Auteur : Unni Nielsen
Traducteur : Jean-Baptiste Coursaud
Date de saisie : 31/10/2007
Genre : Jeunesse à partir de 13 ans
Editeur : Ed. du Rouergue, Rodez, France
Collection : DoAdo. Monde
Prix : 11.50 € / 75.44 F
ISBN : 978-2-84156-898-7
GENCOD : 9782841568987
Sorti le : 02/11/2007
Unni Nielsen
Rita, New York, 1964
Lorsque Rita, une jeune Norvégienne, débarque à New York en 1964, le rêve américain brille toujours aussi fort pour ceux qui viennent d'ailleurs. Et tout s'enchaîne si vite quand on a dix-huit ans. Elle rencontre Ove, un garçon silencieux. Ils passent des nuits ensemble à s'aimer sur le toit de leur immeuble, à Brooklyn. Mais durant cet été si chaud de l'année 1964, la roue de l'Histoire tourne vite. Ove est appelé par l'armée américaine pour aller se battre au Vietnam. Personne ne proteste contre cette guerre. Pas encore. Et Rita n'ose pas lui écrire ce secret dont elle est si fière. Bientôt, la guerre sera terminée, non ?
Rita, New York, 1964, est un roman d'amour et de guerre. Un roman sur la guerre du Vietnam. Sur toutes les guerres qui n'en finissent pas de finir et sont une «maladie de l'âme», comme t'a dénoncé, dans ces années-là, Martin Luther King. Pour l'écrire, Unni Nielsen s'est souvenu de ses années 60, quand une certaine jeunesse s'éveillait à la conscience politique, mais aussi à ces musiques nouvelles qui portaient tant de révoltes et tant de rêves.
Auteur norvégien reconnue, Unni Nielsen, (1942-1995), a commencé à écrire pour les adultes avant de se consacrer presque exclusivement à la littérature jeunesse. Elle a écrit tantôt des polars, tantôt des livres sur des sujets dits de société, en portant son regard sur le monde comme il ne va pas. La guerre de Rita, publié en 1995, a été couronné du prix du meilleur roman pour la jeunesse par sa maison d'édition Tiden. Ce roman a été traduit en allemand et en danois.
Nous sommes le 22 novembre 1963 et Rita a dix-huit ans. Elle est télégraphiste à bord de l'Albion. L'Albion parcourt la route de la banane pour la United Fruit Company. Il vient de quitter le Honduras et met le cap vers New York. Il ne transporte pas de bananes - il ne manquerait plus que ça. Non, l'Albion transporte des colis et répand les mouches et les petits serpents verts présents dans les régimes de bananes. Son circuit part de New York, passe par le Belize, le Honduras, le Guatemala, le Nicaragua, pour enfin revenir à New York. Parfois, il fait un crochet par une île des Caraïbes : les Bahamas, les Bermudes, Trinidad, la Jamaïque. Mais jamais il n'accoste à Cuba. Aucun bateau n'accoste plus à Cuba, rapport à l'embargo économique.
Il faut un mois pour boucler le trajet. Mais l'Albion est un vieux bateau, qui ne respecte jamais les horaires auxquels il est astreint. En conséquence, la United Fruit a renoncé à un affrètement à temps de l'Albion et le cantonne à faire du cabotage. Il vient aujourd'hui, au petit matin, de passer Key West, la pointe sud de la Floride. Sa destination le mène aux quais de la United Fruit Company, sur l'East River, le long de Manhattan.
L'Albion navigue au profit de la United Fruit Company qui a destitué cette année le président du Honduras pour mieux en instituer un autre, un nouveau qui ne parle pas de réforme agraire. Rita en a eu des échos quand elle était à Puerto Cortés. C'était un fait divers. Après tout, les présidents vont et viennent au Honduras.
À Puerto Cortés, comme dans toute l'Amérique latine, les pauvres rêvent de réforme agraire. Ils en rêvent depuis des siècles et c'est un rêve humble, un rêve de rien du tout, qui tient à ça : avoir le droit de travailler pour gagner leur nourriture et assurer la subsistance de leur famille - pas plus que ça. Car en Amérique latine, du Mexique au nord jusqu'en Argentine et au Chili au sud, les terres appartiennent aux grands propriétaires terriens, et non aux paysans qui y travaillent. Les petits paysans, los campesinos, sont une espèce de métayers à vie exploitant une terre qu'ils ne posséderont jamais. Ils ne possèdent rien, pas même le droit à disposer d'eux-mêmes et de leur famille. Un rêve, c'est tout ce qu'ils possèdent. La reforma agraria est un vieux rêve, un rêve ancestral en Amérique latine.
Nous sommes en 1963 et Jésus meurt sur un balcon de Saint-Domingue. Jésus a cinq ans et les soldats qui patrouillent dans les rues le prennent pour un tireur embusqué. Du coup, ils balancent une grenade sur son balcon.
La réforme agraire qui n'en finit pas de mourir en Amérique latine n'a duré que sept mois en République dominicaine, mais, à Saint-Domingue, la capitale, elle ne meurt pas aussi facilement qu'à Puerto Cortés. Deux ans vont s'écouler. Deux années durant lesquelles, à Saint-Domingue, les gens vont continuer de se battre, munis d'armes de poing et de grenades à fragmentation fabriquées de façon artisanale avec des boîtes de sardines. Ils vont se battre rue par rue, maison par maison, pour la réforme agraire et pour Juan Bosch, le président qu'ils ont élu.
Les généraux qui l'ont destitué ont dû obtenir l'aide de quarante-deux mille marines pour protéger la nouvelle démocratie contre les gens qui y habitent, sur un peu plus de la moitié de ce bout d'île de la mer des Caraïbes.
Le premier à tomber dans la guerre démocratique contre le peuple s'appelle Jésus.
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