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Ça commence par la fin

Couverture du livre Ça commence par la fin

Auteur : Michaël Cohen

Date de saisie : 30/10/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Julliard, Paris, France

Prix : 17.00 € / 111.51 F

ISBN : 978-2-260-01731-8

GENCOD : 9782260017318

Sorti le : 18/10/2007


  • La présentation de l'éditeur

C'est l'histoire, simple, d'un homme et d'une femme qui ont vécu une passion hors du commun et se sont quittés alors qu'ils s'aimaient toujours. Un an plus tard, par hasard ou presque, ils se retrouvent. Une nuit, toute une nuit...

«Elle s'avance vers moi. Je ne sais pas quoi faire. Je reste immobile. Pas de bises, s'il te plaît. Pas de baisers sur la bouche, je t'en prie. Pas d'enlassades, je t'en supplie. Elle s'approche de mon cou. Doucement. Sans un mot. Elle me respire.»

Avec audace et humour, Michaël Cohen, auteur de plusieurs pièces de théâtre, comédien, revisite le thème du couple infernal et de l'amour impossible. Ça commence par la fin est son premier roman.



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  • Les premières lignes

Il est cinq heures. 17 heures. Gabrielle doit arriver à six heures. 18 heures. Je l'attends.
Je l'attends depuis ce matin. Je n'ai rien fait de la journée, pris aucun rendez-vous, aucun coup de fil, pas ouvert mon courrier, non plus répondu à la sonnette de ma porte d'entrée, pas allumé la télé, la radio, pas de journaux, pas de musique, rien. Je veux l'accueillir le plus neuf possible. Sans influence quelconque. Je veux lui ouvrir la porte moi, moi seul. Je l'attends depuis ce matin. Non, je l'attends depuis un an. Douze mois. Je n'ai rien fait d'autre depuis tout ce temps et pourtant je n'ai jamais essayé de la revoir.

J'hésite à boire un verre. Je suis un peu nerveux mais pas trop. Je me demande si l'alcool pourrait apaiser cette petite anxiété. Mais je ne sais pas si je désire réellement m'en débarrasser. Non, je la garde. Je garde tout. Et tant pis si je tremble un peu. Si j'ai froid. Et puis chaud. C'est comme ça que je suis aujourd'hui. Je ne veux pas me déguiser. Mes vêtements justement. J'ai d'abord mis un jean et une chemise. Cette chemise verte en lin qu'elle adorait. Puis j'ai changé de pantalon. Un pantalon en lin aussi. Noir. Tout lin ? C'est trop. J'enfile un tee-shirt. Noir. Tout noir ? J'aime cette couleur. Oui c'est une couleur. Ou alors qu'on me dise ce que c'est. Je suis sombre. Comme en deuil. Mais je n'ai perdu personne. Je la retrouve au contraire.

Je regarde par la fenêtre. Ma rue s'active d'un coup. Une excitation générale. Comme si tout le monde était au courant. Mais non, ils rentrent du travail. Ils sont pressés. Ils ont faim. Soif. Ils ont hâte de retrouver leur maison, leur famille, leur chien. Ils sont pressés de recommencer ce qu'ils ont déjà fait hier. Je les juge. J'ai l'impression que tous ces gens ont une vie sans intérêt. Qu'ils s'ennuient à mourir. Non, je ne les juge pas. Qu'ils rentrent. Qu'ils retrouvent leur vie paisible ou contrariée. Je les envie. J'aimerais rentrer chez moi, moi aussi. Et retrouver ma vie paisible. Je les envie. Et les remercie. Car toute leur agitation me donne une indication essentielle. Il ne doit pas être très loin de six heures. 18 heures.
Je récupère ma chemise verte. Mets mes chaus­sures noires. J'ai peur d'être trop chic. Je veux qu'elle me trouve beau mais pas trop. Je veux qu'elle se sente à l'aise. Mais pas trop. Si je suis tendu, je veux qu'on le soit tous les deux. Je me regarde dans la glace, ni beau ni laid, je ne me vois pas, je pense à elle. J'allume une bougie, l'éteins. Allume la lumière, l'éteins. Je ne sais plus. J'arrête. Une seconde. Je ferme les yeux. Essaie de faire le vide. Mais je n'y arrive pas. Mille pensées me traversent l'esprit. Elle, elle, elle...

J'ai soif. J'ai envie d'aller aux toilettes. Non, me laver les dents. Ne pas oublier de me faire une aspirine aussi. Préventive. Je vais avoir très mal à la tête. Mon appartement est rangé. Mais trop. Je sais qu'elle n'aime pas une maison trop rangée. Je n'ai jamais su faire autrement. J'ai besoin d'y voir clair. Je bouge un fauteuil. Quel désordre ! Non, ça ne change rien. Ce lieu est définitivement bien rangé. Je ne peux rien y faire. Une gorgée d'eau. Vite, j'ai la gorge sèche. De l'eau. Mon frigo est bloqué ! Ah non, je pousse au lieu de tirer. C'est étrange, comme si mon cerveau inversait tout. Il faut que je sois vigilant. Ne pas lui serrer la main.


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