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L'homme nu et les limons de l'Oise

Couverture du livre L'homme nu et les limons de l'Oise

Auteur : Jean-Louis Serrano

Date de saisie : 27/10/2007

Genre : Policiers

Editeur : Valhermeil, Saint-Ouen-l'Aumône, France

Collection : Qui ?

Prix : 10.00 € / 65.60 F

ISBN : 978-2-35467-008-5

GENCOD : 9782354670085

Sorti le : 09/10/2007

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  • La présentation de l'éditeur

J'ai pilé. Les pneus ont fumé sur le goudron. Le type a appuyé ses deux mains sur le capot de la voiture et m'a regardé, plus effaré que s'il se trouvait nez à nez avec le diable. J'ai vu ses yeux d'abord, immenses, écarquillés comme ceux des oiseaux nocturnes. Des yeux verts avec le pourtour doré. Puis j'ai aperçu le sang qui coulait dans son cou, sur son épaule droite et sur son ventre. Une longue traînée de sang noir qui semblait le couper en deux, dans le sens de la longueur. C'est alors que j'ai réalisé que l'homme était
Ce roman noir utilise les ressorts du roman psychologique plus que du roman policier traditionnel, même s'il met en scène un enquêteur, des meurtriers et leurs victimes.

Jean-Louis Serrano, est né en 1946, il vit près de Cergy. Il a déjà publié des romans où il explore les thèmes du secret, de la violence et de la fragilité humaines. Ses ouvrages ont re­cueilli des prix décernés par les lecteurs. Pour les Editions du Valhermeil, il a écrit Immigrés en Val-d'Oise, un recueil de poignants témoignages de douze immigrés de toutes origines qui ont choisi de s'établir dans le Val-d'Oise.





  • Les premières lignes

Aucune erreur possible, ça s'est passé le lendemain du maudit jour. Tu devines de quoi je veux parler. Je pensais alors que rien de pire ne pouvait m'arriver. Toi qui me connais si bien, crois-tu qu'il existe quelque chose de pire que ce que tu m'as fait ?
J'ai beaucoup réfléchi à nous, et à tout ce qui a suivi. Je n'ai rien trouvé de plus grave que cela.
Tu aurais pu me punir de dix autres façons. Tu au­rais pu t'écarter de moi, mettre le cap sur le large une semaine ou deux, pour faire le point, comme di­sent les jeunes couples d'aujourd'hui qui veulent prendre un peu de bon temps. Je ne me serais pas opposé à ce que tu ailles goûter l'herbe d'autres al­pages, pour me revenir aimante et réconciliée.
Tu aurais pu bouder, ne pas répondre à mes questions, ne plus manger à ma table, rentrer tard le soir sous le prétexte d'avoir bu un verre avec tes col­lègues de l'entreprise. J'aurais insisté pour abattre tes défenses. Je me serais mis à te parler. Je serais devenu bavard, moi que tu disais muet, plus secret qu'une tombe. J'aurais amorcé des conversations pour entendre le son de ta voix retrouvée.
Tu aurais pu me fermer tes bras. Dormir le dos tourné, trois nuits, dix nuits. Et j'aurais fini par te le donner cet enfant que tu me réclamais de mille fa­çons. Je te l'aurais offert comme le soldat vaincu dé­pose ses armes aux pieds de son vainqueur. Je me serais rendu de guerre lasse, humble, reconnaissant que tu m'étais indispensable, je t'aurais apporté ce que tu attendais de moi, en gage de soumission. Et nous aurions uni nos royaumes pour y construire un empire.
Malgré tout, je ne t'en veux pas. J'ignore comment j'aurais réagi si j'avais été à ta place. Je veux dire si j'avais été toi, vivant aux côtés d'un type comme moi. Je ne sais pas.
Peut-être me fallait-il un coup en pleine poire, comme celui que tu m'as asséné. Peut-être est-ce le prix à payer quand on a mis sa vie en sommeil pen­dant trop longtemps ?
J'étais alors persuadé que si je ne te causais pas de peine, tu ne pouvais qu'être heureuse. Je m'aperçois aujourd'hui que je me trompais. Ce n'est pas cela, le bonheur à deux. Il ne suffit pas de se comporter bien, il faut encore être attentif à l'autre. J'ai manqué d'attention. J'étais comme endormi, installé dans cette espèce de confort. Mais je ne veux pas rabâcher notre histoire. Je veux continuer l'autre, celle qui allait me faire douter de tout, celle qui a pris ses racines dans la fin de notre couple, comme ces champignons qui trouvent la vie sur la décomposition des troncs abattus. J'avais passé la nuit sans fermer l'oeil, à guetter le bruit de la porte, en espérant reconnaître ton pas. Je ne pouvais pas me résoudre à me rendre chez les flics pour leur annoncer la tuile. Me vois-tu dans le commissariat ? Moi, je ne m'imagine pas devant un uniforme, déclarant que ma compagne avait disparu. Tu sais que je n'aurais pas pu. J'ai traîné toute la journée dans le pavillon. Je n'osais pas m'éloigner. Si tu étais revenue dans la maison vide, qui t'aurait retenue ? Je ne me le serais pas pardonné. Je m'en voulais déjà assez, je n'avais pas besoin de charger ma barque par une faute lourde de conséquences... Je dis des bêtises, je ne m'en vou­drai jamais assez de ne pas avoir été comme une sentinelle, affûté sur tes sentiments. Je suis resté sur le pont après le naufrage, alors que tu avais quitté le bateau. Toi, mon gentil matelot, tu t'étais sauvée à la nage.


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