Auteur : Bernard Frank
Date de saisie : 18/12/2007
Genre : Littérature, essais
Editeur : Grasset, Paris, France
Prix : 24.50 € / 160.71 F
ISBN : 978-2-246-71511-5
GENCOD : 9782246715115
Sorti le : 17/10/2007
Préfaces de Jean-Paul Kauffmann, Eric Neuhoff, Claudine Vernier-Palliez
Il n'était nullement désordonné. Il fallait simplement dresser l'oreille, lire et écouter attentivement. Les idées s'emboîtaient parfaitement dans les mots. Le marmonnement n'était là que pour nous abuser. Il nous faisait croire au décousu de ses chroniques, à l'emmêlement de sa conversation. Rien n'était en fait plus organisé, plus construit, plus adroit que cette écriture faussement négligée. Cet homme-là nous a bien possédés.
Jean-Paul Kauffmann
Maintenant, il nous reste à relire du Frank, nous enfoncer dans cette prose duveteuse, reconnaître ces phrases au premier coup d'oeil, ces subordonnées qui s'enchantent d'elles-mêmes, ces parenthèses alambiquées qui retombent sur leurs pieds, ce fil qui fait semblant de zigzaguer. On lit ces pages comme on lit dans les lignes de la main - on y apprend des choses sur soi.
Éric Neuhoff
Bernard n'était pas fait pour le mariage. Il était fait pour l'amour. On n'épouse pas un homme parce qu'il vous fait rire. Mon père me l'avait bien dit. Nous n'avons jamais eu de conversation de couple entre nous, nous parlions de tout mais pas de nous, et le jour de notre divorce, nous n'en avons pas eu non plus. «Je vous déclare divorcés, a dit la juge, et c'est sans appel.» N'ayant pas bien compris ce qu'elle entendait par «sans appel», je lui répondis : «Ça m'étonnerait puisqu'on s'appelle tous les jours.» Elle quitta son bureau en claquant la porte et Bernard éclata de rire.
Claudine Vernier-Palliez
Bernard Frank {1929-2006), écrivain, chroniqueur au Matin de Paris, au Monde et au Nouvel Observateur, a été une des figures marquantes de la vie littéraire de la deuxième moitié du XXe siècle, et l'un des meilleurs écrivains de son temps.
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Plus que tout, Bernard Frank est resté un homme de chroniques. Dans cet espace qui lui fut réservé au «Matin de Paris», au «Monde», puis, ultime demeure, au «Nouvel Observateur», il bougonnait, râlait, encensait...
La phrase pouvait être sinueuse, le trait jaillissait, drôle, féroce ou injuste. Bernard Frank a succombé à un arrêt du coeur. On ne s'étonnera donc pas qu'il ne soit plus parmi nous. Car enfin, comment aurait-il pu écrire sans coeur ?
Même s'il avait l'air un peu ailleurs, dans les nuages, soudain, une phrase, un mot, une remarque tombait sur la conversation comme un javelot en pleine cible. Bernard Frank n'était pas un caramel : s'il lui arrivait d'être tendre, il n'était jamais mou. Pendant vingt-cinq ans, il a incarné une certaine érudition et une forme d'humanisme, léger, sarcastique et futile, mais intransigeant sur les principes de tolérance. Il ne se drapait dans aucune bannière, mais il voyait tous les ridicules de ceux qui se servent des grands mots pour de petits calculs. Relisez les chroniques du «Monde». Dans ce cadre solennel, sa petite clochette apportait une touche bien plus hérétique que les grands éditoriaux sermonneurs habituels. Pasqua et Shakespeare, Larousse et Mitterrand, le Goncourt et les intrus de la Pléiade, les vins de Bourgogne et le xérès, il sautait du coq à l'âne, mais soudain on prenait conscience que l'intelligence sans le charme, c'est un cheval sans selle. Et on savourait ce qu'il incarnait mieux que personne : l'esprit parisien.
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