Auteur : Duncan Falconer
Traducteur : Luc de Rancourt
Date de saisie : 31/10/2007
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Nimrod, Paris
Prix : 19.50 € / 127.91 F
ISBN : 978-2-915243-09-3
GENCOD : 9782915243093
Sorti le : 23/10/2007
«Duncan Falconer sera inévitablement comparé à Andy McNab. Mais je n'hésiterai pas a dire qu'il lui est supérieur» Mail on Sunday
Exclusivement recrutés parmi les Royal Marines, l'unité combattante la plus ancienne et la plus décorée au monde, les hommes du Spécial Boat Service subissent un entraînement inimaginable dans des conditions extrêmes.
Aujourd'hui encore, ils forment l'une des unités les plus redoutables des forces spéciales. Les hommes du SBS furent les premiers à prendre position sur l'archipel des Malouines - un mois avant les unités du SAS. Ils furent également les premiers à pénétrer en territoire irakien, bien avant le déclenchement des offensives terrestres, lors des deux guerres du Golfe.
En Première Ligne est un témoignage vécu de l'intérieur, écrit par Duncan Falconer, qui fut la plus jeune recrue du Spécial Boat Service. Il raconte l'entraînement impitoyable - un processus de sélection à la limite du supportable -et dévoile pour la première fois le déroulement de différentes opérations spéciales, antiterroristes ou militaires, auxquelles il a participé en Irlande du Nord, en Bosnie et au Proche-Orient.
Traduit de l'anglais par Luc de Rancourt
C'était ma première embuscade. J'attendais deux hommes que je n'avais jamais vus pour les tuer. Noël approchait, il faisait froid et humide. J'avais vingt ans, j'étais tout seul face à la porte de derrière d'une ferme en pierre bâtie plus d'un siècle auparavant et j'avais un équipier venu de l'autre unité des forces spéciales, un SAS, qui couvrait la façade avant, quelque part de l'autre côté. Les nuages étaient bas et lourds, ce qui rendait la nuit exceptionnellement noire. Je restais immobile, accroupi comme une statue gothique dans l'obscurité, comme si je faisais partie intégrante de cette ruine couverte de mousse. La ferme s'étalait dans un creux de cette campagne irlandaise détrempée, parsemée de buissons et de quelques arbres. Tout était noir. Les petites branches grêles et dénudées que je distinguais autour de moi ressemblaient à des bouts de charbon de bois qui se détachaient sur le fond du ciel, à peine plus clair. J'essayais d'imaginer à quoi ressemblaient les alentours, une façon comme une autre de passer le temps en attendant ceux qui devaient arriver.
J'étais assis sur une petite butte de terre encombrée de racines sous un arbre tordu planté près de la porte, les mains serrées sur mon fusil d'assaut, un M16 noir étanche. La sûreté était levée, je tenais de la main gauche une poignée allongée en forme de barre de chocolat. Mon gant était détrempé. De la main droite, je tenais la poignée-pistolet. Il fallait que mes doigts restent sensibles et libres pour presser instantanément la détente. Tout autour de la ferme, le terrain était un marécage de boue liquide piétiné par les humains et les animaux, qui y avaient laissé une multitude d'empreintes. Tous ces trous étaient remplis d'eau de pluie. On aurait dit qu'une armée venait de passer.
L'air était immobile, tout était silencieux. Un petit rai de lumière filtrait par la porte, sans doute une ampoule faiblarde que l'on avait laissée allumée. Tout près, la porte faisait comme un rectangle noir, ce qui était assez ennuyeux, mais j'étais invisible, le mur de la maison était juste dans mon dos. Quiconque s'approcherait de cette porte passerait obligatoirement devant moi et je ne pouvais le manquer lorsque j'appuierais sur la détente. J'étais obligé de rester tout près : si je m'étais posté plus loin, je ne les aurais pas distingués assez bien pour faire mouche du premier coup.
On ne nous aurait jamais envoyés en patrouille avec l'ordre net et précis de tuer quelqu'un, mais, dans certains cas, cette issue était inévitable. Arrêter un prisonnier évadé, un meurtrier bien identifié, un individu armé et bien décidé à utiliser son arme mais pas à se rendre, voilà qui ressemblait au duel du shérif et du bandit dans un vieux western. Celui qui tirait le premier et abattait sa cible avait gagné.
J'avais été un peu surpris lorsqu'on m'avait annoncé que je serais seul, mais n'en avais rien montré. Il était assez rare de se retrouver tout seul pour monter une embuscade, mais je ne le savais pas alors. Nous étions plusieurs à assister au briefing, rassemblés dans la salle télé de notre base secrète, dans un camp de l'armée de terre. Il y avait là, mélangés, des SBS et des SAS. La télé était allumée jour et nuit, sauf au cours des briefings. Ceux qui n'étaient pas impliqués dans les opérations de la nuit, essentiellement des administratifs, regagnaient leurs chambres, le temps que nous en terminions. Quand nous partions, ils revenaient devant le poste en se vautrant dans les fauteuils qui puaient et que l'on ne nettoyait jamais.
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