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Vivre en prison : histoires de 1945 à nos jours

Couverture du livre Vivre en prison : histoires de 1945 à nos jours

Auteur : Hélène Bellanger

Date de saisie : 27/10/2007

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : Hachette Littératures, Paris, France

Prix : 20.00 € / 131.19 F

ISBN : 978-2-01-237280-1

GENCOD : 9782012372801

Sorti le : 24/10/2007


  • La présentation de l'éditeur

Entrer en prison, c'est être confronté aux bruits, aux odeurs, aux fouilles, à la promiscuité. Perdre son identité pour devenir un numéro d'écrou ou un porte-clés. Le choc carcéral, la perte des repères usuels sont ressentis, tant par les détenus que par les surveillants. Pourtant la réalité des prisons françaises a profondément évolué depuis 1945. Le recul de l'arbitraire, l'humanisation des conditions de détention et l'ouverture du monde pénitentiaire sont indéniables.
Comment expliquer alors les violences, les mutineries, les suicides ? Se voulant outil d'amendement et de réinsertion, ou rempart contre la récidive, la prison reste criminogène, déshumanisante et désocialisante. Face à une incarcération de masse, la construction permanente de nouvelles places ne parvient pas à endiguer la surpopulation carcérale. Ce livre restitue la vie quotidienne dans les prisons françaises, les histoires singulières de détenus, de matons, de cadres de l'administration pénitentiaire, de magistrats. Il donne la clé des débats récurrents qui placent la prison au coeur de contradictions intenables. Les prisons peuvent-elles échapper à leur fonction de relégation ?

Normalienne, agrégée d'histoire, Hélène Bellanger est enseignante et chercheure à Sciences Po. Elle travaille sur l'histoire de la justice pénale contemporaine.



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  • Les premières lignes

Extrait de la préface :

Aujourd'hui, les prisons ne ressemblent plus ni aux usines, ni aux écoles, ni aux hôpitaux, qui ressemblaient hier à des prisons. Les «institutions disciplinaires» démasquées par Michel Foucault ne sont plus homogènes. L'hôpital, l'école et même l'armée ont profondément changé. Seule la prison n'aurait pas changé ?
La peine d'enfermement instituée par les révolutionnaires de 1789 se voulait raisonnable, proportionnée. Et jusqu'en 1981, elle n'était qu'un des instruments de la volonté de punir. La violence ultime de la peine de mort écrasait de sa démesure les violences et les privations de la prison. Depuis cinquante ans, le recul de l'arbitraire est indéniable et l'humanisation progressive des conditions de détention évidente.
Mais la prison se retrouve au coeur de contradictions intenables. Pensée comme outil d'amendement et de réinsertion, rempart contre la récidive, elle se révèle déshumanisante, désocialisante et criminogène. Idéalisée sur le modèle de l'encellulement individuel et d'un régime progressif de retour à la liberté, elle est confrontée à une incarcération de masse qui la replonge dans sa fonction sécuritaire et asilaire.
Vétusté, manque d'hygiène, surpopulation chronique, évasions ou suicides, mutins grimpés sur les toits ou surveillants bloquant les portes des prisons, récidive catastrophique ou détention provisoire abusive provoquèrent, de manière récurrente depuis les débuts de la IVe République, une séquence désormais bien connue : dénonciations médiatisées, prises de position politiques, indignation de l'opinion publique, annonce de mesures statutaires, sécuritaires et/ou libérales... Et puis rien.
Quand la pression se fait trop forte, que le décalage avec la vie sociale est trop important, que le délabrement d'un établissement rend presque impossible la garde, alors, dès les années 1960, de nouvelles prisons voient le jour. Mais depuis les années 1980, l'administration pénitentiaire est écartelée entre sa mission de sécurité, qu'elle remplit de mieux en mieux, et sa mission de réinsertion, qu'elle réaffirme. Les objectifs quantitatifs priment les conditions de détention et la qualité d'exécution de la peine. Le problème pénitentiaire se focalise sur la question des moyens, et de nouvelles places de prison sont construites. S'ensuivent de nouvelles crises, des mouvements sociaux, l'annonce d'une «loi pénitentiaire»... Et on en reste là.
Pourquoi la société française ne s'intéresse-t-elle à la prison qu'à l'occasion des manifestations les plus spectaculaires de ses échecs ? Pourquoi ce sentiment de répétition historique des mêmes dysfonctionnements et des mêmes dénonciations ? Pourquoi ce silence, cette amnésie politique et sociale qui, entre chaque crise, touchent la question du fonctionnement des prisons et du sens de la peine ? De quelle(s) histoire(s) nos prisons sont-elles le produit ?
Le 8 août 1974, Robert Badinter titrait sa tribune dans Le Monde «Français, vous qui savez...». En 1984, Hélène Dorlhac de Borne se décidait à témoigner dix ans après son passage au secrétariat d'Etat à la Condition pénitentiaire, réalisant «que la politique actuelle en ce domaine rencontre les mêmes difficultés que celles que j'ai connues». En 1986, André Fontaine répétait dans le même journal : «L'état des prisons juge une société. Sur celui des prisons françaises, malheureusement, il n'y a guère d'illusions à se faire.»
Les jugements sont rendus «au nom du peuple français» ; or, «pour la quasi-totalité d'entre nous, l'emprisonnement demeure, entre deux crises, une "boîte noire" dont nous préférons ignorer les situations humaines qu'elle recouvre, les phénomènes sociaux qui l'expliquent et les aléas politiques qui l'administrent».


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