
GENCOD : 9782708407671
Sorti le : 15/10/2007
A PEINTURE ALLÉGORIQUE apparaît dans les décors intérieurs des maisons romaines à la fin des années 80 avant J.-C. Elle disparaît une quarantaine d'années plus tard avec la génération qui l'avait mise à la mode, dans les convulsions politiques qui ont succédé à l'assassinat de César, aux Ides de mars 44 avant J.-C. Les somptueuses compositions représentant des architectures en partie imaginaires et vides de toute présence humaine ont été pieusement préservées par les propriétaires successifs des demeures, en raison sans doute de la qualité de ceux qui les avaient commandées, jusqu'à ce que l'éruption du Vésuve les conserve à son tour et nous permette de les admirer.
On suit ici cette mode décorative, depuis sa naissance probable au Palatin, chez un des chefs de la faction conservatrice de l'aristocratie sénatoriale, jusqu'à sa phase finale dans des villas de la riche zone résidentielle du golfe de Naples. La signification de ces peintures est analysée en détail, par une tentative de retrouver le regard des propriétaires qui les ont fait exécuter. Il s'agit aussi bien de reconstruire dans tous ses aspects la mémoire de ces personnages que leurs habitudes de perception visuelle. Parmi le groupe des jeunes aristocrates décidés à résister aux entreprises des populares, et qui étaient allés chercher chez les philosophes d'Athènes des raisons de croire en leur destin, se détache la grande figure de Cicéron, qui possédait une résidence sur le territoire de Pompéi. C'est une des ambitions de cet ouvrage que d'essayer de faire revivre quelque chose de ce qui fut le regard de Cicéron.
Extrait de l'avant-propos :
Cet ouvrage traite d'une phase courte mais extrêmement brillante de l'histoire de la peinture romaine, qui concerne les phases précoces de ce que l'on appelle le «deuxième style pompéien». Si le document le plus illustre de cette période reste la mégalographie dionysiaque de la villa des Mystères, on aurait tort de négliger les compositions d'architectures peintes, dont la qualité technique est souvent stupéfiante, et dont l'interprétation, sujette à de nombreuses controverses, m'a paru devoir être entreprise par un recours au concept d'allégorie. Cet ouvrage n'est pas un traité systématique sur le deuxième style pompéien. Même si des documents capitaux ont été mis au jour depuis leur parution, les deux volumes consacrés au deuxième style par le Hollandais H. G. Beyen demeureront un acquis irremplaçable de la science sur ce sujet. Il s'agit ici de proposer une explication globale de l'apparition, du développement et de la disparition du deuxième style précoce à l'intérieur de quelques décennies qui se confondent avec la fin tumultueuse de la République romaine, de l'extrême fin du IIe siècle avant J.-C. aux années 30 avant J.-C.
On trouvera dans cet ouvrage certains prolongements à l'ouvrage que j'ai publié il y a dix ans sous le titre «Quis deum ?» L'expression plastique des idéologies politiques et religieuses à Rome à la fin de la République et au début du Principai. J'avais emprunté ce titre latin (Quis deum ?, Lequel des dieux [sauvera Rome] ?) à un leitmotiv d'Horace (Odes, I, 2, 25-26 : Quem uocet diuum populus ruentis / imperi rébus ?, «Qui des dieux le peuple doit-il appeler au secours de l'empire croulant ?» ; 12, 1-3 : Quem uirum aut heroa lyra uel acri / tibia sumis celebrare, Clio ? / quem deum ?, «Quel homme ou quel héros sur la lyre ou sur la flûte perçante entreprends-tu de célébrer, Clio ? quel dieu ?»), pour signifier que j'entendais m'occuper de décors romains dont la signification se situait aux confins du politique et du religieux, à une époque troublée où les chefs de faction se disputaient la popularité de certains dieux pour mobiliser leurs troupes et démoraliser leurs adversaires. «Lequel des dieux permettra de vaincre la faction adverse, de mettre un terme aux guerres civiles, ou encore, comme dit Horace, de sauver l'Empire romain de la ruine ?», voilà une question qui est restée d'actualité à Rome pendant un siècle, de l'aventure des Gracques (133-121 avant J.-C.) jusqu'à la bataille d'Actium (31 avant J.-C.) qui permit la victoire définitive d'Auguste, le fils adoptif de César. Parmi les documents que cette enquête rencontrait, il en est qui ont depuis longtemps opposé à la critique moderne une résistance apparemment invincible dont témoignent les nombreuses divergences d'interprétation qu'ils ont suscitées. Je veux parler d'abord des fresques dites de «deuxième style pompéien», parmi lesquelles la fameuse peinture de la villa des Mystères, que j'ai déjà eu l'occasion de commenter pour la collection «Antiqua».
À lire les nombreux comptes rendus qui ont suivi la publication de mon «Quis deum ?», je me suis aperçu que la méthode que j'avais alors suivie n'a pas toujours été bien comprise par une petite minorité de mes recenseurs. C'est pourquoi il m'arrivera de répondre à des préjugés plutôt qu'à des objections, et, pour le reste, comme on disait jadis dans les tribunaux, je passerai outre aux débats. Plutôt donc que de me livrer à de vaines polémiques, je crois utile de préciser de nouveau ici les objectifs que je m'étais fixés et la démarche que j'avais adoptée pour y parvenir. Dans le cadre général du questionnement que je viens d'indiquer (Quis deum ?, «Lequel des dieux [sauvera Rome] ?»), il m'est rapidement apparu que l'interprétation des fresques «de deuxième style pompéien» occuperait une place centrale dans cette étude, pour la simple raison que leur forme évidemment énigmatique ne pouvait avoir été employée que pour masquer des vérités essentielles. Mais comment faire pour les comprendre ? Il faut ici introduire une distinction. Certaines de ces fresques, les plus rares, représentaient des personnages : c'est à ces décors que l'on applique, sans doute avec raison, l'appellation de «mégalographies» empruntée à Vitruve. Pour tenter d'élucider leur signification, il fallait retrouver la démarche de leur véritable auteur (qui n'est pas nécessairement le peintre qui les a réalisées), et qui a voulu masquer le sens qu'il leur donnait. Il convenait donc de tenter de retrouver à la fois le regard, la mémoire et les aspirations de cet auteur inconnu. Et pour cela une seule méthode : partir évidemment d'une analyse extrêmement détaillée de la peinture et retrouver tous les contextes auxquels elle se rattachait. Pour la villa des Mystères, par exemple : le contexte de Pompéi vers 60 avant J.-C., mais aussi la mythologie et les diverses formes de dévotions dionysiaques, ainsi que les modes d'expression utilisés par les peintres de l'époque (les divers types de composition des frises, le symbolisme des gestes, l'utilisation des objets représentés etc.). Pour les peintures dont le thème majeur consistait à représenter des architectures sans rapport évident avec le paysage monumental alors visible dans les pays méditerranéens, il convenait de se demander si des décors aussi peu réalistes relevaient de simples jeux graphiques révélant la virtuosité des peintres dans le rendu du trompe-l'oeil et de la perspective, ou si on n'avait pas affaire à des représentations allégoriques. Et c'est pourquoi j'ai dû enquêter sur la vaste question du symbolisme des formes architecturales dans le contexte de l'époque, non seulement celui de l'Italie de la fin de la République, mais plus largement celui de la Méditerranée hellénisée.
Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli