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L'homme de Shanghai

Couverture du livre L'homme de Shanghai

Auteur : Bo Caldwell

Traducteur : Jean-Luc Defromont

Date de saisie : 30/10/2007

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : L. Levi, Paris, France

Collection : Piccolo, n° 53

Prix : 13.00 € / 85.27 F

ISBN : 978-2-86746-461-4

GENCOD : 9782867464614

Sorti le : 18/10/2007

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  • La présentation de l'éditeur

Dans les années 1930 à Shanghai, les étrangers qui habitent la concession internationale mènent grand train. Mais pour Joseph Schoene, cela n'est qu'un à-côté : c'est la ville qu'il aime passionnément. Ses trottoirs grouillants, ses venelles odorantes, le Bund qui s'étire le long du fleuve boueux. Il aime Shanghai, envers et contre tout : les revers de fortune, l'invasion japonaise, les geôles communistes... Il l'aime tant qu'il laisse sa femme retourner seule aux États-Unis avec leur fille Anna. Pour celle-ci, la narratrice, Joseph restera à jamais «l'homme de Shanghai».

Bo Caldwell est née en 1955 à Oklahoma City, dans une famille qui a longtemps vécu en Chine. Professeur à l'université de Stanford, en Californie, elle signe ici son premier roman.

"Shanghai... Nous sommes embarqués... et quel voyage ! À offrir sans modération. "
Maïté Blatz, Librairie Le Roi Lire, Paris 13





  • Les premières lignes

Sur des échasses

Ma mère n'était pas dupe des apparences, si flatteuses soient-elles. Cela valait pour Shanghai et pour mon père : malgré les fanfaronnades de ce dernier et ses efforts pour l'enjôler et la charmer, elle semblait imperméable à sa bonne humeur. Sa prospérité ostensible et ses achats étaient suspects, tout comme la ville, et ma mère ne cachait pas ses doutes. Elle se mit à parler de Los Angeles presque tous les jours, comme si notre départ avait déjà été décidé et qu'il suffisait d'en arrêter la date.
Mon anniversaire tombe le 17 janvier, jour de la fête de saint Antoine du Désert. Chaque année, d'aussi loin que je me souvienne, ma mère me réveillait de bonne heure et m'habillait dans la pénombre de l'aube à peine plus grise que la nuit, et nous assistions ensemble à la messe du matin dans la cathédrale. C'était notre moment; plus tard dans la journée, je célébrais l'événement avec mon père, à sa façon.
Ce matin-là, comme d'habitude, tout concourait à alimenter mon impatience - l'obscurité, le calme, les frôlements de ma mère qui cherchait mes habits dans ma chambre, notre sortie mystérieuse dans l'air froid. J'avais hâte d'avoir sept ans.
Après la messe, nous prîmes un chocolat chaud dans un café de la concession française. J'arriverais en retard à l'école, mais qu'importait ? Ma mère retira ses gants et les posa sur la table devant elle. Il n'était pas encore huit heures, mais malgré l'horaire matinal, elle était très alerte. Trop alerte, pensai-je. L'éclat de ses yeux bruns, ses joues rouges, trahissaient une fièvre qui m'effraya. Elle tira une cigarette de son paquet de Ruby Queens et l'alluma, inhalant la fumée. Puis elle me fixa du regard, et je sentis croître ma nervosité. Je me demandais si j'avais réussi l'examen. Elle semblait sur le point de parler et j'attendais, réfrénant mon envie de la questionner à brûle-pourpoint : Qu 'est-ce qu 'il y a ? Qu 'est-ce que tu ne veux pas me dire ?
Mais elle fit le premier geste. Prenant une enveloppe beige dans son sac, elle la posa sur la table en souriant. Je m'efforçai de déchiffrer le nom et l'adresse imprimés à l'encre noire dans le coin supérieur droit : Mackinnon, Mackenzie & Co, Agents de voyage, 17 rue de Canton, Shanghai, Téléphone 11248.
- Qu'est-ce que c'est ? demandai-je en pensant qu'il s'agissait d'une sorte de cadeau.
- Une merveilleuse surprise.
Se penchant vers moi comme une conspiratrice, elle tapota doucement l'enveloppe. Ses ongles étaient d'un mauve foncé et brillant.
- Ce sont trois billets pour Los Angeles, reprit-elle en souriant. On part dans une semaine, alors il n'y a pas une minute à perdre. Et ensuite on sera enfin chez nous.
- Mais on est déjà chez nous.
Je ne faisais que souligner l'évidence. Ma mère n'hésita pas une seconde.


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